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Première banque au Liban et considérée comme importante banque dans le monde en raison de ses participations lors de son crash en 1966, la Banque Intra n’a été fondée qu’en 1951 par Youssef Beidas, d’origine palestinienne par son père et libanaise par sa mère et naturalisé libanais.

Youssef Beidas

Avant même la fondation de la Banque Intra, Youssef Beidas, comprenant l’utilité des transferts d’argent, établira un bureau de change, International Traders, utilisant le nom de télex Intra. Parmi les clients de cet établissement, plusieurs hommes fortunés qui figureront parmi les actionnaires de la Banque dont ses 3 partenaires principaux, Mounir Abou Fadel, vice président du Parlement Libanais, Emile Mousallam et Mounir Haddad.

La Banque Intra, une réussite liée au secret bancaire et à l’argent du pétrole

Cet établissement profitera d’abord de la mise en place du secret bancaire au Liban, mais également de la manne pétrolière suite à l’exploitation des ressources en hydrocarbures des pays arabes et permettra les transferts financiers avec la diaspora libanaise ou des coups d’état et de l’instabilité politique par lesquels de nombreux pays passaient.

Ainsi, la Banque ouvrira rapidement des filiales à l’étranger, comme en Europe et en France plus particulièrement, dans différents pays du Moyen Orient ou encore des Amériques du Nord ou du Sud.

Elle possèdera, lors de sa faillite, jusqu’à 17% des dépôts totaux au Liban (il existait à l’époque de nombreux établissements financiers étrangers opérant via des filiales au Pays des Cèdres), 38% des dépôts des banques libanaises et 60% des activités bancaires locaux étaient effectuées par cet établissement.

Le Chantier de la Ciota, propriété de la Banque Intra dans les années 60 et 70.

On se souviendra par exemple que la Intra Bank était propriétaire du chantier naval de la CIOTA en France, et des parts importantes dans de nombreuses autres entreprises, dont le Casino du Liban qui n’a été inauguré qu’en 1959, la Middle East Airlines (MEA) ou encore le Port de Beyrouth.

Parmi ses autres biens, un gratte-ciel de 27 étages dans la 5ème avenue de New York, ou encore un terrain situé à proximité des Champs Elysées qui sera vendu dans les années 1980.

Participant à l’économie libanaise, Youssef Beidas mettra également en place la compagnie Studio Baalbeck toujours dans les années 50.

Cette réussite commencera cependant par inquiéter les autorités libanaises et étrangères.

Le 14 octobre 1966, la Banque Intra souffrira d’un manque de liquidité qui l’amènera à cesser d’honorer ses paiements.
En cause, le refus de la Banque Centrale Libanaise fondée en 1964, d’accorder ces liquidités.

Nombreux sont ceux qui accuseront les autorités politiques libanaises d’être à l’origine de ce refus en raison de leur inquiétude quant à l’influence grandissante d’un homme d’origine palestinienne sur l’économie locale et notamment son infrastructure, via la MEA ou le port de Beyrouth.

Youssef Beidas aurait notamment financé, selon certaines rumeurs, une partie importante de l’OLP qui se plaçait alors comme l’aile militaire de la résistance palestinienne à l’occupation israélienne. Ces préoccupations avaient déjà été exprimées par le Président Fouad Chéhab.

Les autorités libanaises n’étaient pas les seules à être préoccupées par cette influence. L’Arabie Saoudite également avait exprimé ses craintes en raison du caractère laïc et nationaliste des causes que l’homme d’affaire soutenait. Son établissement servait également de refuge aux fonds d’opposants des régimes des pays arabes, que cela soit des opposants Syriens, Egyptiens, ou de ressortissants de pays de la péninsule arabique.

