Le Premier Ministre Mustapha Adib lors sa nomination. Crédit Photo: Dalati & Nohra
Le Premier Ministre Mustapha Adib lors sa nomination. Crédit Photo: Dalati & Nohra
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Après la nomination hier de Moustafa Abid comme premier ministre, succédant ainsi à Hassan Diab démissionnaire depuis le 10 août 2020 et qui payé un prix élevé dans son bras-de-fer avec le parlement et son président Nabih Berri, on peut s’interroger de manière très légitime par rapport à la liberté d’action qu’aura le prochain locataire du Grand Sérail d’une part face à la classe politique et d’autre part, face à la crise économique que traverse le Liban.

La situation politique économique au Liban a passé tous les stades critiques et les lignes rouges et cela depuis un certain temps.

Depuis octobre, le Liban ne nécessite plus 25 milliards de dollars d’aide économique pour relancer son économie mais 65 milliards de dollars en raison de la dégradation de la parité de la livres libanaises face au dollar.

Cette somme, le pays des cèdres n’en dispose pas, même en cas de retour des fonds détournés.

Le FMI, un acteur désormais inévitable

L’aide économique international est donc inévitable mais reste conditionné à la mise en place d’une réforme économique, financière, monétaire, mais surtout à la conduite d’un audit du secteur financier.

Même en cas d’accord avec le FMI, avec la mise en place des réformes demandée et l’audit des comptes de la banque centrale, le Liban ne pourra disposer que de 26 milliards de dollars et non de 65 milliards de dollars, ce qui aura pour effet de prolonger encore durablement les effets de la crise, tout en ayant la chance d’éviter un effondrement total.

Les conditions pour l’attribution de l’aide économique au Liban ont été réitérées par le président de la république française en déplacement on Liban à l’occasion du centième anniversaire de la proclamation de l’État du Grand Liban, le lendemain même de sa nomination. Emmanuel Macron apparaît être ainsi le chef d’orchestre et le porte-parole de la communauté internationale sur le dossier libanais.

Une classe politique qui refusait encore, il y a peu, les réformes nécessaires à l’obtention de l’aide internationale

Les hommes politiques sont, eux, toujours dans le déni par rapport à la situation qui est très impactante pour la population. Il est certain que eux, cela ne les concerne pas.

Ainsi, plus le temps passe et plus la situation empire. On ne pouvait déjà pas penser raisonnablement en arriver là.

Cependant, la classe politique, qui rappelons-le, détient 43 % des actions des banques appartiennent à des personnes politiquement exposées, selon une étude conduit en 2016. Ils refusent le chiffrage ou encore l’audit de ce secteur qui montrerait alors les schémas utilisés, les sommes détournées, mais surtout la destination des fonds et donc dévoilerait aux yeux de tous, au Liban même à leurs partisans qui continuent malgré tout à les soutenir mais aussi à la communauté internationale, la réalité de ces derniers.

Face à ces intérêts, le précédent cabinet qui était décrit comme technico-politique, puisque obligé d’inclure des hommes dits-politiques, n’était certainement pas déjà libre au final le mener des réformes nécessaires, d’où son échec.

Une leçon apprise après l’expérience Diab?

La question qui se pose donc de savoir si Moustafa Adib pourra changer cet état des choses et devenir indépendant par rapport aux partis politiques. Diplomate, il est aussi proche de l’ancien premier ministre Najib Mikati et est considéré proche de Nabih Berri, le président de la chambre.

Cependant, en cas de bras-de-fer local, contrairement à Hassan Diab, il bénéficie d’un soutien politique plus large avec celui des anciens premiers ministres qui avait fortement critiqué son prédécesseur.

La question de la marge de manœuvre dont dispose Moustafa est donc essentielle.

Est-ce qu’il sera libre de ses choix concernant les ministères clés comme celui des finances qui est désormais l’un des facteurs essentiels à la compréhension de ce qui s’est passé dans le secteur financier et au final aussi à la réforme

En cas de bras de fer avec les partis politiques locaux, est-ce qu’il bénéficiera de l’appui de la communauté internationale, aujourd’hui inébranlable sur les conditions pour accorder l’aide économique?

Ou encore s’agit-il aussi une nouvelle tentative de la classe politique locale à temporiser face à la pression internationale qui devient de plus en plus intense au fur et à mesure que les réserves monétaires s’effondrent avec la possibilité de voir la famine désormais toucher la population. Ce scénario est d’autant plus probable que des personnalités connues ont refusé ce poste pour ne pas être politiquement grillées.

Il s’agit là du scénario du pire, celui d’un échec total vers lequel les partis politiques nous conduisent et qui n’hésiteront pas à utiliser Mustapha Adib comme ils ont utilisé Hassan Diab comme un bouc émissaire.

Cependant, il est à noter que le premier ministre Mustapha Adib a effectué avant même sa tournée traditionnelle des ancien premiers ministres ou des dirigeants religieux, un geste envers la population et s’est rendu auprès des habitants des zones dévastées par l’explosion du 4 août 2020. Peut-être, cela augure-t-il d’une autre approche si elle s’avère être possible, celle d’un gouvernement qui se trouve proche de la population et qui fera appel au mécontentement populaire en le prenant comme témoin contre celui des partis politiques traditionnels, alors que le président de la république, dans son discours adressé à l’occasion du centième anniversaire de la proclamation du Grand Liban, avait appelé à la mise en place de réformes essentielles d’ordres politiques comme l’abrogation des accords de Taëf, véritable socle qui avait protégé le système politico-économique et introduit une dilution des responsabilités jusqu’au point à en rendre le Liban ingouvernable.

À ces questions, seule la composition du prochain gouvernement pourra en donner les réponses.

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