Le timing de la plaidoirie de la défense du Tribunal International chargé de juger les personnes suspectées de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri avec la commémoration, ce 14 septembre du 36ème anniversaire de l’assassinat du Président Bachir Gemayel démontre que ce pays, une nouvelle fois, possède une justice, non pas à 2 vitesses mais à plusieurs vitesses.

En effet, c’est même déjà vite oublié les 100 000 victimes de la guerre civile et leurs familles, qui elle, n’ont eu droit à aucune justice si ce n’est que le devoir de ne pas pouvoir faire le deuil de leurs proches décédées parfois dans des évènements qu’on ne peut que qualifier de beaucoup plus tragiques. On ne leur accorde pas un jour de deuil chaque 14 février, on ne les commémore pas un 14 septembre. On les oublie et on oublie les tragédies parfois personnes d’un père et d’une mère laissés dans la douleur d’une fille ou d’un fils disparu, d’un orphelin qui n’a pas pu connaitre ses parents. Pour eux, nulle justice parce que souvent les personnes incriminées dans ces crimes se pavanent toujours à la proximité du pouvoir et dont il n’est d’aucun intérêt d’ouvrir ces dossiers et encore moins de laisser à la justice le soin d’enquêter et de juger.

Le TSL démontre ainsi cruellement l’inégalité d’avoir un Liban, état en droit, où ses citoyens seraient tous égalitaire en droit mais également en devoir. Après tout, si le règne de l’incivisme se fait de plus en plus cruel, il n’est que le résultat d’une population qui ne croit plus en des autorités publiques, parce qu’elles sont en peine d’assurer et d’assumer leurs devoirs.

Le droit à la justice est un droit pour tous, le TSL a couté jusqu’à présent 49 millions de dollars annuellement pour des résultats qu’on ne peut que qualifier de maigre parce qu’il est basé sur des faits circonstanciels et en l’absence des personnes accusées d’être responsables et qui par conséquent sont bien en peine de pouvoir se défendre.

Pire encore, en lieu et place d’une justice locale qui pourrait alors montrer l’exemple et l’exemplarité de notre système judiciaire, on a choisi d’exiler ses procédures à l’étranger sous le prétextes de possibles pressions. L’Etat libanais démontre encore une fois son incapacité à protéger la  justice en cela. Le citoyen,lui, ne peut donc avoir confiance en un système autochtone puisque l’état libanais est en peine d’assurer l’indépendance judiciaire.

L’assassinat d’autres responsables politiques et religieux n’ont eu pas eu droit à la même justice. Aurait-on déjà oublié que l’assassinat de Maarouf Saad en mars 1975 est un des éléments précurseurs de la guerre civile? Aurait-on oublié qu’il aurait fallu 35 ans pour juger par coutumas les assassins de l’ancien Président Bachir Gemayel? Que dire du Président René Mouawad dont l’assassinat n’a jamais fait l’objet d’une enquête sérieuse mais de diverses rumeurs, encore de l’ancien premier Ministre lui aussi Rachid Karamé pour qui nulle justice ni locale et encore moins internationale? Que penser quand on ne se préoccupe plus guère des assassins du Mufti de la République, le Cheikh Khaled connu pour sa modération vis-à-vis de la communauté chrétienne durant la guerre civile,  de Dany Chamoun, Tony Franjieh ou de la disparition de l’Imam Moussa Sadr dont on ne connait toujours pas précisément le sort.

La liste pourrait être encore plus longue s’il s’agit également d’évoquer le sort parfois inconnu d’un nombre estimé de 100 000 personnes plus ou moins connues et qui n’ont eu droit à aucune justice.

On préfère commémorer un 14 février avec la Sainte Hariri d’un côté, un jour de Jérusalem ou de la disparition de l’Imam Moussa Sadr de l’autre, un 14 septembre jour du Président Bachir Gemayel. Mais on oublie le 1er septembre, jour de la création du Grand Liban. Chaque 22 novembre, on ne sent pas de ferveur populaire pour la fête nationale, contrairement à d’autres Nations.
Chaque communauté possède en effet, son lot de martyrs. Mais au lieu d’une approche œcuménique et cela est le cas de le dire dans un Liban aux 19 communautés religieuses, on préfère toujours diviser et instrumentaliser des morts déclarés de facto saints martyrs dans chaque camps, comme en témoignent les portraits  de ces derniers qui s’effacent avec le temps.