Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a affirmé vendredi que son parti et le mouvement Amal n’étaient pas opposés à une « solution politique » pour le Liban-Sud et se déclaraient ouverts à des négociations indirectes si elles permettaient d’obtenir le retrait israélien, le retour des habitants et la reconstruction. Le parlementaire a toutefois rejeté toute démarche qu’il assimile à une capitulation et vivement critiqué l’accord-cadre conclu par les autorités libanaises. Cette déclaration intervient alors que le débat porte désormais autant sur les moyens diplomatiques de mettre fin à la situation au Sud que sur les armes du Hezbollah et le rôle de l’État.
Hassan Fadlallah a formulé vendredi une position qui précise les conditions dans lesquelles le Hezbollah envisage une voie diplomatique au Liban-Sud. Le député n’a pas rejeté le principe d’une négociation. Il a même explicitement accepté l’hypothèse de discussions indirectes avec Israël, à condition qu’elles permettent d’atteindre des objectifs qu’il présente comme non négociables : la libération du territoire, le retour des habitants déplacés et la reconstruction des régions touchées.
« Nous ne sommes pas des partisans de la guerre », a déclaré Hassan Fadlallah. Selon lui, les conflits successifs ont été imposés aux habitants du Sud par la proximité d’Israël et par une histoire marquée par les invasions, les occupations et les affrontements.
Le député a ensuite défini la priorité actuelle du Hezbollah. Après les destructions provoquées par la guerre et les opérations israéliennes, il s’agit, selon lui, de « libérer le Sud, d’y retourner et de le reconstruire ».
C’est dans ce cadre qu’il a introduit la possibilité d’une démarche diplomatique.
« Nous soutenons une diplomatie fondée sur nos droits et nous sommes ouverts à des négociations indirectes si elles nous conduisent à cet objectif », a-t-il affirmé.
Le Hezbollah accepte le principe de négociations indirectes
La référence aux négociations indirectes constitue le point central de la déclaration de Hassan Fadlallah.
Le député ne propose pas des négociations directes entre le Hezbollah et Israël. Il ne se prononce pas non plus en faveur d’une normalisation des relations. Il ouvre en revanche explicitement la porte à un processus diplomatique indirect susceptible de régler les questions encore ouvertes au Liban-Sud.
Cette distinction correspond à une pratique déjà utilisée dans les relations entre le Liban et Israël. Les deux pays ne disposent pas de relations diplomatiques, mais plusieurs dossiers ont été traités par l’intermédiaire de médiateurs internationaux.
Les négociations sur la frontière maritime, conclues en octobre 2022, avaient ainsi été conduites avec une médiation américaine. Beyrouth et Tel-Aviv avaient accepté un arrangement sans établir de relations diplomatiques directes.
Le mécanisme issu du cessez-le-feu du 27 novembre 2024 a également reposé sur une médiation internationale et sur des engagements distincts pris par les parties.
En se disant ouvert à des négociations indirectes, Fadlallah ne rompt donc pas avec le principe d’absence de relations directes avec Israël. Il accepte en revanche que la voie politique puisse être utilisée pour obtenir des résultats au Liban-Sud.
Trois objectifs : retrait, retour et reconstruction
Hassan Fadlallah a associé cette ouverture à trois priorités.
La première concerne le retrait israélien. Malgré le cessez-le-feu du 27 novembre 2024, la question de la présence israélienne et des positions maintenues au Liban-Sud est restée au centre des tensions entre Beyrouth et Israël.
La deuxième concerne le retour des habitants. Les combats et les destructions ont provoqué d’importants déplacements de population dans les villages frontaliers. Si une partie des habitants est revenue depuis la cessation des hostilités, la situation demeure difficile dans plusieurs localités directement touchées par les opérations militaires.
La troisième priorité est la reconstruction. Des villages, habitations, infrastructures et terres agricoles ont subi d’importants dégâts pendant les affrontements. La reconstruction constitue donc un dossier économique et social autant que politique.
