Les derniers articles

Articles liés

Dans les coulisses du Courant du Futur : Saad Hariri prépare-t-il son retour autour d’une nouvelle doctrine politique ?

- Advertisement -

Le retour éventuel de Saad Hariri dans le jeu politique libanais ne se préparerait pas, pour l’instant, par l’annonce d’une candidature ou par la reconstitution spectaculaire de l’appareil électoral du Courant du Futur. Les informations publiées par une source médiatique le 18 septembre 2026 décrivent une démarche plus structurée : la préparation d’un congrès politique placé sous sa supervision, destiné à produire une nouvelle déclaration politique et à redéfinir la ligne du courant après plusieurs années de retrait. Les thèmes qui seraient en cours de discussion sont suffisamment précis pour dépasser la question personnelle du retour de l’ancien Premier ministre. Ils concernent le monopole des armes par l’État, la décision de guerre et de paix, le refus d’entraîner le Liban dans les conflits régionaux et le retour à l’accord de Taëf comme cadre de référence.

Ces informations proviennent de sources internes au Courant du Futur et ne constituent pas encore l’annonce officielle d’un programme adopté. Cette réserve est essentielle. Mais elles permettent de comprendre ce qui pourrait être en préparation : moins un simple retour de Saad Hariri qu’une tentative de repositionner le courant dans un paysage politique profondément différent de celui qu’il avait quitté. Le Hezbollah est soumis à une pression militaire et politique sans précédent, l’État affirme vouloir récupérer le monopole des armes, Joseph Aoun et Nawaf Salam ont placé la souveraineté au centre de leur discours, l’Arabie saoudite reste impliquée dans le dossier libanais et le Sud est engagé dans une négociation qui pourrait modifier durablement l’équilibre intérieur. Le Courant du Futur semble vouloir construire sa nouvelle doctrine autour de cette transformation.

Un congrès destiné à produire une ligne, pas seulement à réorganiser un parti

Selon les informations provenant de sources internes au courant, la préparation du congrès se déroule sous la supervision de Saad Hariri. L’objectif serait notamment de publier une nouvelle déclaration politique. Le choix de cette formule est significatif. Une déclaration politique ne sert pas uniquement à réorganiser les structures partisanes ou à répartir les responsabilités internes. Elle fixe une lecture de la situation nationale, désigne des priorités et définit les lignes autour desquelles le courant entend reconstruire son identité.

Les axes rapportés sont particulièrement révélateurs. Le premier concerne l’exclusivité des armes entre les mains de l’État. Le deuxième porte sur la décision de guerre et de paix, qui devrait également relever exclusivement des institutions. Le troisième consiste à refuser que le Liban soit utilisé comme terrain pour des confrontations extérieures. Le quatrième remet l’accord de Taëf au centre du projet politique.

Pris séparément, aucun de ces thèmes n’est nouveau dans le discours souverainiste libanais. Leur intérêt vient de leur combinaison et surtout du moment auquel ils réapparaissent. Pendant des années, le débat sur les armes du Hezbollah était largement bloqué par le rapport de force intérieur. Le sujet existait dans les programmes politiques, mais les institutions disposaient de peu de moyens pour le traduire en politique publique. En septembre 2026, la situation est différente : le monopole des armes n’est plus seulement une revendication d’opposition. Il est devenu un objectif assumé par l’État.

Le Courant du Futur pourrait donc revenir dans un environnement où une partie de son discours historique se retrouve déjà au cœur de la politique officielle. Cette situation lui offre une opportunité, mais crée également un problème : comment revenir politiquement sans simplement répéter ce que la présidence et le gouvernement disent déjà ?

La réponse semble être recherchée dans une doctrine plus large reliant les armes, Taëf et le refus des guerres régionales.

Le choix du dossier des armes n’a rien d’anodin

Placer le monopole des armes au premier rang d’une future déclaration politique permettrait au courant de se repositionner sur le dossier le plus important de la phase actuelle. Mais cette orientation aurait également pour effet de redéfinir sa relation avec le Hezbollah.