L'entrée principale de la Banque du Liban (BDL) Crédit Photo: Libnanews.com, tous droits réservés
L’entrée principale de la Banque du Liban (BDL) Crédit Photo: Libnanews.com, tous droits réservés

Cependant, c’est sous son successeur Charles Hélou que débuteront les difficultés de la Banque Intra après le refus de la Banque du Liban a approuvé un prêt en faveur de l’établissement pour un montant de 30 millions de dollars.

Les autorités libanaises déposeront auprès d’Interpol un mandat d’arrêt international à l’encontre de l’homme d’affaire alors que ce dernier tentait d’obtenir des prêts afin de renflouer sa banque.
Il se trouvait alors au Brésil avec son épouse et ses 3 enfants.

Condamné en son absence à 7 ans de travaux forcés pour banqueroute frauduleuse, Youssef Beidas sera cependant placé par les autorités brésiliennes sous surveillance à domicile. Il aurait feint être victime d’une crise cardiaque.

C’est cependant 2 ans plus tard, en 1968 que Youssef Beidas décèdera d’un cancer pancréatique en suisse. Certains estimeront son décès comme étant suspect.

Des conséquences financières sismiques de la faillite de la Intra sur le Liban et le Moyen-Orient

Les conséquences de la faillite de la Intra Bank seront sismiques dans tout le Moyen-Orient et affecteront plus particulièrement le Liban qui verra son système bancaire, jusque là considéré comme étant fiable, être décrédibilisé.

En défaut de liquidité, l’établissement était cependant riche en biens immobiliers. Elle a cependant du faire face à d’importantes pertes sur fond de spéculations sur les matières précieuses ou sur le dollars.

Ainsi, à la veille de sa faillite, Youssef Beidas aurait perdu près de 70 millions de dollars, en pariant contre le dollars américain alors que les autorités américaines avaient prises des mesures pour contrôler l’inflation.
Par ailleurs, également dès le 9 octobre 1966, l’Arabie Saoudite avait décidé du retrait des fonds qu’elle y avait placé.

Il avait également indiqué aux autorités de tutelle qu’il garantira ces pertes via ses fonds privés.

Outre une vendetta politique, de nombreuses irrégularités révélées lors de l’enquête

L’enquête qui débutera révèle d’autres irrégularités parmi lesquelles des prêts importants accordés aux administrateurs de la banque ou encore le versement de dividendes de filiales pourtant déficitaires. Les fonds de la banque auraient également été utilisés pour garantir des prêts personnes accordés à Youssef Beidas, auprès d’établissements étrangers.

À l’origine également du manque de liquidité, le fait que seuls 5% des dépôts étaient sous forme liquide contre une réglementation obligeant 25% des dépôts d’être sous forme liquide à l’époque. Cela procurait un avantage à la banque qui disposait ainsi de plus d’argent à investir mais avec le désavantage d’être exposé à une crise de liquidité.

Le crash de la Banque Intra sera à l’origine de nombreuses théories du complot. Ainsi certains accuseront l’établissement d’avoir blanchi de l’argent liée à la mafia corse sur bases d’informations fournies par le FBI, ou encore à des trafics de drogue de la fameuse “french connexion”.

Cependant, en raison de ses participations, la banque restera encore primordiale pour l’économie libanaise. Un plan de sauvetage sera rapidement mis en place. Il consistera au démembrement de la banque en plusieurs entités regroupées au sein du groupe Intra Investment qui sera récipiendaire des principales participations de la défunte banque.

À l’heure actuelle, la Banque du Liban détient 28% des actions de cette nouvelle compagnie, suivie par le gouvernement koweitien qui détient 19%, le gouvernement libanais détenant 10%, la banque centrale du Koweit (4%) et le gouvernement du Qatar (3%).

Il est actuellement question pour le gouvernement libanais de vendre ses parts ainsi que celles de la BDL pour réduire son déficit public. Il est également question de privatiser les compagnies MEA ou encore celle du Casino du Liban qui sont aujourd’hui directement détenues par la BDL suite à une restructuration des actifs de la Intra.

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