Aladdin et la lampe merveilleuse

« Aladdin ou la Lampe merveilleuse » est un conte que l’on retrouve dans le recueil des « Mille-et-Une Nuits » ; un récit fantastique qui a pu à travers les siècles, faire le tour de la planète dans l’imaginaire des enfants et devenir une sorte d’icône enchanteresse de l’Orient. Cet été notamment, il fait son come-back avec une nouvelle version live-action signée Disney, afin de charmer les gamins et faire retomber les plus grands en enfance.  Mais qui sait que ce personnage est absent du manuscrit original arabo-perse et qu’il n’existe que dans les versions traduites des « Mille-et-Une Nuits » à partir du XVIIIe siècle ? Peut-on croire que les aventures d’un Chrétien Maronite d’Alep se sont vus transformer en ce fameux jeune garçon fils de Mustapha, pauvre tailleur ?

Un Maronite d’Alep inspire le traducteur français des « Mille-et-Une Nuits »

Nous sommes à Paris au début du XVIIIe siècle, lorsqu’Antoine Galland, savant français, avait entamé la traduction d’un manuscrit arabe du XVe tombé entre ses mains, les « Mille-et-Une Nuits », œuvre orientale encore inconnue de l’Occident. Il rencontre un jour Hanna Dyâb, un Maronite d’Alep qui accompagnait le voyageur Paul Lucas. Séduit par la rhétorique et le sens de l’humour de Dyâb, Galland demande à ce jeune oriental de lui raconter plusieurs histoires. Hanna Dyâb, fin volubile à l’inventivité féconde, se lance alors dans une ribambelle de récits faisant état de son périple du Proche-Orient jusqu’à Paris, en passant par l’Afrique, berceau de l’Humanité.

Ainsi, fortement inspiré par la narration de Dyâb, Galland réactualise le manuscrit arabo-perse, et l’étoffe des aventures racontées par Hanna Dyâb. Le voyage palpitant de ce dernier jusqu’à Paris sera l’inspiration majeure pour le conte « Aladdin ou la Lampe Merveilleuse ». Galland ne se contente pas de retranscrire les « Mille-et-Une Nuits », mais il offre à l’Europe une nouvelle image de l’Orient en ajoutant de nouveaux contes dont celui d’Aladdin, tout comme d’ailleurs « Sinbad le marin » et « Ali Baba et les Quarante voleurs ». A la fin du XVIIIe s, ce nouvel ouvrage est traduit en plusieurs langues en Europe et atterri aux Etats-Unis. L’image envoûtante de l’Orient se fige dans l’esprit des peuples d’Occident.

Cependant, Antoine Galland n’évoque pas dans cet ouvrage la source de son inspiration, qui est Hanna Dyâb. Il le cite par contre dans son journal, qui n’était pas destiné à la publication, contrairement d’ailleurs à Paul Lucas qui publie alors son livre Deuxième voyage du Sieur Paul Lucas dans le Levant (octobre 1704-septembre 1708) sans même faire la mention de celui qui l’a accompagné partout, servi, diverti, et enrichi de son savoir plurilingue et de son exotisme : Hanna Dyâb.

Qui est Hanna Dyâb ?

Hanna Dyâb, un jeune chrétien maronite d’Alep, était attiré par la vie monastique, ce qui le conduit au Mont Liban, afin d’y vivre une expérience concrète de sa vocation religieuse en tant que novice. Cependant, pris par le doute, il se résous à rentrer chez lui pour réfléchir à sa destinée. C’est alors qu’il rencontre à Alep le voyageur français Paul Lucas (1664-1737). Depuis, sa vie prend un nouveau tournant. Il devient le compagnon, domestique et interprète de Lucas et se lance dans une pérégrination initiatique d’Alep à Tripoli, à Saïda, passant par Chypre, puis l’Egypte, la Libye, la Tunisie, pour rejoindre l’Europe, de l’Italie vers Paris où il demeure de 1707 à 1710.

Pratiquant plusieurs langues, à savoir l’arabe, le turc, le français et l’italien, armé de son goût prononcé pour l’anecdote, c’est ainsi que Hanna Dyâb attire l’attention d’Antoine Galland, qui s’inspire de ses récits pour la traduction et la rédaction des Mille et Une Nuits.

