Contrairement à ce que peuvent prétendre Trump et son administration, la réplique iranienne a été une réussite technique et militaire de haut vol. Les capacités opérationnelles de la base aérienne de Aïn al-Assad, l’une des plus grandes des États-Unis à l’étranger, ont été entièrement détruites.

De plus, cette base commandait l’ouverture de la voie qui reliait l’Iran à la Méditerranée en passant par l’Irak et la Syrie et en bloquait l’accès. Elle permettait et protégeait par contre le passage des milices djihadistes, Daech et autres, entre la Syrie et l’Irak, organisant ainsi toute une zone d’insécurité et de déstabilisation.

Il reste donc à l’Irak comme à la Syrie de s’engouffrer dans cette brèche pour consolider leur contrôle de la région, réduire de nouveau les milices djihadistes et asseoir la pérennité du passage frontalier d’Abou Kamal.

L’attaque contre la base américaine au Kurdistan irakien revêt, elle, une portée symbolique très forte par rapport aux velléités de certains pêcheurs en eaux troubles.

Notons par ailleurs qu’il semble particulièrement douteux qu’une attaque aussi massive que concentrée sur deux bases militaires seulement n’ait pas eu de conséquences en termes de pertes humaines, quelque soient les précautions prises, même si cela n’était pas le but recherché.

Plus largement, les États-Unis, leurs alliés et maîtres israéliens ainsi que leurs alliés et vassaux wahhabites, auront plus généralement éprouvé le haut niveau de technicité de l’Iran et ses capacités militaires de réplique. C’est dire qu’une éventuelle confrontation entre eux ne sera pas une promenade de santé.

Un succès technique et militaire donc, mais un échec politique et humain quand même

Tout d’abord, ce succès militaire a été amoindri en termes d’impact psychologique par une fuite inopinée sur le prétendu nombre de morts. Ce chiffre a occupé toute la scène de l’actualité alors qu’il n’était étayé par aucune source indépendante, que la riposte venait juste de s’achever, que l’accès aux bases militaires concernées était totalement bouclé et un black out intégral était imposé par les États-Unis.

Un démenti concernant le nombre de morts était donc tout à fait plausible et facile à promouvoir face à ces conditions pour le moins défavorables à la possibilité d’une estimation objective des victimes. De plus, quand on sait que la presse internationale mainstream est sous contrôle occidental, on peut comprendre combien il est facile pour les États-Unis d’asseoir leur propre version dans l’opinion publique. Même des arguments solides et étayés ne suffisent pas à enrayer leur rouleau compresseur, à plus forte raison lorsque les chiffres avancés reposent sur des conditions peu crédibles à une estimation objective.

La seconde faiblesse générée par cette fuite est qu’elle a concentré les esprits sur le nombre de morts. Il devient dès lors difficile de faire émerger l’objectif principal de la riposte, à savoir la destruction des capacités opérationnelles des États-Unis en Irak.

Plus important que cet aspect, la riposte de l’Iran a affaibli de façon significative la dynamique enclenchée par l’assassinat du général Souleymani, du commandant adjoint Abou Mahdi al Mohandes et de leurs compagnons.

Cet assassinat a soulevé une mobilisation sans précédent contre la présence américaine en Irak obligeant le parlement et le gouvernement à en réclamer le départ.

Au lieu de laisser cette dynamique s’amplifier et mûrir, mettant totalement sur la défensive les américains et leurs alliés locaux, mais aussi auprès leurs alliés occidentaux et d’une grande partie de l’opinion publique américaine et mondiale, la riposte remet sinon les compteurs à zéro du moins à un niveau moins catastrophique pour les États-Unis.

l’Iran doit mesurer l’intensité du sentiment national en Irak. Il est son voisin et donc son partenaire potentiel naturel, selon l’adage proche oriental bien connu “jaarak, summa jaarak, summa jaarak” qu’on pourrait traduire par “ton voisin, surtout ton voisin, encore ton voisin”. C’est avec son voisin que l’on peut créer une communauté de destin. Encore faut-il qu’il s’y sente à l’aise, respecté dans sa spécificité et sa souveraineté, et qu’il n’y perde pas son âme. L’étranger, qui est de passage, ne peut que chercher son intérêt. Combien de peuples, d’ethnies ou de groupes qui se sont alliés avec des puissances étrangères contre leurs voisins ont fini soumis quand ils n’ont pas sombré dans des crises sans fin ou n’ont pas tout simplement disparu ?

La riposte iranienne a ainsi été l’objet d’une condamnation aussi bien du Président du parlement, du Premier ministre, du Président de la République que de l’ayatollah Sistani en Irak. Même si les deux actions (américaine puis iranienne) ne peuvent être considérées comme identiques et ayant le même sens à tous les niveaux, ces réactions officielles, quelqu’en soient leurs degrés respectifs, renvoient formellement dos à dos Iran comme États-Unis pour une partie de l’opinion irakienne.

Il est donc nécessaire pour les forces de la résistance de laisser à l’action politique le temps de se développer et de mûrir, une action portée, en Irak, par les forces politiques irakiennes elles-mêmes, en toute autonomie, ce qui ne doit en aucun cas freiner le combat des forces armées irakiennes et leur fer de lance, le Hachd, contre Daech et autres djihadistes, bien au contraire.

Echec politique, peut-être partiel et réversible, si les forces de la résistance apprennent à relever le défi avec des moyens poliques adéquats et spécifiques à chaque pays, étant clairement entendu que le facteur politique reste l’essentiel, y compris dans les confrontations militaires.

Echec politique donc, et surtout échec humain avec la destruction du Boeing 737 ukrainien. Certes, la reconnaissance par l’Iran de sa responsabilité, malgré un délai de quarante huit heures qui peut sembler long, est relativement rapide, vu les circonstances, coupe court à toute campagne contre lui. Il lui reste à en assumer toutes les conséquences humaines, matérielles et financières.

Il s’agira aussi et surtout de faire toute la lumière sur cette catastrophe et mettre à jour toutes les responsabilités qui y ont conduit, iraniennes et, éventuellement, autres.

Il s’agira enfin d’intégrer les cybers guerres lors d’utilisations des armes intelligentes et d’en tirer les conséquences dans la gestion de l’environnement afin de le préserver des dégâts collatéraux qui peuvent se révéler, comme on vient de le vivre, de véritables catastrophes.

Scandre Hachem

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