La France a posé une nouvelle condition à sa libération

Cette information parue dans le journal libanais «Al Akhbar», le 1 er avril 2021, ne constitue pas un poisson d’avril. Elle serait même risible si elle n’était pas tragiquement révélatrice des turpitudes françaises et de la dépendance de la France à l’égard tant d’Israël que des États Unis.

Au delà du déni de droit constitué par l’incarcération prolongée de Georges Ibrahim Abdallah, la France a posé une nouvelle condition à sa libération. Qu’il fasse acte de contrition…Une repentance en somme, elle qui traîne tant à se repentir de ses crimes coloniaux; Une condition supplémentaire qui s’ajoute à celle, saugrenue, que son retour au Liban ne donne pas lieu à un accueil populaire, qu’il retourne dans son pays, honteux, et qu’il ne soit pas accueilli en héros.

En 37 ans de captivité, les Français- tous gouvernement confondus- n’ont toujours pas pris l’exacte mesure du personnage: Fier comme un chêne, dur comme un roc, limpide d’une clarté cristalline, incorruptible.

Sa réponse, rapportée par le journal Al Akhbar, a été à son image:

«Je ne négocierai pas mon innocence. Je ne renoncerai pas à ma position»,

a déclaré Georges Ibrahim Abdallah au terme de son entretien avec la ministre libanaise de la justice, Marie Claude Najm, à sa prison de Lannemezan, département des Hautes Pyrénées dans la région Occitanie, dans le sud ouest de la France.

Premier membre du gouvernement libanais à rencontrer le prisonnier libanais, Mme Najm a eu deux entretiens avec son compatriote captif d’une durée totale de trois heures. Elle était accompagnée du Directeur général de la sûreté libanais, le général Abbas Ibrahim, précise Al Akhbar.

Lors de ses deux visites au Liban, en 2020, à la suite de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, M. Macron, rappelle Al Akhbar, a multiplié les conseils et admonestations à l’égard de la classe politique libanaise, donnant des leçons sur le processus de construction de l’état, mais, souligne le quotidien, le président français a complètement passé sous silence «les violations flagrantes commises par la France en matière des Droits de l’Homme en ce qui concerne Georges Ibrahim Abdallah».

«La France exécute les ordres des États Unis et d’Israël, alors que Georges Ibrahim Abdallah a accompli sa peine», poursuit le quotidien.

En 2018, l’État libanais s’est enfin décidé de prendre en charge le cas de Georges Ibrahim Abdallah, devenu depuis lors le doyen des prisonniers politiques en Europe.

Le président Michel Aoun avait soulevé le cas de Georges Ibrahim Abdallah auprès d’Emmanuel Macron, lors de la visite du président français à Beyrouth.

La France avait donné son accord à la visite de la ministre libanais de la justice à Lannemezan sous réserve qu’elle se fasse dans la discrétion «sans publicité», comme si le gouvernement français était gêné aux entournures, honteux e sa forfaiture.

De surcroît, la France a posé à sa condition une repentance, en contrepartie d’une «grâce présidentielle». Une grâce et non une libération sans condition du fait que le pensionnaire de Lannemezan a largement purgé sa peine.

Georges Ibrahim Abdallah a fait savoir qu’il n’était «pas dans ses intentions de négocier sur la base des conditions françaises», se considérant comme un «prisonnier politique» et qu’à ce titre la France doit «assumer ses responsabilités», ajoute Al Akhbar.

Georges Ibrahim Abdallah, fait valoir Al Akhbar, ne s’est jamais attaque aux intérêts français, menant son combat contre la domination impérialiste et les forces colonialistes pour la défense des peuples».

Al Akhbar rappelle enfin les propos tenus par M. Macron lors de son séjour au Liban à l’occasion de sa campagne présidentielle de 2017 :

«Depuis Beyrouth, M. Macron s’était prononcé contre la reconnaissance par la France d’un État palestinien, sans accord des deux parties» (palestinienne et israélienne) «et contre toute pression sur Israël».

Lors de sa précédente rencontre avec des responsables libanais, en décembre 2018, Georges Ibrahim Abdallah avait administré une leçon de dignité et de courage à ses compatriotes, les exhortant en ces termes: .

«Ne quémandez pas ma liberté. Ne vous placez pas en position de faiblesse. Au Liban existe désormais un leadership combatif (…) La France ne dispose plus d’influence au Moyen orient, sauf en Irak et au Liban».

La parution de cette information dans le journal Al Akhbar est intervenue à la veille du 70 me anniversaire de Georges Ibrahim Abdallah, le 2 avril, un homme qui aura passé plus de la moitié de sa vie en prison par fidélité à ses idées.

Longue vie à Georges Ibrahim Abdallah. Que son exemple serve de leçons aux générations futures dans leur fidélité à leurs convictions et leur détermination dans leur combat.

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René Naba | Journaliste, Ecrivain Français d’origine libanaise, jouissant d’une double culture franco arabe, natif d’Afrique, juriste de formation et journaliste de profession ayant opéré pendant 40 ans au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe, l’auteur dont l’expérience internationale s’articule sur trois continents (Afrique Europe Asie) a été la première personne d’origine arabe à exercer, bien avant la diversité, des responsabilités journalistiques sur le Monde arabo-musulman au sein d’une grande entreprise de presse française de dimension mondiale.

7 COMMENTAIRES

  1. Réponse à Byblos.

    Votre commentaire est la preuve bien vivante qu’il existe au Liban des vertébrés et non des reptiles comme ce triste sire Aboul Hosn
    René Naba

  2. Bravo et merci pour cet article tres revelateur sur la subordination de la France aux interêts étrangers a elle …

    • Réponse à Nabil
      Pas uniquement la subordination, mais la servilité. Songez aux rues de Beyrouth qui portent encore des noms de la puissance mandataire: Georges Picot, l’artisan de la balkanisation du Proche-Orient, Gouraud, l’ancien chef militaire colonialiste, Maurice Barres le père spirituel de l’extrême droite française
      René Naba

  3. Ces propos relèvent d’une aliénation mentale grave. Georges Ibrahim Abdallah n’ a pas commis les assassinats qui lui sont reprochés. Les attentats contre les attachés militaires israélien et américain sont intervenus en 1983, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban. Ils ont été revendiqués comme étant une riposte à l’invasion du Liban, un acte de légitime défense. Le malheur du Liban est d’être peuplé de reptiles du calibre de l’auteur de ce post nauséabond.

    • Bravo Monsieur Naba. Georges Ibrahim Abdallah est un héros. Et ce Aboulbachaa est un bien triste sire.

      • Byblos, vous êtes la preuve bien vivante qu’il existe encore des vertébrés au Liban et non des reptiles du calibre d’Aboulhosn

  4. As if Lebanon has not enough problems than to bring back a terrorist who committed crimes outside Lebanon, back to the country. What the hell for? To arouse more turmoil in this place that every criminal in the area wants to convert in an arena for terrorism? A killer is never a hero. On the contrary, send all warmongers and dubious characters with blood in their hands out of here as personas non grata!

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