Le sujet n’est plus seulement celui de l’existence d’un arsenal. Il concerne la capacité d’un acteur non étatique à participer à une guerre ou à ouvrir un front sans que la décision relève exclusivement des institutions libanaises. Les conséquences des conflits récents ont donné à cette question une dimension beaucoup plus concrète. Les destructions dans le Sud, les déplacements de population, l’occupation israélienne de certaines zones et la dépendance du Liban à l’égard des médiations internationales ont replacé la décision de guerre au centre du débat.

La future ligne attribuée au Courant du Futur chercherait précisément à relier les deux éléments : armes et décision. Il ne suffirait pas de dire que les armes doivent appartenir à l’État. Il faudrait également établir que personne ne peut engager le pays dans une confrontation extérieure en dehors d’une décision institutionnelle.

Cette formulation permettrait à Saad Hariri d’éviter un discours uniquement dirigé contre le Hezbollah. Le problème serait présenté comme une question de fonctionnement de l’État. La cible politique resterait identifiable, mais l’argument serait institutionnel : un pays ne peut exercer sa souveraineté si plusieurs centres possèdent la capacité autonome de décider de l’usage de la force.

Cette nuance sera importante si le congrès se tient et si la déclaration annoncée reprend effectivement les axes rapportés. Un discours de confrontation communautaire risquerait de reconstruire les anciennes lignes de fracture. Une doctrine centrée sur l’autorité institutionnelle pourrait, au contraire, chercher à inscrire le courant dans le nouveau consensus que les autorités tentent de construire autour de l’armée.

« Ne plus transformer le Liban en terrain des guerres des autres »

Le troisième axe rapporté par les sources internes est probablement le plus politique : empêcher que le Liban ne soit à nouveau entraîné dans des conflits extérieurs. Derrière cette formule se trouve une lecture de près de deux décennies de crises libanaises.

Le Courant du Futur pourrait ainsi chercher à faire de la neutralisation du territoire libanais un principe structurant. Il ne s’agirait pas nécessairement d’une neutralité juridique au sens strict, puisque les informations disponibles ne mentionnent pas l’adoption d’un statut de neutralité. La ligne serait plus pragmatique : les conflits régionaux ne doivent plus pouvoir déterminer automatiquement l’entrée du Liban dans une confrontation.

Cette position prend une importance particulière dans le contexte actuel. Les tensions entre l’Iran, Israël et les États-Unis structurent une grande partie de la région. Le Yémen est à nouveau un foyer majeur. Le détroit de Bab el-Mandeb et le détroit d’Ormuz sont au cœur d’une confrontation qui touche directement les flux énergétiques et commerciaux. Dans ce contexte, l’objectif attribué au courant consiste à séparer autant que possible le Liban de ces affrontements.

Cette doctrine pourrait également constituer un message à l’Arabie saoudite. Riyad veut depuis longtemps que le Liban cesse d’être utilisé comme une extension des rapports de force régionaux liés à l’Iran. Une nouvelle ligne haririenne fondée sur la souveraineté et la décision exclusive de l’État serait donc compatible avec les priorités saoudiennes actuelles.

Il faut néanmoins éviter d’aller plus loin que les sources. Rien dans les informations disponibles ne permet d’affirmer qu’un accord politique aurait déjà été conclu entre Saad Hariri et Riyad sur son retour. Les sources internes au courant parlent d’un dépassement des tensions passées et d’une volonté de reconstruire la relation. Cela constitue un signal, pas la preuve d’un parrainage saoudien du projet.

Taëf comme instrument de retour au centre du système

Le choix de remettre l’accord de Taëf au centre de la future déclaration est probablement l’élément le moins spectaculaire et pourtant l’un des plus importants. Pour le Courant du Futur, Taëf constitue à la fois un cadre institutionnel et une partie de son héritage politique. Le réaffirmer permettrait de défendre la reconstruction de l’État sans ouvrir immédiatement le débat explosif sur une refonte complète du système.

