Parmi les nombreux facteurs qui ont contribué à la crise que traverse le Liban, celui de la Diaspora n’est pas moins anodin.

Le Liban, en effet, s’est appuyé durant de très longues années, sur les libanais présents à l’étranger pour équilibrer sa balance de paiement, longtemps grevée par une balance commerciale déficitaire. 

Ce faisant, les libanais de la Diaspora investissaient au Liban des fonds via le système bancaire local, qui lui-même, réinvestissait ces sommes en dette publique et en Certificats de Dépôts souscrits auprès de la Banque du Liban, faute d’un système financier plus complexe mais plus libre par rapport aux autorités publiques, par exemple avec un marché secondaire où l’on peut acheter et vendre des actions ou des obligations au gré à gré. 

La diaspora aurait pu arrêter de financer un tel système non productif qui les a forcés à partir au lieu de mettre à profit leurs compétences, et plutôt investir de manière plus pérenne dans des économies plus complexes et plus diversifiées que la notre, avec des instruments financiers plus élaborés que le Liban ne possède pas. Ainsi confronté plus rapidement à ce défaut pour se financer, le système n’aurait pas tardé à se réformer plus rapidement au lieu de tomber dans l’abîme actuel.

Par le passé déjà, on a évoqué la mise en place par le secteur financier d’un système Ponzi dont le rôle était de continuer à alimenter une dette publique d’une part mais, également et surtout d’autre part, les profits des banques libanaises ou encore de l’exode des cerveaux au lieu de servir à l’économie locale. La diaspora a donc contribué à l’alimenter.

Les taux d’intérêts élevés, contrairement à ce que prétend le gouverneur de la Banque Centrale visaient à attirer des fonds qui ne bénéficiaient pas à l’économie productive mais à payer des salaires de fonctionnaires ou encore pire, le service de la dette publique, aggravant encore plus la crise à venir, jusqu’à ce que le système éclate. On déshabillait ainsi Paul pour habiller Pierre, pensant que cet état des choses pourrait perdurer.

Mais voila, il faut un jour que la réalité économique s’impose à nouveau et ce qui devait advenir est advenu, la crise économique s’est concrétisée, d’abord par divers indicateurs, comme celui de l’immobilier, puis par une récession qui a commencé par apparaître dès 2018, puis par une pénurie de capitaux induite par l’inversion du Cash Inflow à partir de janvier 2019, une perte aggravée encore par le paiement des obligations étrangères arrivées à échéance en mai et en novembre de la même année, la pénurie de billets verts, à partir de l’été 2019, et finalement le contrôle des capitaux pour tenter, un tant soit peu de faire cesser l’hémorragie financière du Liban.

La diaspora libanaise, c’est, par conséquent, un peu notre mal hollandais, comme l’a été le tourisme pour la Grèce ou d’autres pays qui ont vu leurs monnaies nationales respectives se surévaluer en raison d’un cash-inflow important au détriment en fin de compte des secteurs productifs locaux.

La prospérité du Liban dans les années 50, 60 et 70 ne s’est pas effectuée sur la base d’une diaspora mais celle d’une économie productive. Le développement du Liban était équilibré, basé sur un pays connecté à son hinterland, connecté à un système financier global, avec des entreprises étrangères installées au Liban – on comptait jusqu’à 20 000 entreprises japonaises enregistrées au Liban avant la guerre civile -. Le Liban était le hub régional, comme Dubaï aujourd’hui qui lui a ravi ce rôle – mais il avait su également développer son économie locale, productive, avec une compagnie aérienne florissante qui était sur les rangs pour acheter le fameux Concorde, un pays qui disposait du 2ème producteur mondial de puces électroniques, qui avait tenté de mener un programme spatial, etc…

Le Libanais n’était pas obligé à l’époque de s’exiler pour réussir. Il pouvait réussir sur place et contribuer à la réussite de son pays. C’est à ce modèle qu’il faut revenir.

Aujourd’hui pour diverses raisons, les libanais quittent le Liban notamment en raison de la situation économique. Ils alimentent ainsi la diaspora libanaise étrangère et pourraient ainsi également contribuer, comme leurs prédécesseurs, à faire perdurer un système qui les a poussé à fuir. Les libanais, s’ils réussissent à l’étranger, ils font avant tout réussir des économies étrangères et marquent l’échec du modèle libanais qui n’a pas réussi à profiter de leurs compétences parce que c’est une économie rentière et non une économie productive. Pire encore, ces libanais qui réussissent à l’étranger contribuent par leurs apports financiers à faire perdurer ce système qui les a fait quitter.

Ce n’est malheureusement pas dans la fuite qu’on fait face à un problème et encore moins qu’on puisse le résoudre. C’est le moment plutôt de contribuer au changement par les compétences acquises et non le cash-inflow. Il faut arrêter les flux financiers, il faut contribuer par le savoir.

Former un médecin ou un ingénieur, cela coûte de l’argent. Cette formation, ce coût, n’est pas assumée par des économies étrangères mais pourtant elles en bénéficient. Le retour sur investissement pour ces économies reste beaucoup plus important que le peu des fonds re-transférés par la diaspora au Liban.

Il s’agit de casser ce mythe d’une Diaposra bénéfique et bienfaitrice au Liban qui en est tout le contraire.

Inversement, si on prend un autre modèle, le modèle israélien, c’est tout le contraire du Liban. Au lieu de forcer sa population à l’exil, au contraire, les autorités israéliennes ont tout fait pour les faire revenir et ainsi profiter de leurs know-how acquis à l’étranger.

Face aux défis auxquels le Liban fait face, le rôle de la diaspora aurait été justement d’amener son expertise en local et non d’en faire bénéficier d’autres. On peut notamment penser à la gestion des déchets, à la pollution et même au cadre financier puisque les banques locales ne sont plus peuplées que de coffee boys incapables de bien conseiller leurs clientèles, comme par exemple en leur disant d’éviter le Liban.

Le Liban reste un pays d’opportunité, si pour autant, la population en prend conscience au lieu de partir.

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