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Depuis quelques jours, le gouverneur de la Banque du Liban multiple les interviews et autres déclarations, promettant aucune perte des dépôts alors que du côté des rapports économiques, on estime à plusieurs dizaines de milliards de dollars, voire 65 milliards de dollars, le besoin de recapitalisation des établissements bancaires locaux.

La Banque du Liban a donc publié, il y a 2 semaines environ, une nouvelle circulaire concernant l’augmentation du capital requis pour que ces établissements continuent à être présents sur le marché. Il s’agit d’augmenter les fonds propres de ces établissements à 20%, pour leurs permettre de provisionner de possibles pertes, même si elles sont inévitables vu les circonstances actuelles.

Ces nouvelles mesures semblent être décidées sans coopération avec les autorités libanaises, gouvernement démissionnaire qui avait pourtant adopté un plan de sauvetage auquel l’association des Banques du Liban est opposé, ou futur gouvernement, comme s’il s’agissait d’imposer un état de fait et de faire porter à l’état la charge des choses au final au lieu de faire endosser la responsabilité aux actionnaires des banques via les mesures pourtant disponibles, c’est à dire via les mises en faillites ou les liquidations de ces établissements où la responsabilité ultime leurs serait imputée.

Après avoir donc oeuvré en faveur des banques et non dans l’intérêt des épargnants depuis des années, le gouverneur de la BDL leur offre un service ultime, celui de la dilution de leurs responsabilités comme ultime cadeau.

Point positif, on verra donc se produire le « leadership change » très attendu au niveau bancaire privé, une chose préconisée depuis fort longtemps en raison des soucis liés à la gestion de ces établissements. Cependant, ce leadership change ne se produira malheureusement pas au niveau public pour ces raisons.

En effet, les banques sont confrontées d’une part à l’état de défaut de paiement des eurobonds pour 20 milliards de dollars environ, et d’autre part le quasi-arrêt des opérations de bancaires courantes d’autre part et notamment de l’activité des prêts mais également au risque de la dévaluation de la livre libanaise et à un possible état de défaut de paiement sur les obligations libellées en livre libanaise. À cela se rajoutent 70 milliards de dollars que ces établissements ont déposé auprès de la Banque du Liban, banque dont les réserves monétaires nettes seraient négatives à hauteur de 22 voire de 30 milliards de dollars seront un rapport d’audit confidentiel en date de 2018 qui a été leaké, il y a 1 mois environ.

Un simple calcul indique que les dépôts nets des banques se situe actuellement vers 1 milliards de dollars au taux de 1507 LL/USD, un taux évidemment dépassé au regard de la réalité, donc voire même négatives si on prend en compte la dévaluation de facto de la livre libanaise.

Une étude américaine semble donc indiquer que les banques libanaises sont insolvables en état et que s’il convient de sauver les dépôts de la clientèle, il s’agira avant tout de recapitaliser ces établissements, une chose qu’aura alors à charge la Banque du Liban, donc l’état et donc la population au final.

Plusieurs interrogations donc viennent sans réponse et les réponses à ces questions sont beaucoup rendues plus critiques aujourd’hui vu la situation actuelle.

Il s’agit d’une nationalisation en fin de compte de ces établissements. La première interrogation porte sur l’indemnisation des actionnaires de ces établissements. Sur quelle base seront-ils indemnisés sachant aujourd’hui qu’il s’agit de banques qui se sont plus pérennes et donc qui ne valent plus rien? Avec quels fonds les indemniser sachant que la banque du Liban ne dispose plus de ces réserves?

D’autre part, comment la BDL va-t-elle prendre en considération les besoins de recapitalisation des banques dont elle aura désormais la charge, sachant que le trou est de 65 milliards de dollars, une somme qu’elle ne possède également pas?

La Banque du Liban sera donc obligée de créer de la valeur, donc de la monnaie, ce qui va encore aggraver l’inflation que traverse actuellement le Liban, à moins d’un apport de l’étranger, ce qui est aujourd’hui très improbable en raison des circonstances.

Face à ces 2 questions également, il y a une question de la responsabilité. Il semblerait donc que la Banque du Liban exonère en fin de compte les actionnaires actuels face à la mauvaise gérance et le fasse porter sur le dos de la population. La troisième question porte donc sur la responsabilité des dirigeants des banques qui seront prises en charge et cette responsabilité est partagée entre organismes de tutelle et ces derniers.

En effet, la Banque du Liban a failli à sa mission de tutelle en encourageant une croissance malsaine dont on paye aujourd’hui les frais avec le contrôle des capitaux et les menaces de voir imposer aux épargnants des pertes financières induites par une mauvaise gérance des banques privées.

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