Le président libanais Joseph Aoun a réaffirmé lundi le monopole de l’État sur les armes en s’adressant directement aux militaires. « Vos armes sont les seules armes légitimes », a déclaré le chef de l’État, qui a demandé à l’armée de continuer à protéger tous les Libanais, y compris « la très petite minorité » qui s’oppose à l’État. Ces déclarations interviennent alors que l’institution militaire se trouve au centre du dispositif prévu pour étendre l’autorité de l’État, accompagner le retrait israélien du Liban-Sud et traiter la question des armes du Hezbollah.
Joseph Aoun a choisi de placer la confiance des Libanais dans leur armée au centre de son message. Devant des militaires, le président de la République a insisté à la fois sur la légitimité exclusive de l’institution militaire et sur son obligation de protéger l’ensemble de la population, indépendamment des divisions politiques qui traversent le pays.
« Vous protégez tous les nôtres, même la très petite minorité qui se tient contre notre patrie et notre État », a-t-il déclaré. Aoun a ensuite formulé plus directement le principe défendu depuis son arrivée à la présidence : « Vos armes sont les seules armes légitimes. »
Le chef de l’État a toutefois immédiatement précisé le sens qu’il donnait à cette légitimité. Elle ne repose, selon lui, « ni sur la force, ni sur la tutelle de quiconque », mais sur la confiance placée dans l’armée par les Libanais. Cette confiance constitue, a-t-il ajouté, « l’arme la plus importante et la plus puissante ».
Le propos intervient dans une période où la question de l’autorité militaire de l’État ne relève plus seulement d’un principe inscrit dans les déclarations officielles. Elle se trouve au cœur des décisions prises par les autorités libanaises et des négociations destinées à stabiliser le Liban-Sud.
Aoun place la confiance des Libanais au cœur de la mission de l’armée
Joseph Aoun, qui a dirigé l’armée libanaise avant son élection à la présidence de la République, a consacré une partie importante de son intervention à la relation entre les militaires et la population. Il a demandé à l’institution de préserver cette confiance alors qu’elle assume des missions de plus en plus sensibles sur le territoire.
« Aucune armée dont le peuple s’est tenu à ses côtés n’a jamais été vaincue, et aucune armée contre laquelle son peuple s’est dressé n’a jamais réussi », a déclaré le président.
Cette idée n’est pas nouvelle dans son discours. Lorsqu’il commandait l’armée, Joseph Aoun insistait déjà sur le soutien populaire comme l’un des principaux éléments de la capacité de l’institution militaire à remplir ses missions. Depuis son accession à la présidence, il a repris cette conception dans un contexte beaucoup plus directement lié au débat sur les armes.
Le président a ainsi associé deux éléments : l’armée doit être la seule force armée légitime du pays, mais cette légitimité doit reposer sur l’adhésion de la population plutôt que sur une logique de confrontation interne.
Cette précision intervient alors que le dossier des armes du Hezbollah demeure l’un des sujets les plus sensibles de la politique libanaise.
« Les seules armes légitimes »
La phrase prononcée lundi constitue le passage politique central de l’intervention présidentielle.
En affirmant devant les militaires que leurs armes sont « les seules armes légitimes », Joseph Aoun reprend le principe de la monopolisation des armes par l’État, déjà défendu à plusieurs reprises par la présidence et le gouvernement de Nawaf Salam.
Le président avait notamment réaffirmé, fin août, l’engagement du Liban à limiter les armes légitimes aux institutions de l’État et à étendre l’autorité de l’armée sur l’ensemble du territoire. Il avait alors lié cet objectif à l’application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies et au rétablissement de la pleine souveraineté libanaise.
Lors du 81e anniversaire de l’armée, le 1er août, Aoun avait également déclaré qu’il n’existait aucune légitimité pour des armes situées en dehors de celle de l’État. Il avait présenté l’armée comme la garantie de l’unité, de la souveraineté et de l’indépendance du Liban.
