500px-Uz-mapAmi journaliste, bonjour,

Je suis l’auteur de deux billets en lecture sur Mediapart, Espricorsaire, HyB…au sujet  d’Eric Cokini, retenu en otage à Moscou et menacé d’extradition vers l’Ouzbékistan .

Ancien directeur exportation de grands groupes français dans le domaine des infrastructures, je connais l’Ouzbékistan.

Plusieurs singularités dans l’aventure dramatique de Cokini:

1. La destination Ouzbékistan est l’une des plus complexes. Aucun exportateur de s’y risque seul. Tous font appel à des poissons pilotes spécialistes du terrain qui parlent la langue, connaissent la culture et les usages, décryptent la législation ubuesque et la bureaucratie post soviétique. Les grands groupes français sont aidés par des puissantes organisations comme la CIFAL, ou des cabinets de lobbying comprenant des hommes politiques influents.

Eric Cokini était l’homme des PME françaises, des entreprises sans grade ni notoriété mais qui font l’essentiel des performances de notre commerce extérieur. Son travail sur le terrain depuis 1994 a été remarquable, je l’ai qualifié de « VRP du made in France » ou « d’exportateurs aux pieds nus ».

2. L’Ouzbékistan est une dictature féroce. Il suffit de consulter les rapports des organisations de droits de l’homme pour être assuré que Cokini  sera torturé si jamais ii y est extradé pour motif  « économique et fiscal ».

Actuellement, le pays traverse une crise politique. Le dictateur Karimov, vieux et malade, sa fille ainée et quelques généraux se disputent la succession. Les enjeux internationaux sont importants car l’Ouzbékistan produit du coton, de l’or mais surtout est frontalier avec l’Afghanistan.

3. Les relations avec la France sont mauvaises car une succession de contrariétés commerciales impliquant des grands groupes français et des sociétés d’intelligence économique parisiennes a entrainé une sorte de guerre froide entre Paris et Tachkent. Eric Cokini n’est nullement impliqué dans cette bataille de multimillionnaires. Il est l’otage, le lampion, le lampiste…

4. La posture du gouvernement français est ahurissante, elle dénote une succession d’erreurs et d’omissions dans la chaine de réaction diplomatique.

Le commerce extérieur est une priorité vitale de l’économie. Pas moins de quatre ministres sont mobilisés pour vendre français.

Ils gargarisent l’opinion de concepts mobilisateurs « diplomatie d’entreprise » « patriotisme économique » « label France »…C’est bien. Mais dans la réalité, les milliers d’exportateurs VRP qui balisent le terrain n’ont aucune protection. L’affaire Cokini est contreproductive, elle est un appel aux exportateurs en herbe à rester chez eux.

Une directive vielle de plus de trente ans continue d’interdire à nos diplomates de se mêler des affaires de français mis en cause judiciairement. Et ce, y compris dans les pays de non-droit.

Envers Cokini, le pouvoir français s’est montré bureaucratique alors qu’il pouvait par une action discrète de l’ambassadeur de France le faire libérer et exfiltrer dans les heures qui suivaient son interpellation à l’aéroport de Moscou.

Paris est resté frileux. Pire, il a laissé tomber un homme qu’il savait être sans protection d’entreprise puissante. C’est sans doute pour cela que deux anciens ambassadeurs de France en Asie Centrale, indigné par la passivité et l’indifférence de leurs collègues alertés, ont pris l’initiative inédite d’écrire une supplique à M Orlov, l’ambassadeur de Russie en France.

Merci d’attirer l’attention de l’opinion et/ou de de faire circuler parmi les confères.

Hedy Belhassine

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