Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman meets with Defense Secretary Jim Mattis at the Pentagon in Washington, Thursday, March 22, 2018. (AP Photo/Cliff Owen)

Il faut sauver le soldat MBS, grand exécuteur du parachèvement de la vassalisation des États du Golfe à Israël.

N’ayant plus qu’à reconnaître l’assassinat de Khashoggi, Trump se trouve d’abord gêné aux entournures et cherche des échappatoires sous la pression de la presse et de l’opinion américaine..

Du côté de l’État d’Israël, après un moment de flottement, la presse est mise à contribution pour soutenir MBS.

Le troisième temps est marqué par des menaces de plus en plus fortes de la part de Trump, suivies en cela par les autorités françaises et Angela Merkel, mais avec le langage politiquement correct européen. Erdogan frappe du poing sur la table.

Tout ce tohu-bohu a pour but d’accompagner la colère de l’opinion publique pour mieux la chevaucher et lui permettre de se défouler en confiance avec ses dirigeants puis, une fois l’orage maîtrisé, lui donner quelques grains à moudre pour faire bonne figure.

Pendant ce temps, l’État d’Israël œuvre en coulisses, défend le bilan de MBS, met en avant leur coopération pour la paix et la lutte contre l’Iran et surtout ne pas jeter le bébé et l’eau sale, formule traduite ainsi dans l’un de ses articles porte-voix officieux à l’International :  » l’Arabie saoudite est une monarchie absolue dans un monde musulman, et MBS gouverne d’une main de fer comme un monarque absolu musulman ». C’est dit, c’est cru, circulez, y a rien à voir ! 

C’est donc une pratique musulmane, y a  pas de quoi en faire un plat. Les musulmans sont renvoyés à leurs pénates, brutalement et avec mépris s’il vous plaît ! 

D’autres arguments chocs sont mis en avant, bien sûr, du genre : Khashoggi était en réalité un dangereux islamiste, MBS ou les Frères musulmans qui soutiennent le Hamas et veulent l’extermination d’Israël, la remise en cause de la guerre contre l’Iran, le risque de déstabilisation de l’Arabie saoudite, les intérêts sacrés de l’État d’Israël…. autant d’arguments chocs pour ne pas dévier de l’essentiel, n’est-ce pas messieurs les dirigeants occidentaux ?

Et d’ajouter, dans le même journal : « tout cela va se résorber et la résorption a déjà commencé. »

Et effectivement, les négociations en coulisses se déroulent avec un succès certain : la revendication d’Erdogan se centre sur le procès des 15 saoudiens en Turquie, détachant implicitement ceux-ci du commanditaire dont il veut connaître le nom ( celui-là, il n’est pas question de le juger, c’est son aveu qu’il veut, en toute discrétion. Il aura ainsi droit à un entretien téléphonique avec le roi puis son fils bien-aimé). 

User les esprits pour mieux les perdre

On cherche dans la foulée un corps dans un jardin ou une forêt pour maintenant commencer à laisser entendre qu’il aurait été dissous.

Une valise est entrée dans la danse, laissant supposer que c’était pour transporter son corps. On distille ainsi de nouvelles pistes comme pour mieux perdre et user les esprits. 

Le démembrement de Khashoggi « a eu lieu après sa mort », après avoir clairement diffusé qu’il l’avait été avant. On se demande alors pourquoi la présence d’un médecin légiste dans la bande de tueurs, un simple boucher aurait suffit ; pourquoi l’enregistrement de ce crime est si horrible que même Trump n’a voulu l’écouter. Même le fanatique va-t-en-guerre Bolton évoque sa méconnaissance de laa langue arabe pour détourner l’oreille. 

Quel bruit horrible pourrait bien faire un homme qu’on maîtrise pendant qu’on l’étouffe ?

Tout cela a clairement pour but d’atténuer l’horreur de ce crime.

On arrive progressivement à transformer l’horreur du démembrement de Khashoggi vivant en un crime politique, certes condamnable mais somme toute assez courant.

Après tout, les assassinats ciblés, Israël, les États-Unis, on connaît. Ils en sont même les plus grands spécialistes.

Boire le vin jusqu’à la lie

Trump, en bon soldat, se soumettra aux ordres du leader de l’extrême-droite mondiale, Netanyahu et plus précisément l’État d’Israël. Il vient d’ailleurs de proclamer que les soldats américains pourront tirer sur les migrants qui marchent vers les États-Unis, justifiant au passage et, par là-même, l’assassinat des manifestants palestiniens qui marchent pour le retour par les snipers israéliens.

On mettra dans la confidence Macron et Erdogan qui veulent tout savoir sur ce crime : comme ce sont des gens responsables et qui seront grassement payés à coup de contrats de milliards de dollars et autres faveurs du genre l’occupation d’une partie de la Syrie par la Turquie, la levée partielle de la pression contre la monnaie turque…  Mais gageons que Erdogan sera plus exigeant encore.

Macron pourra rouler des mécaniques avec une participation et une présence plus forte dans les bases américaines en Syrie, la France pouvant se targuer d’avoir ravi la place des britanniques aux côtés des américains (c’était bien le but de François Hollande quand il a décidé de souffler sur le feu et de promouvoir la guerre civile en Syrie). Mais contrairement à son ambition, la France restera quand même à la troisième place, les israéliens ayant ravi la première au nez et à la barbe de Trump.

MBS boira le vin jusqu’à la lie, goulûment et avec délectation, pour rester au pouvoir.

Outre la soumission encore plus forte à l’État d’Israël qui est en train de lui sauver la mise, il donnera accès aux évangéliques américains au royaume saoudien qui auront même le droit d’y prêcher discrètement. Ils y œuvreront pour le Grand Israël et embaucheront dans leur croisade des saoudiens en vue de leur mirage, la grande bataille de l’Armaggedon. Au vu de la haine des saoudiens et plus particulièrement de Daech pour les chiites, la corruption aidant, on peut attendre de cette campagne un succès significatif.

L’opposition à MBS au sein des cercles de la tribu des Saoud sera muselée et vaincue.

La torture subie par Khashoggi, suivie de sa mise à mort, aura atteint son objectif qui était de les terroriser et les soumettre. Puisqu’un tel crime, contre un protégé de Washington de surcroît, passe pour un simple perte et profit…quel espoir pourraient-ils nourrir, eux qui ont toujours vécu oisivement à l’ombre de leurs protecteurs successifs, anglais, puis américains et maintenant israéliens ?

Scandre Hachem