S’exprimant à l’issue d’une réunion avec le président du Conseil supérieur de la magistrature Souheil Abboud et le procureur de la république Ghassan Oweidat après que ceux-ci aient obtenu le désistement de la juge Ghada Aoun d’affaires considérées sensibles impliquant le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé et certains hommes politiques comme Michel Mecattaf, la ministre sortante de la justice Marie Claude Najm a estimé que la situation est inacceptable.

Je ne me nomme pas en tant que juge et je n’entrerai pas dans des jeux malgré les tentatives de m’y entraîner; Je n’ai aucune affiliation politique, car ma seule référence est la loi et les institutions
(…)
La question transcende le différend sur les pouvoirs entre deux références judiciaires, et les Libanais ont constaté que les juges sont affiliés à des partis politiques.

Il existe un système judiciaire incapable de lutter contre la corruption, et le rôle de l’Inspection Judiciaire est de mener les enquêtes nécessaires et il doit contrôler l’ensemble du dossier.

«Assez d’humiliation» et la solution ne passe pas par les médias, mais par les institutions; la réalité du système judiciaire au Liban est devenue très difficile, et j’ai envoyé toutes les lettres possibles, mais le problème est le système et les gens qui le composent

J’ai entendu une insulte contre la magistrature au Parlement lorsque nous discutions de la loi sur la levée du secret bancaire, et je n’ai jamais pensé que je vivrais ce que je vis actuellement en tant que ministre de la Justice.
Marie Claude Najm, 17 avril 2021
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Cette réunion intervient alors que la juge Ghada Aoun a de nouveau procédé à une descente aux bureaux de Michel Mecattaf dans le Awkar ce samedi après celle d’hier alors que des sympathisants du Courant Patriotiques Libre se sont rassemblés devant ces locaux en soutien à la juge.

Pour sa part, Michel Mecattaf indique être prêt à fournir tous les documents demandés et a appelé l’armée et les forces de sécurité à intervenir afin de protéger ses bureaux. Il a également rappelé son appartenance au 14 Mars et estimé que les accusations à son encontre sont politiques.

Une enquête débutée en mai 2020 suite à des manipulations du cours de la livre libanaise

Pour rappel, le directeur des opérations monétaires de la Banque du Liban Mazen Hamdan avait été arrêté en mai 2020 par les autorités judiciaires en compagnie de responsables du syndicat des agents de change qui avaient alors accusé le gouverneur de la Banque du Liban de complicité. Mazen Hamdan était alors accusé d’avoir mené des opérations pour le compte de la BDL retirant des dollars du marché au lieu d’en injecter pour tenter de faire baisser la pression sur la Livre Libanaise. Egalement, la directrice de la commission de contrôle bancaire, Maya Dabbagh a été mise en examen pour des motifs similaires dans ce même dossier. 

La magistrate avait déjà demandé, à plusieurs reprises depuis, d’entendre le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé lui-même dans le cadre de cette affaire, ce qu’il refuse. 

Le gouverneur de la BdL en appelle au procureur de la république face aux menaces judiciaires

Cette information intervient alors que le gouverneur de la banque du Liban Riad Salamé aurait informé, le 7 avril 2021, le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat, de la clôture des comptes de la Banque du Liban auprès de banques correspondantes étrangères, indiquait alors le journal Al Akhbar. Cette lettre a été transféré par le magistrat au Président de la République, le général Michel Aoun, au premier ministre sortant Hassan Diab et aux ministres sortants des finances Ghazi Wazni et de la Justice Marie Claude Najm. 

Selon le gouverneur de la Banque du Liban, ces décisions seraient motivées par l’état de défaut de paiement, les campagnes politiques visant la Banque du Liban et par “le Tollé judiciaire”, allusion aux accusations de détournement de fonds et de corruption visant Riad Salamé lui-même. 

Le quotidien libanais estime, dans son article, que le gouverneur de la banque du Liban tenterait ainsi d’échapper aux investigations de différents pays le visant, notamment après la publication d’information d’un groupe en Grande Bretagne l’accusant de corruption et de détournement de fonds avec la complicité de son frère Raja et de son bras-droit Marianne Hoayek ou encore à sa responsabilité dans la crise actuelle, en rappelant notamment qu’il est à l’origine de la politique monétaire suivie depuis des années.

Une affaire qui prend une tournure politique 

Le gouverneur de la Banque du Liban, considéré comme un proche de la famille Hariri puisque arrivé à la tête de la Banque Centrale en même temps que l’accession au poste de premier ministre de Rafic Hariri, père de Saad Hariri, en 1993, est très largement critiqué pour les opérations d’ingénierie financière conduites ces dernières années et qui auraient aggravé la crise financière actuelle. Il est également accusé par la justice suisse pour détournement de fonds publics. Celle-ci a d’ailleurs annoncé le gel de ses avoirs.

Le consultant légal du bureau patriotique libre Wadih Akl a d’ailleurs accusé aujourd’hui le procureur de la république, le juge Ghassan Oweidat – considéré comme proche du Premier ministre désigné Saad Hariri – d’avoir réorganisé ses services de manière à écarter la juge Ghada Aoun de dossiers importants.

Cette volonté de retirer ces dossiers, estime Wadih Akl démontre l’importance des affaires en cours devant la justice face à la mafia et à la corruption qui ravage les administrations publiques locales. 

Pour rappel, la juge Ghada Aoun enquêterait sur plusieurs dossiers sensibles mettant en cause un ancien premier ministre Nagib Mikati, des anciens ministres ou encore le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé, également un proche de Saad Hariri.

Le procureur de la république avait déjà par le passé demandé au Conseil suprême de la magistrature a demandé des mesures disciplinaires suite à la mise en examen de l’ancien premier ministre Nagib Mikati à l’encontre à de la magistrate.

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