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Dans ce centenaire impossible, l’air impassible, j’ai voulu longuement expliquer, le Liban de toujours, et de jamais, par le truchement de versets, versés à travers le temps, en joie et douleur, en larmes et douceurs, chantés par ce poète-musicien-chanteur et grand humaniste… l’inégalable  Aznavour.

Écrites pour les adonnés aux chants d’Aznavour, les muses s’éparpillent donc… arbitrairement, sans règles, sans responsabilité, sans soucis… tout comme furent la formation, la gérance et la destruction de notre cher Liban.

Quelques jeux de mots et des faits, mineurs, m’ont été permis pour appuyer la note libanaise dans sa comédie de vie si tragique.  Les originales des versets sont donc « Debout en Gros » mots, tandis que mes interventions surviennent en Italique Fin.

Allons-y  donc !

1920, et la scène s’éclaire sur un Grand Liban

« Qui m’aurait dit qu’un jour sans l’avoir provoqué
Le destin tout à coup nous mettrait face à face
Je croyais que tout meurt avec le temps qui passe
Non… je n’ai rien oublié »

1943, et vers l’Indépendance

« Un beau matin, je sais que je m’éveillerai,                                                                                          Différemment de tous les autres jours, »

suivi de

« J’ai fait tant de projets
Qui sont restés en l’air
J’ai fondé tant d’espoirs
Qui se sont envolés »
,


« Que je reste perdu
Ne sachant où aller
Les yeux cherchant le ciel
Mais le c
œur mis en terre »

et aux années dites prospères

« Mon complet bleu, y a 30 ans que j’le porte
Et mes chansons ne font rire que moi
J’cours le cachet, je fais du porte à porte
Pour subsister, je fais n’importe quoi »

le temps des guerres civiles pour aboutir à l’Accord de Taif

« Je vous parle d’un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître »

« Tous les deux nous avons fait des barricades
Les maquis, les commandos, les embuscades
Mon camarade »

« Les plus grands venaient te donner l’accolade
Ce n’était que mains serrées et embrassades
Ça donnait une impression de mascarade »

et on devra  ré-inventer l’Electricité

« Tristement se démembre
Et se meurt au passé
Qui redoutant le pire
Vivait au jour le jour »
.

Nous sommes déjà après 2005, marchant à grands pas vers le Tribunal S.L.

« Sur le chemin du temps perdu
Rien ne sert de courir le monde »

avec

« Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes »
,


« Avec leurs petites idées, 
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler, » 

et pour oublier
« Partir en redressant la tête
Sortir vainqueur d’une défaite
Renverser toutes les données, »
.

Les années mortes : On a formé un Gouvernement (à ne pas confondre avec « On a marché sur la Lune »)

« Ignorant le passé
Conjuguant au futur
On  précédait  de soi
Toute conversation
Et donnai
t son avis »,

« Pour critiquer le monde
Avec désinvolture »
.

Et les ministres

« Je m’voyais déjà en haut de l’affiche
En dix fois plus gros que n’importe qui mon nom s’étalait
Je m’voyais déjà adulé et riche
Signant mes photos aux admirateurs qui se bousculaient »


et après déception 

« Et ton vieux  cabinet  mal formé
Et tes 
ministres… quelle allure !
Je me demande chaque jour
Comment as-tu fait pour me plaire ?
Comment ai-je pu te faire la cour
Et t’aliéner ma vie entière ?
Comme ca, tu ressembles à… »
.

A la recherche du temps perdu : On a élu un Parlement

« Du meilleur et du pire

En jetant le meilleur »,

les Uns

« J’étais le plus grand des grands fantaisistes
Faisant un succès si fort que les gens m’acclamaient debout
Je m’voyais déjà cherchant dans ma liste
Celui  qui  demain  pourrait par faveur s’occuper de tout »,

les Autres

« On ne m’a jamais accordé ma chance

D’autres ont réussi avec peu de voix et beaucoup d’argent ».

Les chances manquées : On a élu un Président

« Tu es une brute et un tyran
Tu n’as pas de cœur et pas d’âme

Pourtant … »

en plus

« Si tout a raté pour moi, si je suis dans l’ombre
Ce n’est pas ma faute mais celle du public qui n’a rien compris »
.

Les décennies absurdes : A la recherche d’une loi électorale puis

2015, en attendant la traite des Ordures, Organiques et Politiques, et autre chose aussi que je n’ose dire ici

« Qu’ils sont longs les jours de l’attente

Et longues sont les nuits sans toi »,

2019, la Grande Faillite

« Que  t‘es  triste  Leb’nese
Au temps des 
 crises fortes
Que  t‘es  triste  Leb’nese
Quand on ne
 te paye  plus »

« On cherche encore 
une banque
Mais l’
envie  les emporte
devises On voudrait tirer
Mais on ne le peut plus »

et… à La Révolution d’Octobre (du Liban bien sûr)

« C’est comme un jour, de soleil en ripaille,
Et de lune en chamaille,
Et de pluie en bataille »

avec

« Et nous vivions de l’air du temps »

puis« Et tous les hommes ont eu si chaud
Sur les chemins de grand soleil »
et les femmes aussi,                                                                                                                                                    et les foules de s’exprimer en colère