Le message de lundi s’inscrit donc dans une ligne déjà établie. Sa particularité tient à la manière dont il est formulé : Aoun s’adresse directement aux militaires et oppose la légitimité de leurs armes non seulement à l’existence d’autres arsenaux, mais aussi à toute idée de contrainte ou de tutelle extérieure.
Le Hezbollah directement concerné par le monopole des armes
Joseph Aoun n’a pas besoin de nommer systématiquement le Hezbollah lorsqu’il évoque la nécessité de réserver les armes aux institutions de l’État. Le mouvement chiite reste la principale organisation libanaise disposant d’un appareil militaire autonome et d’un arsenal échappant au contrôle direct de l’armée.
La question de cet arsenal a pris une dimension nouvelle depuis la guerre avec Israël et l’affaiblissement militaire subi par le Hezbollah. Elle occupe désormais une place centrale dans les relations entre la présidence, le gouvernement, l’armée et le mouvement dirigé par Naïm Qassem.
Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont tous deux défendu le principe d’un État disposant seul du droit de détenir les armes et de décider de la guerre et de la paix. Le gouvernement a engagé l’armée dans la mise en œuvre de cette orientation, tout en cherchant à éviter qu’elle ne débouche sur un affrontement entre Libanais.
Cette dernière dimension explique l’importance du reste du discours présidentiel. En demandant aux militaires de protéger même ceux qui se dressent contre l’État, Aoun rappelle que l’armée doit conserver son rôle d’institution nationale au moment même où elle est appelée à appliquer des décisions susceptibles de rencontrer une opposition politique et populaire.
Le président avait déjà insisté sur le fait que le dossier devait être traité dans le respect de la paix civile. Cette ligne reste particulièrement sensible dans les régions où le Hezbollah conserve une forte implantation politique et sociale.
Une armée chargée de protéger aussi les opposants à l’État
La formulation employée lundi va au-delà de la seule question des armes.
« Vous protégez tous les nôtres », a déclaré Aoun aux militaires, avant de préciser que cette protection s’étendait même à ceux qui se positionnent contre « notre patrie et notre État ».
Le président ne les exclut donc pas du champ de protection de l’institution militaire. L’armée reste chargée de leur sécurité comme de celle de tous les autres citoyens.
Ce principe prend une dimension particulière dans le contexte libanais. L’institution militaire doit exécuter les décisions du gouvernement tout en évitant de devenir un acteur d’une confrontation politique intérieure. Elle intervient dans un pays où les clivages autour du Hezbollah, des relations avec Israël et de la politique régionale restent profonds.
Aoun avait déjà affirmé que la décision sur le monopole des armes était une décision libanaise prise par le Conseil des ministres et non une mesure imposée de l’extérieur. Il avait également expliqué que son application dépendait des capacités de l’armée et des conditions sur le terrain.
Son message de lundi reprend cette articulation. L’État revendique l’exclusivité des armes, mais le président présente la confiance nationale comme le fondement de l’autorité de l’armée.
Le retrait israélien reste associé au dossier des armes
Cette question ne peut toutefois être dissociée de la présence israélienne et de la situation au Liban-Sud.
En juin, les gouvernements libanais et israélien ont conclu, sous médiation américaine, un accord-cadre prévoyant un retrait progressif israélien et le déploiement de l’armée libanaise dans les secteurs concernés. Le dispositif associe le retrait israélien au renforcement du contrôle exercé par l’État libanais et au traitement des armes du Hezbollah.
Depuis, sa mise en œuvre reste difficile. Les autorités libanaises accusent régulièrement Israël de compromettre le processus par ses opérations militaires et par le maintien de positions sur le territoire libanais.
L’armée elle-même a déjà averti que les actions israéliennes entravaient son déploiement et l’exécution de ses missions dans le Sud.
Joseph Aoun a, de son côté, lié à plusieurs reprises le traitement du dossier des armes du Hezbollah à trois éléments : la fin de l’occupation israélienne, la prise de contrôle complète du territoire par l’armée et un programme de reconstruction placé sous la responsabilité de l’État.
