Ainsi, le gouvernement Hassan Diab envisagerait d’officialiser la demande concernant un appel à l’aide du FMI en vue de restructurer la dette publique du Liban. Il est déjà nécessaire de comprendre quels sont les principaux facteurs qui expliquent pourquoi on en est arrivé là.

  1. Quelle est la taille du déficit public?

    Selon les dernières données officielles, le déficit public libanais atteindrait 155% du PIB. Il serait désormais estimé à 90 milliards de dollars contre 85 milliards un an plus tôt.

    Cependant, les évènements au dernier semestre ont précipité les choses. Ainsi, alors que les revenus publics auraient baissé de 40% au cours des 3 derniers mois de 2019, un recul du PIB aurait également été constaté, passant ainsi de 55 milliards de dollars à 51 milliards de dollars. De facto, le déficit public s'est encore aggravé et serait désormais officieusement estimé à 166% du PIB (176% si on prend en compte une dette de 90 milliards de dollars).

  2. Pourquoi de telles craintes?

    Depuis Mars 2019, ce n'est pas le Ministère des Finances mais la Banque du Liban qui honore le paiement des obligations libanaises qui arrivent à échéance, ce qui grève les réserves monétaires.
    Cet état de fait est un des facteurs qui ont abouti à la crise de liquidité que traverse le pays des cèdres.

    Les réserves monétaires atteignaient officiellement 37.1 milliards de dollars fin décembre.
    Elles baissent actuellement officiellement toujours d'un milliard de dollars chaque mois, la banque centrale ayant été obligée de prendre à sa charge, suite à la publication de la circulaire 530, 50% des sommes nécessaires à l'achat de produits de première nécessité suite au manque de liquidité des banques privées.

    Selon différents rapports, les reverses monétaires pourraient officiellement s'épuiser entre juin et décembre 2020 (Rapport Bank of American-Merril Lynch).

    D'autres qui font la différence entre réserves monétaires nettes, encore appelées liquides, et réserves monétaires brutes qui incluent par exemple les dépôts des banques en devise étrangère ou les dépôts étrangers qui normalement ne sont pas à la disposition de la BDL, estiment les réserves monétaires nettes déjà épuisées.

    Face à ces craintes, un contrôle des capitaux a été mis en place, non pas par la Banque du Liban ou les autorités politiques mais par l'Association des Banques du Liban ce qui n'est pas sans poser des questions sur la légalité de cette mesure qui consiste à limiter les retraits possibles en dollars à hauteur d'une certaine limite – 300 dollars généralement -, et à interdire sauf cas d'urgence les transferts d'argent à l'étranger.

    Par ailleurs, on assiste à une dégradation de conditions sociales et économiques

    La Banque Mondiale estime à 50% la population libanaise (ce qui exclut donc celles présente au Liban au sein des camps palestiniens ou les réfugiés syriens) qui vivra sous le seuil de pauvreté en 2020.

    La dégradation des conditions de vie n'est pas un nouveau facteur. Déjà en 2018 ou 2019, le fort taux de chômage atteignait officieusement 30% à 40% en 2018, poussant 30 000 nouveaux diplômés à quitter le Pays annuellement.

    Un des facteurs prépondérants à cette dégradation est le fait que la livre libanaise est une monnaie surévaluée par rapport à sa valeur réelle, une surévaluation atteignant 100% et un facteur aggravé par l'augmentation des salaires au cours des dernières années, sur décision du gouvernement, une augmentation qui a atteint 50% et qui a contribué également l'aggravation des déficits publics.

    Côté privé, face à une main d'oeuvre libanaise hors de prix, le fait qu'il y ait une alternative, à savoir l'emploi d'une main d'oeuvre étrangère et notamment syrienne, est l'une des causes prépondérantes du chômage actuel.

  3. Quelles sont les racines de la crise?

    Les racines de la crise financière que traverse le Liban trouvent leurs germes dans le plan de reconstruction à la fin de la guerre civile qui a amené à ce que l'état s'endette vis-à-vis des banques mais également de l'étranger alors que les taux d'intérêts, dans les années 1990, atteignaient parfois même 37%.

    Côté politique économique et autorités gouvernementales.
    Le Liban a déjà fait appel à plusieurs reprises à l'aide la communauté internationale sans passer par un plan à proprement parlé du Fonds Monétaire International (FMI). Il s'agit notamment des conférences Paris I, II et III.
    Cependant, les autorités libanaises d'alors n'ont pas respectées leurs engagements, notamment en faveur de la privatisation de certaines entités publiques comme l'EDL qui est une des principales sources des déficits publics.