« De t’avouer que j’en ai marre
De toi et de tes commérages »
et  face aux tyrans
« J’en ai assez faut bien qu’j’te l’dise
Tu m’exaspères, tu m’tyrannises
Je subis ton sale caractère
Sans oser dire que t’exagères
Oui t’exagères, tu l’sais maint’nant
Parfois je voudrais t’étrangler
Dieu.. que t’as changé en  
trente  ans
Tu l’laisses aller, tu l’laisses aller »

2020, CORONAAAA .. et

Beyrouth : le Grand Boum, cause du Grand BOOM ! (avec mes grandes excuses, très sincères, pour les sinistrés), Beyrouth :

« Inutile beauté

Devant nos yeux déçus »

après la catastrophe du siècle, le monde entier (presque) se  centre sur Beyrouth : on y a vu venir les Huns, les Ostrogoths, Vercingétorix, le dernier des Mohicans, Ali Baba, Sindbad, les Vikings et… arrivés Armées de Paix, porte-avions, porte-paroles, prêt-à-porter.. le tout, n’importe, au cri de :

« Viens voir les comédiens
Voir les musiciens
Voir les magiciens
Qui arrivent »
,

« Les comédiens ont installé leurs tréteaux
Ils ont dressé leur estrade
Et tendu des calicots
Les comédiens ont parcouru les faubourgs
Ils ont donné la parade
A grand renfort de tambour

Et derrière eux comme un cortège en folie
Ils drainent tout le pays, les comédiens »

suivi de

« Ils viennent du bout du monde
Apportant avec eux
Des idées vagabondes »


et… les sinistrés de survivre avec

« ll faut savoir encore sourire
Quand le meilleur s’est retiré
Et qu’il ne reste que le pire
Dans une vie bête à pleurer »
,

« Il faut savoir cacher sa peine
Sous le masque de tous les jours
Et retenir les cris de haine
Qui sont les derniers… »

et suite au départ du « beau » monde

« Quand au hasard des jours
Je m’en vais faire un tour
A mon ancienne adresse
Je ne reconnais plus
Ni les murs, ni les rues »

aux parades des responsables libanais

« Ils sont venus
Ils sont tous là
Dès qu’ils ont entendu ce cri
Elle va mourir, la … »
,


« Y a même les  
frères  du fils maudit                                                                                                                           Avec des présents plein les bras »

et les plus simples des gens 

« Y a tant d’amour, de souvenirs
Autour de toi, toi la  
patrie
Y a tant de larmes et de sourires
A travers toi, toi la  
patrie »

et de se résigner
« Il me semble que la misère
Serait moins pénible au soleil »

TSL : le Verdict

« Il faut savoir quitter la table
Lorsque 
la farce est desservie
Sans s’accrocher, l’air  pitoyable,
Mais partir sans faire de bruit »

et  pour la clôturer
« Ça ne veut plus rien dire du tout ».

En Finale, le responsable, incorrigible

« Je m’voyais déjà racontant ma vie
L’air désabusé à des débutants friands de conseils »
,

« J’ai tout essayé pourtant pour sortir de l’ombre
J’ai chanté  
le jour, j’ai fait du comique et d’la fantaisie »

et les révolutionnaires d’Octobre

« Moi, j’étais trop pur, ou trop en avance
Mais un jour viendra, je leur montrerai que j’ai du talent »

et pourtant il y a toujours eu des personnes intègres et qualifiées qui ont été écartées. 

Et le bon libanais, tout seul

« Je sais qu’un jour viendra car la vie le commande
Je sais qu’un jour viendra où triste et solitaire
Je rentrerai chez nous dans un “chez nous” désert
Je rentrerai chez nous où tu ne seras pas »
,

« Je fuirais laissant là mon passé
Sans aucun remords »
,

                                                                                                                                                                       et face au désespoir, à chacun son cri d’abattu

« Je marcherais vers d’autres cieux, d’autres pays »,

« Quand je pourrai repenser l’avenir
Tu (ne) deviendras pour moi
Qu’un lointain souvenir »
,

« Nous n’avons pu retenir
Que des lambeaux de bonheur
S’il n’y a plus d’avenir

Il nous reste un souvenir »,

et

« Pour oublier le passé
Qu’avec moi je traîne »
.

« Et moi dans mon coin

Je ronge mon frein
En voyant venir la fin »
.

En finale

« Il faudra bien que je retrouve ma raison
Mon insouciance, et mes élans de joie »

Et pour terminer, parce qu’il le faut bien après tout, avec 

« Je Sais »  de Jean Gabin
« Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS !

Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais

Maintenant, JE SAIS ! JE SAIS

QU’ON NE SAIT JAMAIS ! ».

Et, pour remédier au manque de notes reconstructives dans nos chansons, je cite ici les mots d’un grand constructeur de mon pays qui, à la suite de cette lecture m’adressa ce souhait :

« Peut être devrais-tu terminer sur une note positive: comment reconstruire le pays différemment.

Continuer de se battre pour un Liban meilleur et réinventé.  Appeler à l’inventivité de la jeunesse, à l’égale citoyenneté de tous les Libanais.  Un Liban qui peut redevenir un modèle pour les autres en réussissant à se débarrasser du communautarisme, du régionalisme, du tribalisme, etc…. Amitiés.

Georges  Corm. »

« Dieu fasse que mon rêve
Prenne forme et relance
Pour que 
le beau tout recommence
Beyrouth au mois d’août »

Hayyan Salim Haidar, Beyrouth, le 22 Août 2020.

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