Fadlallah lie ces trois questions. Dans son discours, une solution politique ne peut être jugée sur son existence formelle. Elle doit produire des résultats concrets sur le terrain.
C’est à cette condition qu’il présente les négociations indirectes comme acceptables.
Fadlallah rejette une solution fondée sur la « soumission »
Cette ouverture diplomatique est accompagnée d’une limite clairement formulée.
Le député du Hezbollah affirme que les objectifs qu’il énumère ne peuvent pas être atteints par la « capitulation », la « soumission » ou la « subordination ». Il estime qu’une politique fondée sur ces principes conduirait au maintien de l’occupation plutôt qu’à sa disparition.
Fadlallah dirige directement cette critique contre les autorités libanaises.
Il accuse le pouvoir d’avoir consolidé la présence israélienne à travers l’accord-cadre conclu sous médiation américaine. Cette accusation s’inscrit dans le conflit politique qui oppose le Hezbollah au gouvernement de Nawaf Salam sur la stratégie suivie face à Israël et sur le dossier des armes.
Le gouvernement défend au contraire une approche reposant sur le renforcement de l’État, le déploiement de l’armée et la négociation afin d’obtenir le retrait israélien. Il considère également que les armes doivent progressivement être placées sous l’autorité exclusive des institutions étatiques.
La divergence ne porte donc plus seulement sur l’existence d’une voie politique. Les déclarations de Fadlallah montrent qu’elle porte également sur son contenu, ses conditions et le rapport de force dans lequel elle doit être conduite.
Depuis novembre 2024, le Hezbollah juge les propositions insuffisantes
Hassan Fadlallah a également choisi le 27 novembre 2024 comme point de départ de son bilan politique.
Cette date correspond à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu qui avait mis fin à plus d’un an d’affrontements entre Israël et le Hezbollah, dont deux mois de guerre particulièrement intense à l’automne 2024.
Selon le député, aucune proposition politique « raisonnable » n’a depuis été présentée au Hezbollah et à Amal pour résoudre durablement la situation.
Il a défini les critères auxquels devrait répondre une telle proposition : protéger le Liban, mettre fin aux assassinats et permettre aux habitants de regagner leurs maisons.
« Le Hezbollah et le mouvement Amal n’ont pas fermé les portes et ne sont pas contre une solution politique », a-t-il insisté.
Cette formulation permet au député de répondre à l’accusation selon laquelle les deux formations chiites privilégieraient nécessairement l’option militaire. Fadlallah affirme au contraire qu’elles sont disposées à examiner une solution négociée, mais considère que les conditions proposées jusqu’à présent ne garantissent pas les objectifs qu’elles défendent.
Une déclaration qui intervient en plein débat sur les armes
Les propos de Fadlallah interviennent alors que la question de la sécurité au Liban-Sud est désormais directement liée au débat national sur les armes du Hezbollah.
Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont réaffirmé à plusieurs reprises le principe du monopole des armes par l’État. L’armée libanaise est appelée à jouer un rôle central dans le contrôle du territoire et dans les arrangements destinés à stabiliser la frontière.
Joseph Aoun a encore déclaré cette semaine devant des militaires que les armes de l’armée étaient « les seules armes légitimes ». Il a parallèlement insisté sur la nécessité pour l’institution de protéger tous les Libanais, y compris ceux qui s’opposent aux décisions ou à l’autorité de l’État.
Le Hezbollah conteste pour sa part un désarmement qui interviendrait alors qu’Israël conserve des positions au Liban et poursuit des opérations sur le territoire.
Cette divergence demeure entière.
La déclaration de Fadlallah ne contient pas d’engagement du Hezbollah à remettre ses armes dans le cadre d’un éventuel règlement politique. Elle porte sur la possibilité de recourir à la diplomatie et aux négociations indirectes pour régler la situation au Sud.
