6 minutes à lire

Rapace, avide, cupide, l’Arabie saoudite se tenait en embuscade, s’apprêtant à saisir la moindre occasion pour mettre la main sur le programme nucléaire jordanien et le détourner à son profit.

Un conflit de légitimité oppose historiquement les dynasties saoudienne et jordanienne. Les Wahhabites ont chassé de La Mecque la dynastie Hachémite, descendant de la famille du prophète de l’Islam, au début du XXme siècle, reprenant à leur profit le titre de «gardien des lieux saints de l’Islam».

En superposition à ce conflit de légitimité, sur fond d’une rivalité russo américaine sur le dossier nucléaire jordanien, à l’arrière plan d’une économie sinistrée et dépourvue de ressources énergétiques, «d’un antagonisme vivace entre les Jordaniens de souche (les tribus bédouines) et les Jordaniens d’origine palestinienne», l’Arabie se présentait comme «l’unique bouée de sauvetage de la Jordanie», prête à souscrire pleinement aux conditions d’un partenariat jordano-saoudien, paritaire: financé par l’Arabie saoudite pour la relance de l’économie jordanienne», selon les estimations de Bassem Awadallah, ancien chef du cabinet royal jordanien, désormais conseiller du Prince héritier saoudien Mohamad Ben Salmane.

MBS posait comme condition que le partenariat se fasse sur une base paritaire stricte: 50 pour cent à chacune des parties. 50 pour cent pour les Jordaniens, en contrepartie de la licence d’exploitation; 50 pour cent pour les Saoudiens en contrepartie du financement du projet.

Cerise sur le gâteau, MBS posait une condition supplémentaire, qui se révélera dirimante: La Jordanien produira l’Uranium, mais c’est l’Arabie saoudite qui en assurera l’enrichissement sur un site saoudien proche de la frontière jordano-saoudienne. Autrement dit, les Jordaniens se contenteront du rôle passif de fournisseur de la matière première, et les Saoudiens du rôle valorisant de maitre d’œuvre de sa transformation en combustible et en énergie. 

Faisant valoir «les gigantesques investissements saoudiens aux États-Unis», MBS demande à son conseiller jordanien de convaincre ses compatriotes de faire droit à ses exigences en raison du fait qu’il est «le seul en mesure de convaincre les Américains de ne pas s’opposer au programme nucléaire jordanien».

Pour le locuteur arabophone, la totalité du récit de cette séquence se trouve sur ce lien: Le chantage de MBS: Je me porte fort de convaincre les Américains

Note confidentielle

Note confidentielle en date du 12 Chaabane 1437 de l’Hégire, correspondant au 20 Mai 2016, portant version améliorée de notre offre précédente intitulée «La cité atomique Roi Abdallah et le partenariat nucléaire avec la Jordanie».

«Un accord a été conclu entre l’Arabie saoudite et la Jordanie dans le domaine de l’usage de l’énergie atomique en date du 22 juin 2014. Il aménage la coopération entre les deux pays sur le plan de la recherche fondamentale et appliquée dans le domaine de l’énergie atomique, de même que le plan technologique, de la production et du fonctionnement des unités de production.

La Jordanie rejettera l’offre saoudienne d’édifier un site du côté saoudien de la frontière sur un ton empreint d’une grande finesse.

La réponse jordanienne: Face au chantage saoudien l’option russe.

«La Jordanie a entrepris de nombreuses études spécifiques concernant le détermination du lieu d’implantation de son centre de recherche nucléaire, écartant de sa sélection l’unique zone riveraine de la Mer Rouge, le Golfe d’Akaba. Elle a porté son choix sur le district de Zarqa, au nord est d’Amman, dans la région d’Al Amra; une zone située, spécifie la réponse, à l’intérieur du territoire du Royaume, sans débouché sur la mer. La Jordanie fera usage des réserves d’eau recyclées disponibles dans le secteur pour procéder au refroidissement des réacteurs.

Se fondant sur les études faisabilité, la Jordanie a décidé de coopérer avec la Russie pour l’installation des deux réacteurs prévus dans ce projet, optant pour la technique russe WCR.1000 pressurized water reactor. 

La Commission Jordanienne de l’Energie Atomique a confié à la société jordanienne des minerais la tâche de prospecter les gisements d’uranium en Jordanie en partenariat avec des sociétés françaises. Les premiers résultats ont révélé l’existence de 269 millions de tonnes d’uranium dans le centre de la Jordanie, dont 133 millions de tonnes d’oxyde d’uranium.

Sur la base de ces découvertes, la Jordanie a fait une offre de partenariat à la Cité Atomique du Roi Abdallah dans le domaine de la production et de l’extraction du minerai, situé dans le centre du pays, donnant à l’Arabie saoudite la possibilité de devenir un partenaire, en qualité d’investisseur, dans la prospection et la commercialisation du «YELLOW CAKE», devant servir de combustible aux réacteurs nucléaires. 

Une unité expérimentale de production du «YELLOW CAKE» sera édifiée pour le développement de la recherche. Le coût de ce projet est évalué à 38,4 millions de dollars. Le coût global du projet est, lui, estimé à 400 millions de dollars.

Contre réponse saoudienne: Partenariat technologique russe, oui, mais quel investisseur? 

De ce qui précède, il s’en suit que la Jordanie aura, quoi qu’il en soit, besoin de la contribution d’investisseurs étrangers pour la mise en valeur de leur projet en partenariat avec la Russie.

L’investissement saoudien permettra à l’Arabie d’acquérir une expérience dans le domaine de la technologie nucléaire. Une participation saoudienne de l’ordre de 10 pour cent de la totalité du coût du projet représentera la somme d’un milliard de dollars, que le royaume saoudien consentira en ce que le partenariat jordano-saoudien contribuera au développement des capacités humaines et technologiques des deux pays.

Les réserves d’Uranium de l’Arabie saoudite et La Cité Économique «Roi Abdallah»

L’Arabie saoudite recèle 300.000 tonnes de minerai d’uranium soit 5 pour cent des réserves mondiales.

Citée dans la correspondance jordano-saoudienne, la «Cité Atomique du Roi Abdallah» est située au cœur du projet «cité économique du Roi Abdallah», plus connu sous l’anglicisme KAEC King Abdullah Economic City. Elle a été édifiée sur les bords de la mer Rouge, à 100 Km au nord de Djeddah, et dépend de la province de La Mecque.

Initié par le Roi Abdallah en 2005, le projet sera réalisé en plusieurs étapes. Son coût est estimé à 50 milliards de dollars. Le plan directeur de la ville montre une articulation de la ville entre zone industrielle, zone résidentielle, port et marina. La zone industrielle couvre une aire de 63 millions de m². Cette zone doit inclure des équipements pour exploiter et construire des usines.

La zone résidentielle couvre une aire de 51 km2 et inclut des bâtiments de taille basse, moyenne et grande. La marina dispose d’une zone construite de plus de 3,5 km2 comprenant des hôtels, des résidences, un golf, un spa et des bains. Le port s’étend sur 14 km2 et vise à être un port de classe mondiale sur la côte ouest de l’Arabie Saoudite. Il inclura 30 quais pour desservir les routes entre l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

Cauda : Le 3me volet de ce dossier a pour titre : Le rêve nucléaire saoudien de Sultan à Salmane

Si vous avez trouvé une coquille ou une typo, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée . Cette fonctionnalité est disponible uniquement sur un ordinateur.