    De nombreux secteurs d'activités étaient déjà impacté par la crise économique, dont le secteur de l'immobilier à partir de 2012 – 2013.

    Côté monétaire.

    Cependant, ce sont les flux financiers entrants qui ont maintenu un système économique jusqu'à présent.

    Les banques libanaises ne savaient plus investir en dehors d'une part du BTP, secteur qui est entré en crise, et dans la dette publique qui ne faisait que grossir.

    Pour justifier l'investissement au Liban, les autorités monétaires ont mis en place, la politique du Peg (c'est-à-dire d'une parité contrôlée entre la livre libanaise et ici le dollar) dès les années 1990 sans aucun arbitrage sur la valeur de la livre depuis et dont la parité était de 1507.5 LL/USD.

    Début 2019, on a assisté à une inversion des flux financiers, provoquant une baisse dramatique des dépôts des banques, de l'investissement. Plus de capitaux ont quitté le Liban que ceux qui sont arrivés au Pays des Cèdres.
    Face à cette baisse, la Banque du Liban a autorité les banques à offrir jusqu'à 14% de taux d'intérêts sur la livre libanaise en échange du rapatriement de fonds en provenance de l'étranger. Cette stratégie n'a pas suffi à maintenir l'économie Libanaise.

  4. Quels sont les impacts actuels de la crise?

    Ils sont multiples, outre le fait que le déficit budgétaire continue à se creuser et qu'il atteigne 11.9% fin 2019, suite à l'effondrement des revenus de l'état de 40% et d'un effondrement du PIB qui est passé de 55 milliards de dollars à 51 milliards de dollars.

    Aussi l'absence de liquidité sur le marché amène à une pénurie de certaines marchandises de premières nécessités.
    Cette même absence de liquidité ne permet pas de trouver des produits de substitution à l'importation de marchandises étrangères, l'importation des produits nécessaires à la production de ces derniers étant également impactée, ce qui menace mécaniquement les industries libanaises qui ont su résister ces dernières années et augmente le nombre de faillite.
    Même si la fourniture de produits de première nécessité n'est pas à craindre, la communauté internationale fournissant à ce moment-là des lignes de crédit pour acheter blé, essence ou encore médicaments, certains produits feront l'objet tout de même de pénuries.

    Première impactées, les banques libanaises. L'Association des Banques du Liban, en raison des pénuries en billet vert, a décidé de l'instauration d'un contrôle des capitaux afin de limiter les retraits et les transferts à l'étranger, ce qui a permis de momentanément conserver les réserves monétaires.

    Par ailleurs, l'impact est social également
    Une étude de la banque mondiale prévoit que 50% de la population pourrait vivre sous le seuil de pauvreté en 2020.

  5. Le problème de solvabilité des banques libanaises

    Face à la crise, les banques libanaises sont très exposées au risque de défaut souverain, même si ces dernières années, la proportion des obligations étatiques qu'elles détiennent a baissé au détriment de celles de la Banque du Liban qui a augmenté. C'est d'ailleurs dans ce sens qu'il faille analyser la dégradation des notations des banques libanaises (Audi, Blom et Byblos) par les agences de notation internationales outre le fait que le contrôle des capitaux soit considéré comme un défaut sélectif. ,

    Si on applique des critères standards d'évaluation des banques libanaises, elles ne valent plus grand chose en raison de cette exposition à la dette souveraine. C'est ainsi que la Société Générale (France) a totalement approvisionné pour un montant équivalent à la totalité des actions qu'elle possède au sein de la SGBL au Liban, au lieu d'en déprécier seulement une partie.

    Face à cette problématique, la Banque du Liban a publié une circulaire demandant la hausse des capitaux des banques à hauteur de 20% en 2 tranches de 10%, une qui s'est achevée fin décembre et une deuxième qui devrait intervenir en juin.

    Le problème est que ces hausses se sont pas faciles à faire appliquer dans un système financier qui manque actuellement de liquidité. C'est ainsi que certaines banques vendent leurs filiales à l'étranger comme la Banque Audi pour sa filiale égyptiennes, et il faudra s'attendre à une vente massive des biens détenus par les banques et notamment dans le secteur de l'immobilier.

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