Cette stratégie aurait plusieurs avantages. Elle permettrait d’abord de répondre aux appels à modifier les équilibres institutionnels en rappelant qu’une partie des dispositions prévues par Taëf reste encore incomplètement appliquée. Elle permettrait ensuite de replacer la présidence du Conseil et les institutions constitutionnelles au cœur du fonctionnement politique sans présenter cette revendication comme strictement sunnite.

Enfin, Taëf offre un langage commun avec l’Arabie saoudite, qui a historiquement joué un rôle majeur dans la conclusion de l’accord.

Le choix du texte comme référence pourrait donc remplir trois fonctions simultanées : reconstruire l’identité du courant, rétablir un pont avec Riyad et opposer au système des rapports de force armés un cadre institutionnel reconnu.

Mais il existe une difficulté. Réaffirmer Taëf est politiquement simple tant que l’on reste au niveau des principes. Sa mise en œuvre soulève immédiatement des questions beaucoup plus délicates : fonctionnement des institutions, décentralisation, rapports entre communautés, abolition progressive du confessionnalisme politique et organisation du pouvoir exécutif. Les informations disponibles ne permettent pas encore de savoir jusqu’où le futur congrès entend aller sur ces dossiers.

C’est l’un des éléments qui permettront de distinguer une véritable doctrine d’un simple retour aux références historiques du courant.

Le rapprochement avec Riyad sera le véritable test

Les sources internes au Courant du Futur décrivent les tensions passées avec l’Arabie saoudite comme une parenthèse appelée à être dépassée. Cette formulation est importante parce que le retrait de Saad Hariri de la vie politique ne peut être compris indépendamment de la dégradation de ses rapports avec Riyad.

Un retour durable nécessiterait donc probablement une clarification de cette relation. Mais le contexte a changé. L’Arabie saoudite ne semble plus vouloir reproduire exactement le modèle dans lequel un grand leader sunnite constituait son principal relais dans le système libanais. Les informations provenant de sources informées indiquent que Riyad privilégie désormais le soutien à l’État, à Joseph Aoun, à Nawaf Salam et à l’armée.

Cette évolution oblige Saad Hariri à adapter son éventuel retour.

Il ne peut plus simplement se présenter comme le principal interlocuteur libanais de l’Arabie saoudite. Il doit démontrer que son projet s’inscrit dans la consolidation des institutions que Riyad soutient déjà. Les thèmes du congrès répondent précisément à cette contrainte : État, armée, monopole des armes, Taëf et refus des conflits régionaux.

La convergence est suffisamment forte pour être relevée. Elle ne permet toutefois pas encore de conclure que Riyad prépare ou finance le retour de Hariri. Le silence des sources sur une décision saoudienne explicite impose de maintenir cette distinction.

Le véritable indicateur viendra donc de la manière dont Riyad réagira lorsque la nouvelle déclaration politique sera rendue publique. Une reprise visible des contacts, des rencontres de haut niveau ou un soutien politique explicite aurait une signification autrement plus forte que les spéculations actuelles.

Le courant doit aussi résoudre son problème intérieur

Saad Hariri ne retrouverait pas le Liban politique qu’il a quitté. Son absence a laissé un espace sunnite fragmenté. Des députés, des responsables locaux et de nouvelles figures ont développé leur propre autonomie. Nawaf Salam occupe désormais la présidence du Conseil et dispose d’une légitimité institutionnelle indépendante du courant. Plusieurs forces politiques se sont également habituées à fonctionner sans un grand bloc haririen capable de structurer une partie importante du Parlement.

Un congrès politique doit donc répondre à une question que le seul retour de Saad Hariri ne résout pas : qu’est devenu le Courant du Futur comme organisation ?

Une déclaration sur les armes et Taëf peut définir une identité. Elle ne reconstruit pas automatiquement un réseau politique, électoral et territorial. Le courant devra déterminer qui parle en son nom, quelles structures sont réactivées, comment les cadres ayant pris leurs distances seront traités et quelle place sera laissée à une nouvelle génération.