Les deux questions sont néanmoins étroitement liées dans les discussions en cours. Les autorités libanaises veulent obtenir le retrait israélien tout en étendant le contrôle de l’État et de l’armée. Le Hezbollah demande que la fin de la présence et des opérations israéliennes précède toute remise en cause définitive de son arsenal.
Le précédent de la frontière maritime
L’ouverture de Fadlallah à des négociations indirectes dispose d’un précédent important : l’accord sur la frontière maritime conclu en 2022.
À l’époque, le Hezbollah avait accepté le principe des négociations menées par l’État libanais avec une médiation américaine, sans participer directement aux discussions avec Israël.
L’accord avait permis de délimiter la frontière maritime entre les deux pays et de définir leurs droits sur les zones énergétiques offshore.
Le précédent est cependant limité. La délimitation maritime concernait un dossier précis. Les discussions actuelles touchent à des questions beaucoup plus larges : présence militaire israélienne, sécurité de la frontière, retour des populations, reconstruction, déploiement de l’armée et avenir de l’appareil militaire du Hezbollah.
Une éventuelle négociation sur le Liban-Sud serait donc politiquement et sécuritairement beaucoup plus complexe.
La déclaration de Fadlallah indique néanmoins que le Hezbollah ne rejette pas par principe un mécanisme dans lequel l’État libanais négocierait par l’intermédiaire d’une tierce partie.
Le Hezbollah maintient ses ministres dans le gouvernement Salam
Hassan Fadlallah a également abordé vendredi les relations du Hezbollah avec le gouvernement de Nawaf Salam.
Malgré ses critiques contre la politique de l’exécutif, le parti n’envisage pas, à ce stade, de retirer ses ministres.
Le député a expliqué leur maintien au gouvernement par des « nécessités nationales et politiques liées au partenariat ». Il a également évoqué une entente avec le mouvement Amal pour rester au sein du cabinet pendant la période actuelle.
Cette décision ne constitue toutefois pas, selon lui, un soutien à la politique gouvernementale.
Fadlallah a explicitement précisé que la présence du Hezbollah au gouvernement ne signifiait ni que celui-ci considérait la politique du cabinet comme réussie, ni que la participation de ses ministres permettait de modifier significativement son orientation.
Cette distinction reflète la position actuelle du parti : rester dans les institutions tout en contestant plusieurs décisions centrales du gouvernement.
Le Hezbollah et Amal conservent ainsi leur participation au cabinet alors qu’ils sont en désaccord avec Nawaf Salam sur des dossiers majeurs, en particulier le traitement des armes et la stratégie suivie face à Israël.
Entre négociation et désaccord avec le gouvernement
Les déclarations de Hassan Fadlallah précisent donc les contours de la position actuelle du Hezbollah sur le Liban-Sud.
Le parti ne ferme pas la porte à une solution politique. Il accepte le principe d’une diplomatie conduite sur la base des droits revendiqués par le Liban et se dit ouvert à des négociations indirectes. Il fixe cependant comme résultats attendus le retrait israélien, le retour des habitants et la reconstruction.
Dans le même temps, le Hezbollah refuse que cette voie diplomatique soit associée à ce qu’il considère comme une capitulation face aux exigences israéliennes. Il rejette l’approche suivie par le gouvernement dans le cadre de l’accord conclu sous médiation américaine et maintient son opposition à un désarmement dans les conditions actuelles.
La déclaration ne règle donc pas le désaccord entre le parti et l’exécutif. Elle précise plutôt le terrain sur lequel celui-ci se déplace : le Hezbollah ne rejette pas la négociation en elle-même, mais conteste les conditions politiques et sécuritaires dans lesquelles elle est actuellement menée.
La prochaine étape dépendra dès lors du contenu des propositions soumises à Beyrouth, de l’évolution du retrait israélien et des garanties qui pourraient accompagner un éventuel règlement. Pour Fadlallah, le critère annoncé vendredi reste concret : une solution doit mettre fin aux opérations israéliennes et permettre aux habitants du Sud de rentrer durablement dans leurs villages.


