Beyrouth, Liban – L’avion russe de type Sukkoi 24 russe abattu par la Turquie est Beyrouth, Liban – L’avion russe de type Sukkoi 24 russe abattu par la Turquie est évidemment à la une de nombreux journaux. Un pilote est mort, alors que l’autre, apprend-on aujourd’hui via l’Ambassadeur Russe à Paris, a été exfiltré par l’Armée Syrienne alors que Moscou envisage désormais de renforcer encore plus sa présence en Syrie, notamment avec l’envoi de système antiaériens S-400 Triumph – une première en opération de combat en dehors de la Russie – qui couvre une zone d’un rayon de 600 km. Cela évidemment compliquera tant le survol de la zone par les chasseurs des pays occidentaux que mettra les avions turcs en mauvaise posture dans la zone. 

Une information cependant dont on parle peu et qu’on découvre dans les colonnes du journal Le Figaro:

«En accord avec les règles d’engagement, les autorités turques ont mis en garde de manière répétée un avion non identifié qui se trouvait à 15 kilomètres ou moins de la frontière», confie une source officielle turque.

C’est donc au niveau du territoire syrien lui-même que les forces turques ont mis en garde le bombardier SU24 russe et après avoir passé 15s en territoire turc sur une petite portion, qu’ils l’ont abattu. Ils n’attendaient que cela.

 Hier déjà, la carte radar publiée par le régime turc était quelque peu problématique. On peut y voir le chasseur bombardier russe effectivement loger la frontière, et pénétrer sur une petite portion comme un isthme à l’intérieur du territoire turc. Evidemment, les chasseur F16 Turcs, eux arrivent à faire du surplace au niveau de la frontière syrienne et n’y pénètrent pas selon cette carte, alors que Moscou accuse Ankara d’avoir poursuivi et fait abattre l’avion russe en territoire syrien. La carte publiée par la Turquie semble lui donner raison sur ce point, alors que l’épave du Su24 se trouve à 4km à l’intérieur des frontières syriennes.

Ce genre d’incident arrive souvent et pour autant, il n’entraine généralement pas de destruction de l’appareil par les systèmes antiaériens. Il s’agit donc d’un geste volontaire commis par Ankara, un message à faire, un message plus politique que territorial ou militaire. Il ne pouvait évidemment menacer la sécurité turque.

Cette zone, correspondante à l’ancienne République du Hatay est également remise sur la scène. Il s’agit d’une province à l’origine syrienne, peuplée par 65% d’arabes principalement alaouites, la même communauté que le Président Syrien Bachar el Assad et échangée en 1938 par la puissance mandataire, la France contre la non-implication turque dans le conflit de la 2ème guerre mondiale et cela en violation du Mandat Français qui stipulait que Paris devait garantir l’intégrité territoriale. Bien que pacifiques, Damas a toujours revendiqué le retour de cette province.

Du coté syrien, des rebelles soutenus militairement par Ankara combattent les forces du régime syrien et cela est évidemment une autre violation territoriale turque et cela sans même évoquer le soutien turc direct ou indirect à l’organisation Daech: achat de pétrole des zones du conflit et exportation vers la Turquie avec la présence notable de nombreux camions citernes turcs sur place qui ont été détruits par l’aviation russe, le passage de nombreux combattants de Daech vers ou depuis la zone occupée via la Turquie, etc… Le rôle d’Ankara est ambiguë et évidemment Erdogan préfère la poursuite d’un conflit qui lui est en fin de compte favorable que son règlement.

La destruction de l’avion russe par Ankara dévoile ainsi les principaux outils actuels mis en place par Erdogan pour favoriser la chute de Bachar el Assad suite à l’entrée directe de la Russie dans le conflit. Erdogan avait été quelque peu mis à l’écart depuis l’intervention de Moscou sur le théâtre syrien ou il était un partenaire essentiel, ce qu’il n’est plus depuis. Ses positions diplomatiques se sont largement effritées, d’un coté par la perte d’influence

Il s’agirait pour lui de:

  • remettre  mise en place la question d’une non-flying zone qui est l’arlésienne du Président Turc;
  • de refuser une coalition large suite aux attentats qui ont visé l’Airbus Russe dans le Sinaï ou encore la Paris le 15 novembre dernier, contre l’organisation terroriste Daech dans laquelle semblait s’inscrire tant la France que la Russie et qui avait des chances d’aboutir selon les informations précédents l’incident. Cette partie de sa stratégie semble aujourd’hui porter ses fruits après les déclarations du Président Français François Hollande qui s’est aligné sur les positions américaines à l’occasion de sa visite aux USA ce mardi 24 novembre.

La Non-Flying zone, pour reprendre le terme anglican, est illégale au niveau du droit international puisqu’il s’agit d’une mesure unilatérale turque et non d’une décision de l’ONU et aussi une violation flagrante de la souveraineté syrienne.

Ce nouvel évènement n’est également pas sans rappeler qu’Ankara a toujours oeuvré en faveur de l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne dans le Nord de la Syrie, un peu à l’exemple de celle établie par l’ONU en Libye et qui a permis à la coalition franco-britannique alliée à des rebelles locaux fortement fondamentalistes de renverser Mouammar Kadhafi. Il s’agit là, notamment d’une des raisons qui ont fait que le régime turc a lâché les migrants vers les côtes européennes, amenant à la crise homonyme.

Cette opération qu’on ne souligne pas assez est à l’origine de l’intervention directe russe en Syrie, il y avait alors urgence pour Moscou d’intervenir auprès de Damas puisque l’Union Européenne, aidée de l’OTAN, sur demande ou plutôt sur exigence turque, souhaitait établir une zone d’exclusion aérienne dans le Nord de la Syrie malgré un probable véto russe au Conseil de Sécurité. C’est enfin parmi ces migrants que l’organisation terroriste Daech a infiltré des kamikazes dont certains seront à l’origine des attentats à Paris. La responsabilité d’Ankara est engagée et pourtant l’Union Européenne ne réagit pas à ces tentatives de manipulation de sa politique dans le conflit syrien dont elle fait l’objet.

Et l’Union Européenne, elle, en est toujours dupe.

François el Bacha

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