Cette position permet à la présidence de défendre le principe du monopole des armes sans présenter le désarmement comme un processus indépendant des obligations imposées à Israël.
Le Hezbollah refuse de désarmer dans les conditions actuelles
Le Hezbollah continue pour sa part de rejeter son désarmement dans les conditions actuelles. Le mouvement considère notamment que la présence israélienne et les opérations menées contre le territoire libanais empêchent de clore unilatéralement la question de ses armes.
Il s’oppose également à l’accord-cadre conclu avec Israël et aux négociations directes avec l’État hébreu.
Cette divergence place l’État libanais devant une difficulté concrète. Le gouvernement a fixé un objectif de monopole des armes, mais son application doit être menée par une armée dont les autorités veulent préserver la cohésion et le statut national.
Le dossier ne se limite donc pas à la collecte d’armes. Il concerne aussi le contrôle territorial, les positions militaires, les voies d’approvisionnement, la capacité de l’État à assurer la sécurité des populations et la reconstruction des régions touchées par la guerre.
Le rôle de l’armée devient d’autant plus important que les autorités veulent éviter l’existence de structures militaires parallèles sans ouvrir une confrontation armée à l’intérieur du pays.
Une ligne déjà défendue depuis Baabda
Depuis son élection, Joseph Aoun a progressivement durci la formulation de sa position sur les armes sans abandonner son appel à une solution intérieure.
Au début de 2026, il avait expliqué que la décision de réserver les armes à l’État avait été prise par le Conseil des ministres et devait être appliquée par l’armée selon les possibilités disponibles et la situation sur le terrain. Il avait également estimé que les armes extérieures à l’État avaient perdu leur fonction de dissuasion et étaient devenues un poids pour leur propre environnement comme pour l’ensemble du Liban.
Lors de ses interventions suivantes, le président a répété que la protection du territoire devait revenir à l’État et à ses forces armées.
En juillet, lors d’une visite aux États-Unis, il avait cependant précisé les conditions qu’il jugeait nécessaires pour avancer dans le dossier du Hezbollah : mettre fin à l’occupation israélienne, permettre à l’armée d’exercer un contrôle complet et lancer une reconstruction administrée par l’État.
Cette approche continue de structurer la position présidentielle en septembre. Aoun ne sépare pas le monopole des armes du rétablissement de la souveraineté libanaise sur les zones encore occupées ou soumises aux opérations israéliennes.
L’armée au centre de la prochaine étape
Le discours de lundi place surtout l’armée au centre de cette équation.
L’institution doit renforcer son déploiement, contrôler les zones placées sous l’autorité de l’État, faire appliquer les décisions du gouvernement et, parallèlement, conserver la confiance des différentes composantes de la population.
C’est précisément sur ce dernier point que Joseph Aoun a insisté devant les militaires. La légitimité de l’armée ne provient pas seulement de la Constitution ou de la décision gouvernementale. Le président la rattache également à la confiance que les Libanais accordent à une institution censée les protéger sans distinction.
Cette confiance devient d’autant plus importante que les missions confiées à l’armée touchent désormais directement au dossier le plus conflictuel de la politique de sécurité libanaise.
La déclaration présidentielle intervient en outre alors que l’application de l’accord conclu en juin dépend toujours des développements sur le terrain. Les discussions sur le retrait israélien, le déploiement de l’armée et le sort des armes du Hezbollah restent étroitement liées.
En affirmant que les militaires doivent protéger même ceux qui s’opposent à l’État, Joseph Aoun fixe ainsi deux limites à l’action qu’il leur demande : aucune arme ne doit disposer de la même légitimité que celle de l’État, mais l’application de ce principe ne doit pas transformer l’armée en force dirigée contre une partie de la population libanaise.
Le calendrier et les modalités permettant de traduire ce principe sur le terrain restent désormais au cœur des discussions entre Baabda, le gouvernement, le commandement de l’armée et les différentes forces politiques libanaises.