De retour à Alep, Habba Dyâb devient un riche marchand drapier, se marie et décide un peu plus tard, à soixante-quinze ans en 1766, de mettre noir sur blanc ses aventures, dont il nous reste un unique manuscrit, le Sbath 254, actuellement conservé à la Bibliothèque apostolique vaticane.

Polémique ou source authentique ?

Cependant, tout le monde n’est pas d’accord sur le fait que Hanna Dyâb soit la source d’inspiration d’Antoine Galland. Certains estiment que Galland a rajouté certains contes d’origines turques racontés oralement par un de ses conseillers. D’autres parlent d’un « ami aleppin, difficilement identifiable » qui aurait ramené à Galland un manuscrit des « Mille-et-Une Nuits » que Galland finit par adapter en français. Pour G. Huet, Hanna Dyâb n’a fait que remettre à Galland une copie du conte de la Lampe, qu’il aurait dû peut-être lui lire, mais remarque qu’il est impossible que Dyâb eût transmis oralement l’intégralité de cette histoire ; réfutant ainsi que l’histoire du Maronite soit à l’origine du personnage d’Aladdin.

Mais pour le traducteur du récit autobiographique de Hanna Dyâb, Bernard Heyberger, nul doute concernant la source d’inspiration d’Antoine Galland. Il estime que dans le récit de voyage de Hanna Dyâb et le conte d’Aladin, il existe des épisodes qui se ressemblent, et que les similitudes abondent. Comme par exemple la présence d’une figure masculine robuste, l’histoire d’une grotte où se trouve une lampe, la narration mettant l’accent sur une opulence miraculeuse, et une multitudes d’écueils brusques.

D'Alep à Paris, Hanna Dyab, Aladdin
Ce qui est intéressant dans toute cette histoire, c’est la pluralité dans l’origine de l’histoire de ce héros oriental qui envahit le grand écran durant cet été. Derrière ses traits bruns et son parcours fantastique, sommeille l’histoire d’un ancien novice du Mont Liban, qui a un jour quitté son Alep natale, vécu mille et une aventures, les unes fortunées et d’autres loin d’être radieuses, et fini par les immortaliser via un érudit français, dans une compilation qui a pu influencer durant trois siècles l’imaginaire européen et outre-Atlantique. Aladdin sur son tapis enchanté, protagoniste de mille et une adaptations dans mille et une langues, inspirateur du poème romantique d’Oehlenschlaege, figure des dessins animés des grands studios de Disney, fait perdurer les péripéties d’un curieux personnage aleppin.

Pour en savoir plus, il suffit de lire l’autobiographie fascinante de Hanna Dyâb, pour découvrir « Le regard vif et original d’un “Oriental” sur le monde méditerranéen et la France au temps de Louis XIV ».

Références

DAAÏF, Lahcen ;
SIRONVAL, Margaret. Marges et espaces blancs dans le manuscrit arabe
des Mille et Une Nuits d’Antoine Galland In : Les
non-dits du nom. Onomastique et documents en terres d'Islam : Mélanges
offerts à Jacqueline Sublet [En ligne]. Beyrouth : Presses de
l’Ifpo, 2013.
CHOCHOY Matthieu,
« DYÂB Hanna, D’Alep à Paris. Les pérégrinations d’un jeune syrien
au temps de Louis XIV, récit traduit de l’arabe (Syrie) et annoté par Paul
Fahmé, Bernard Heyberger et Jerôme Lentin, Paris, Sinbad-Acte Sud, 2015, 448 p »
In : Institut français d’archéologie orientale [En ligne], BCAI 30
(2016). 
DYAB Hanna, D'Alep
à Paris. Les pérégrinations d'un jeune Syrien au temps de Louis XIV, traduit
de l'arabe (Syrie) par : Bernard HEYBERGER, Jérôme LENTIN, Paule
FAHMÉ-THIÉRY, coll. Sindbad, La Bibliothèque Arabe, Actes Sud, Arles, 2015. 
Huet, G. « Les
origines du conte de Aladdin et la Lampe Merveilleuse. » In : Revue
De L'histoire Des Religions, vol. 77, 1918, pp. 1–50. [En ligne]. JSTOR.

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