Depuis une semaine aujourd’hui, la Révolution qui ne porte pas encore de nom, appelons la Révolution pour Tous parce que placée sous le thème « Kiloun 3ané Kiloun » (tous cela veut dire tous), parce que cette Révolution est désormais sur l’ensemble du territoire libanais du Nord au Sud. Les protestataires réclament la démission d’une scène politique quasi-entièrement accusée d’avoir mené le Liban à la banqueroute financière via une corruption qui a ravagé les finances publiques, pourraient se trouver à un tournant alors que le Président de la République, le Général Michel Aoun, s’apprête à s’adresser à la Nation aujourd’hui pour la première fois depuis le début des évènements.

Plusieurs scénarios pourraient ainsi se produire, un appel au calme auquel il n’y aura pas de réponse probablement positive des manifestants, une mise au point et par exemple, l’annonce de procédures judiciaires à l’encontre de personnalités ou encore l’annonce par exemple de la demande officielle du Président de la République au Conseil des Ministres de dissoudre le Parlement, ou encore tout cela.
Pour l’heure, on en ignore cependant le contenu.

Les manifestants réclament la démission du gouvernement et du parlement. Sauf qu’il n’existe aujourd’hui en l’état, aucun dispositif constitutionnel en cas de vacance des pouvoir de ces 2 organisations.

Sans gouvernement, il n’est pas possible d’organiser les élections législatives et sans Parlement, il est impossible de désigner un gouvernement depuis les accords de Taëf qui obligent le Président de la République à consulter des parlementaires.

En cas de démission du gouvernement seul, il ne sera probablement pas possible d’obtenir un nouveau gouvernement dans des délais raisonnables, les derniers cabinets ayant nécessité 9 mois au minimum pour être désignés.

En cas de démission du parlement seul (avec la démission des 2/3 des parlementaires) ou encore via la dissolution du Parlement par le Conseil des Ministres (avec le vote en faveur des 2/3 des ministres) à la demande du Président de la République, il n’est également pas du tout certain que cela puisse satisfaire les manifestants à long terme et pour cause: il n’y a aujourd’hui aucune organisation parmi eux, d’où les tentatives de récupération de ce mouvement à l’origine spontané mais auxquels on assiste hier.

Imaginons que le Parlement soit dissous en raison du rejet massif de la classe politique et que des élections puissent être organisées dans des délais assez proches.
Qui seront les candidats face aux candidats des partis et quelles machines électorales pourront les soutenir face au Courant du Futur, du Courant Patriotique Libre, des Forces Libanaises, des Kataeb, du Hezbollah, d’Amal, du Parti Socialiste Progressiste, etc… chacun ayant une influence sur une population divisée en communautés religieuses.

Si récupération politique de la part de certains partis se fait, notamment par un encadrement Forces Libanaises principalement dans le Kesrouan et Place Sassine, Kataeb dans le Metn et notamment, on a pu voir hier Sami Gemayel au barrage de Jal el Dib, c’est avant tout parce que le mouvement protestataire n’a pas vu d’émergence de leadership réel ni sur un plan régional, ni sur un plan national, ce qui fait que discuter sur des revendications semble être difficile.
Nous avons des petits chefs à chaque barrage, parfois même des demandes différentes et surtout, malheureusement, des demandes souvent identiques en terme de comptabilité des hommes politiques mais mises à une sauce locale. Ainsi à Tripoli, par exemple sur le plan politique, les manifestants rajoutent la question polémique des armes du Hezbollah, quand au Sud Liban, ils soulignent au contraire le soutien à la Résistance Armée face à Israël.

Les manifestants devraient donc s’organiser, se concentrer sur les points communs et non sur les points qui divisent et qui risquent de plus en plus apparaitre, à savoir l’union entre chrétiens, musulmans, sunnites et chiites comme ils l’ont bien fait jusqu’à présent et une demande d’accountabilité contre les hommes politiques dans leur ensemble et non défendre les uns ou les autres avec un réflexe épidermique, parfois communautaire, qui revient à l’ordre du jour.

Cette semaine de protestations est une semaine clé. Elle a en effet commencé jeudi soir la semaine dernière. Il s’agira pour les protestataires de continuer à exister et non d’avoir un mouvement qui s’essouffle au final. Il s’agira également pour les autorités de comprendre que le plan de réforme économique – et non de réforme fiscale qui impacte durement la population déjà, ou encore moins monétaire, la surévaluation de la Livre étant un facteur contribuant de manière majeure au chômage – ne permet pas de résoudre la question du rejet massif de cette classe politique, donc sans réformes politiques sur certains points réclamés par les manifestants, notamment au niveau du projet d’abandon du système confessionnel politique qui permettra la mise en place de partis sur un plan national, et surtout concernant la lutte contre la corruption avec l’arrestation de hautes personnalités politiques et financières.

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