Un cortège de manifestants se dirigeant vers la place des canons, le 14 Mars 2005. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.
Un cortège de manifestants se dirigeant vers la place des canons, le 14 Mars 2005. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.

Le principal rêve de cette fameuse journée a été celle du rassemblement et du renouveau d’une population lassée par une classe politique qui l’a littéralement vendue aux plus offrants (pour leurs propres poches, il y va sans dire et non pour l’intérêt des libanais) à la fin de la guerre civile et de l’union dans un concept d’un Liban non seulement libre mais également d’un libanais fier de sa nationalité.

Au soir de la fameuse manifestation, le rêve était déjà achevé en entendant certains dirigeants rappeler à l’ordre. « Rentrez chez vous, on s’occupe de tout ».

Le 14 Mars libanais est ainsi mort, le soir du 14 Mars 2005, laissant sa place à un 14 Mars politique qui n’en avait plus l’esprit et dont la popularité allait dégringoler au cours des années qui suivront et pour cause.

Ce n’était en effet qu’un slogan repris par certains intérêts politiques faits de brics et de brocs, aux idées parfois même opposées, parfois d’anciens collaborateurs des occupants syriens nouvellement convertis à l’idée d’un Liban libre de l’ingérence de Damas, parfois d’anciens indépendantistes qui voyaient là l’opportunité de revenir au premier plan après une longue période d’abstinence.

Quelle révolution a-t-on connu? Celle de revoir les mêmes dirigeants ou leurs enfants et petits enfants aujourd’hui occuper les premiers rangs de la scène politique?
Mis à part le retrait des troupes syriennes du Liban, en a-t-on résolu les problèmes? Crises des ordures ou financières, choisissons notre épée de Damoclès.

On constate avec amertume où ces mêmes dirigeants nous ont amené, à un état en quasi-faillite, à des crises politiques à n’en plus finir pour des raisons plus risibles les unes que les autres, à la corruption de nos institutions comme elles ne l’ont jamais été au temps même de l’occupation syrienne, à nos ordures, à notre pollution.

Le Libanais lassé, manifeste aujourd’hui sa désapprobation … sur les réseaux sociaux. Même sortir dans la rue comme par le passé, cela est aujourd’hui trop lui demander.

Il est plus facile pour ce peuple de démissionner en allant à l’étranger et de laisser la place aux réfugiés de tous bords.

Et un petit rappel: les premières divisions sont apparues au sein même du 14 Mars historique

La première division est apparue au sein même du 14 Mars historique, avec la tentative de marginalisation des Aounistes lors des élections législatives d’avril 2005 et la constitution du gouvernement.

Souvenez-vous des paroles de Walid Joumblatt qui mettait en garde contre « le tsunami orange »…

En dépit d’avoir constitué l’ossature technique des manifestations qui avaient suivi l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, d’avoir obtenu plus de 16% des suffrages sur un plan national en faisant le premier parti dans le camps chrétien, le Courant Patriotique Libre officiellement créé après une semi clandestinité des années d’occupations syriennes avait été exclu de facto de la composition du Premier Gouvernement Saniora où pourtant, étaient présents paradoxalement des partis dits du 8 Mars opposés au 14 Mars Politique comme le Hezbollah et Amal. C’était en quelque sorte le début de la déchéance.

Cela remuait en effet le couteau dans la plaie de la population chrétienne, qui revoyait là, les mêmes figures qui collaboraient auparavant avec les syriens, exclure à nouveau l’une des principales composantes chrétiennes comme en 1992 et un pouvoir aux mains de ceux-là même qui collaboraient avant 2005, avec l’occupant syrien comme Fouad Saniora ou Walid Joumblatt.

Face à ce risque, le CPL fera preuve d’une clarté en terme de stratégie politique et renversera cette alliance pour former alors une nouvelle que certains estiment contre-nature avec le Hezbollah quand éclatent ouvertement les divergences entre ce dernier et le 14 Mars politique, le 6 février 2006 en l’église de Mar Michael à Chiyah autour d’une idée simple:
collaborer sur les points de convergence – le respect de la souveraineté libanaise vis-à-vis de la Syrie pour le CPL et d’Israël pour le Hezbollah – et négocier sur les divergences dans l’intérêt commun, notamment la question des armes du mouvement chiite, qui toutefois reste liée à un règlement global du conflit israélo-libanais.
Ainsi, le mouvement opposé au 14 Mars, celui dit du 8 Mars deviendra prépondérant par son alliance avec le CPL, le CPL faisant pencher la balance du pouvoir vers l’autre côté.

Ainsi également naissait, il y a 13 ans, une sorte de nouveau Pacte National, au sein d’un accord entre le parti chrétien majoritaire à l’époque avec le principal parti chiite. Cet accord viendra à être concrétisé par l’élan de solidarité qui a eu lieu durant la guerre israélo-libanaise de juillet 2006 et se renforcera au cours des crises – le 14 Mars Politique démontrant petit à petit qu’il ne contrôlait rien au final en raison de la paralysie des institutions – et qui se suivront jusqu’à l’élection du Général Aoun à la Présidence de la République.

Les leçons à en tirer

Le premier constat est celui d’absence de visibilité stratégique pour les politiciens qui se sont clamés être du 14 Mars.
Au lieu de bâtir des ponts déjà avec leurs adversaires, CPL en tête qui était un allié, puis le Hezbollah, ils sont allés jusqu’à se diviser entre eux, comme l’illustrent les positions parfois diamétralement opposées entre ses pôles, lors de l’épisode de la démission forcée de Saad Hariri.

L’idée même du 14 Mars était de rassembler les libanais et non de les diviser. Pour cela, exclure une partie importante des Courants qui constituaient le 14 Mars était une erreur stratégique.

Ils auraient bien du se rappeler du serment de Gébran Tuéni ce jour-là entonné à l’unisson par un quart de la population rassemblée Place des Martyrs:

« Nous jurons par Dieu Tout-Puissant, chrétiens et musulmans, de rester unis jusqu’à la fin des temps pour défendre le magnifique Liban ».

Qu’ont-ils défendu au final, mis-à-part leurs propres intérêts? Et surtout où nous ont-ils mené? Vers le chaos très certainement.

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