Beaucoup de libanais se souviennent de la fusillade du bus palestinien qui passait par le quartier d’Ein Remmeneh, un certain 13 avril 1975, mais moins se souviennent des circonstances précédentes de l’incident.

Il suffit parfois d’une étincelle dans ce pays pour provoquer le pire…

Pierre Gemayel

Ce jour-là, alors que Pierre Gemayel assiste à une cérémonie pour inaugurer une nouvelle église d’Ein Remeneh, une bagarre éclate entre les miliciens phalangistes et les passagers armés et non identifiés de deux voitures qui passent dans la rue. Quatre phalangistes, dont l’un des gardes du corps les plus proches de Pierre Gemayel, sont tués.

En représailles à cet acte, des tireurs phalangistes tendent une embuscade à leur bus : vingt-sept passagers non armés, dont des femmes et des enfants, sont abattus.
Les routes sont coupées, Beyrouth se réveille divisée entre Beyrouth Ouest et Beyrouth Est. C’était le début de la guerre civile dont la Mémoire a été malheureusement quasi-effacée des mémoires collectives, à coup de pelleteuses qui en ont rasé les ruines et en l’absence d’un devoir mémoriel national.

Ce dimanche 30 juin 2019, un incident quelque peu similaire s’est déroulé dans le village de Kfar Matta dans le Chouf. 2 ministres – le Ministre « chrétien » des Affaires Etrangères Gébran Bassil et le ministre « druze » en charge du dossier des déplacés syriens présents au Liban, Salah Gharib – devaient ainsi passer dans ce village, bloqué par des partisans du PSP.
Tous 2 s’étaient retrouvés être accusés par Walid Joumblatt de quasi-racisme en raison de leur position en faveur du retour des 1.5 millions de réfugiés syriens présents au Liban suite à la guerre civile syriennes et dont la présence impacte lourdement le fonctionnement de l’économie libanaise et menace les équilibres démographiques de ce pays.

Le PSP accuse les gardes du corps du Ministre Gharib, également druze, proche du cousin de ce dernier Talal Arslan, et membre du Parti Démocratique Libanais, d’avoir tiré sur la foule, ce que dément ce dernier. Sa voiture a été d’ailleurs criblée de balles.
Pire encore, des informations préliminaires faisaient état d’un incident possible, a indiqué le Ministre de la Défense Elias Bou Saab, interviewé par la chaine de télévision LBCI, avec la présence d’armes dans les voitures des manifestants. Comme si une ambuscade était préparée au passage des convois, avec en ligne de mire, les vies des ministres et de leurs compagnons.
Evidemment, il s’agit d’informations préliminaires à prendre avec moultes précautions.

A l’annonce du décès, tout comme en 1975, les routes sont coupées et des coups de feu sont tirés.

Toujours est-il que Kfar Matta semble donc être interdite de passage aux adversaires de Walid Bey Joumblatt, y compris à ses propres fils, le Ministre Saleh Gharib étant originaire de cette localité, comme si l’idée même d’un Liban ou chacun serait libre de circuler et d’échanger des idées.

Désormais, il semblerait que le Pays des Cèdres fasse désormais l’objet d’une partition selon qu’on soit d’une communauté ou d’une autre, d’une ligne politique ou d’une autre sur certaines questions, réfugiés palestiniens hiers, réfugiés syriens aujourd’hui, comme durant la guerre civile, ou une opinion quelque peu différente valait l’exil ou la mort.

Un prologue qui semble si similaire à une situation déjà vécue, un dimanche, il y a 44 ans en espérant que le remake de ce film de mauvais goût ne puisse aller à sa fin, en espérant également que le sang des martyrs puisse un jour s’arrêter de couler et que les leçons du passé soient finalement apprises.

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5 Commentaires

  1. On met comme une image un chef de parti sur une montagne. Puis en face, un chef de parti sur une autre montagne et on met le peuple dans la rue en bas. En bas, on appelle par vente d armes le conflit sanglant les menaces, et puis après on se donne l image que le peuple ne mérite plus de vivre mieux au nom de quelques centaines de voyous qui ne pensent qu’à révolutionner à coups de valeurs partisanes, l ensemble d une population qui est en train de mourir économiquement. Quel leçon de trahison à la patrie…

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