Les sources disponibles se concentrent surtout sur la doctrine et donnent peu d’éléments sur cette réorganisation. Cette absence est en elle-même intéressante. Elle suggère que la priorité actuelle pourrait être de reconstruire d’abord une raison politique de revenir avant de reconstruire complètement la machine.

C’est une méthode plus prudente qu’une annonce immédiate de retour électoral.

Hariri peut-il revenir sans entrer en concurrence avec Nawaf Salam ?

La présence de Nawaf Salam à la tête du gouvernement constitue une autre nouveauté. Le Courant du Futur a longtemps occupé une place centrale dans la représentation politique sunnite et dans l’accès à la présidence du Conseil. Aujourd’hui, cette fonction est exercée par une personnalité qui n’est pas issue de son appareil et qui porte elle-même une partie des thèmes que le courant semble vouloir reprendre : État, réformes, souveraineté et monopole des armes.

Un retour de Saad Hariri pourrait donc produire une concurrence. Mais il pourrait également chercher à l’éviter.

La future déclaration politique permettra de comprendre l’orientation choisie. Si elle attaque frontalement l’action gouvernementale, le courant se positionnera comme une force cherchant à récupérer son ancien espace. Si elle soutient les grandes orientations institutionnelles tout en proposant sa propre lecture de Taëf et de la représentation politique, Hariri pourrait choisir une stratégie de complémentarité avant une éventuelle compétition électorale.

Les informations actuelles semblent davantage compatibles avec la seconde hypothèse, mais elles ne permettent pas de l’établir. Aucun élément suffisamment solide ne permet encore de décrire une stratégie arrêtée à l’égard de Nawaf Salam.

Ce point mérite donc d’être surveillé plutôt que comblé par des suppositions.

Un retour qui se prépare d’abord par les idées

L’élément le plus intéressant des informations disponibles est finalement ce qu’elles ne disent pas. Elles ne donnent pas de date officielle de retour. Elles n’annoncent pas de candidature. Elles ne décrivent pas de liste électorale. Elles ne présentent pas d’accord conclu avec Riyad. Elles parlent d’un congrès, d’une déclaration et d’une doctrine.

Cela indique que le premier enjeu est politique avant d’être électoral.

Saad Hariri semble devoir répondre à une question simple mais difficile : quelle fonction le Courant du Futur peut-il encore remplir dans le Liban de 2026 ? Revenir uniquement au nom de son histoire ou de son poids communautaire serait insuffisant. Le paysage a changé et une partie des thèmes autrefois portés par son camp est désormais reprise par l’État lui-même.

La ligne en préparation semble chercher la réponse dans une synthèse : soutenir l’État au moment où celui-ci tente de récupérer la décision militaire, replacer Taëf au centre du système, refuser que le territoire soit engagé dans les guerres régionales et reconstruire progressivement la relation avec l’Arabie saoudite.

Le pari est cohérent. Il n’est pas sans difficultés. Le courant devra démontrer qu’il ne revient pas simplement pour occuper un espace laissé vacant. Il devra également expliquer comment les principes annoncés peuvent être appliqués sans produire une nouvelle confrontation intérieure.

C’est à ce niveau que le congrès annoncé prendra son importance. S’il se contente de répéter les références historiques du courant, il restera un exercice de réorganisation partisane. S’il précise la manière dont l’État doit récupérer la décision de guerre, le calendrier du monopole des armes, la lecture contemporaine de Taëf et le rapport avec les puissances régionales, il pourra constituer la première étape d’un véritable retour politique.

Pour Saad Hariri, le défi n’est donc peut-être plus de savoir quand revenir, mais de déterminer avec quel projet revenir dans un pays où le centre du débat s’est déplacé vers des thèmes qu’il défendait déjà, mais que d’autres acteurs institutionnels portent désormais sans lui.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

A lire aussi