Alors que l’échéance de mars approche, il souffle comme un vent de panique au sein des plus hautes autorités de l’état, chose qu’ils ne souhaitent cependant pas avouer. Pour rappel, le 9 mars prochain, le Liban devrait débourser près de 1.2 milliards de dollars d’obligations arrivant à maturité, un paiement dont il éprouve les plus grandes difficultés à s’acquitter.

Il ne faut pas s’y tromper, si on en est arrivé aujourd’hui à ce point, c’est à cause de bien des années de mauvaises gérances de la chose publique, accompagnées par évidemment, il ne s’agit pas de le nier des vols et des détournements de fonds.

La question n’avait pas été si les manifestations ont pu amener à la sévérité de la crise actuelle. Celle-ci était déjà présente et inéluctable quelles que soient les excuses de nos dirigeants, théories du complot et que sais-je, à cause même de leurs comportements, de leur manque d’empathie vis-à-vis des personnes plus vulnérables économiquement et socialement, en organisant des mariages de millions de dollars ou traversant les routes avec des convois de voitures plus luxueuses les unes que les autres. Cela ne poserait pas de problème si cet argent était mérité à la sueur de son front, si le Liban était prospère également, mais on en est loin de cela.

Une révolution mais qui a peut-être déjà abouti sans qu’on s’en aperçoive

L’un des principaux gains, même si le mouvement semble quelque peu s’essouffler aujourd’hui, et que la révolution, c’est-à-dire la série des manifestations qui se déroulent toujours depuis le 17 octobre 2019, n’a pas été vaine. Pour être clair, certains tenants du système politique et économique libanais s’en contrefichent de voir des manifestations en interne, ils pourraient bien les réprimer dans le sang si besoin était, comme d’ailleurs ils menacent de le faire via le recours à l’armée libanaise au lieu de forces adaptées à gérer ce type d’émeutes.

Mais cela, il fallait s’y attendre. Depuis le début de l’été, on pouvait remarquer que le Liban était rentré dans une atmosphère insurrectionnelle. Les gens n’en pouvaient simplement plus face aux difficultés de la vie quotidienne.

Evidemment beaucoup manquent à le relever, on ne s’improvise pas analyste dans les cafés, faute d’une bonne grille de lecture ou des connaissances nécessaires à cela en politique ou en économie et dans bien d’autres domaines qu’il s’agit de comprendre. C’est un peu plus complexe, multi-dimensionnel. Ils étaient dans le déni de la situation, comme les hommes politiques, estimant que la population n’arriverait pas à s’exprimer et si cela allait être le cas, elle pourrait être divisée comme d’habitude entre différentes revendications communautaires. Ainsi, si c’était le président de la république qui était visé, les manifestants auraient été désignés comme FL ou anti-chrétiens, si c’était le premier ministre, anti-sunnites ou si c’était contre le Président de la chambre, anti-chiite et cela pour raviver la crainte d’un conflit sectaire et ainsi forcer les gens à rentrer dans le rang.
“Kiloun Ya’né Kiloun”, cela a dépassé ce cadre, puisqu’il était possible de manifester contre tous.

Mais ces manifestations n’ont pas été pour autant une occasion perdue, parce que ces appels, ces cris à voir un état de droit simplement, respectueux de ses concitoyens, en ayant terminé avec la gabegie et le clientélisme et tous les maux qui rongent le Liban a été entendu par la communauté internationale, après des années de silences.

Et justement, peut-être contrairement à ceux qui le fanfaronnent, il n’est pas encore certain que le FMI aidera le Liban en raison des conditions que souhaitent imposer certains hommes politiques libanais visant à faire que “les affaires qui sont les leurs”- ces affaires qui nous ont mené à la ruine justement – se poursuivent comme si de rien n’était.

La seule condition de l’aide internationale est que les cadres qui ont amené à la crise, que cela soit les mécanismes de sur-facturation, de détournement de fonds soient démantelés et encore plus des personnes qui ont mis en place ces systèmes soient mis au placard ou définitivement retirés de leurs responsabilités.

Les fonds vautour aux aguets

Le problème est simple. Le Liban ne peut aujourd’hui faire face au paiement de la dette publique et des dernières échéances toutes proches et des fonds vautours sont malheureusement déjà aux aguets.

Un fond Ashmore, qui possède 1 milliard de dollars d’obligations du Liban, dont près de 300 millions en obligations mars 2020, exige d’être payé, a-t-on appris dans la presse internationale. Il souhaite également que le Liban ne puisse pas passer en défaut de paiement pour encore mieux l’enfoncer dans la spirale de la dette.

Ashmore, qui possède 1 milliard de dollars d’obligations du Liban, dont près de 300 millions en obligations mars 2020, est sur une ligne dure. Il exige d’être payé rubis sur l’ongle le mois prochain. Quitte à retarder un défaut inévitable et, à terme, aggraver la situation selon le représentant de Pimco, qui aurait accusé son homologue de faire payer son pari audacieux sur la dette libanaise aux autres investisseurs.
Les Échos

Les grandes manœuvres commencent autour de la dette publique libanaise apprend-on aussi, avec des réunions préparatoires entre les créanciers. Ainsi, un article des échos souligne qu'”un dîner organisé à Londres par Bank of America pour ses clients a été le théâtre d’affrontements verbaux, notamment entre le représentant d’Ashmore, spécialiste des marchés émergents, et celui du géant de la gestion obligataire, Pimco.”

Mauvaise nouvelle, certains sont des fonds vautours et peut-être d’ailleurs que ce sont à ces fonds que les banques libanaises, pensant le défaut imminent tout en étant confrontées à la nécessaire hausse de leurs capitaux pour faire face à ce défaut prévisible, ont choisi de vendre les obligations de mars qu’elles détenaient, leurs permettant ainsi de renforcer leurs positions dans les négociations à venir.

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Les autorités libanaises n’ont pas de poids pour faire face à ce type de créanciers. Seul le FMI est capable de d’amener ces derniers à devenir plus raisonnables mais son expertise technique ne suffit pas. Il faut également bénéficier d’une aide financière de cette institution internationale pour faire face à eux.

Qu’on ne s’y trompe pas, quelques soient les décisions aujourd’hui, le Liban est au bord de l’implosion économique comme le note si bien Bloomberg. Mais les choses les plus intéressantes sont au niveau des déclarations des responsables de la Banque Mondiale, du Fonds Monétaire International, encore de l’ONU et des responsables de la communauté internationale. Contrairement à ce que prétendent nos dirigeants, cette aide, cette expertise technique n’est pas suffisante pour faire face aux problèmes structuraux actuels du Liban. Pire encore, il n’est donc pas certain du tout que la Banque Mondiale ou que le FMI acceptent d’aider le Liban.

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La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International conditionnent l’aide économique au fait d’écarter certains hommes politiques

Vous ne pouvez pas continuer à faire ce que vous faites depuis des années quand vous voyez quelle est la réaction dans la rue et quand vous voyez l’état de l’économie.
Ferid Belhaj, le plus haut responsable de la Banque mondiale pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Cette déclaration de Ferid Belhaj sonne comme un avertissement, puisqu’à ce niveau, on a généralement un langage plus diplomatique. Qu’ont donc fait les politiciens libanais depuis des années pour faire ainsi sortir de ses gongs une personne à ces fonctions?

Les responsables de la Banque Mondiale indiquent espérer que le nouveau gouvernement pourrait réformer un certain nombre de secteurs dont celui crucial du secteur de l’électricité publique ou encore libéraliser le secteur des télécommunications et de restructurer celui de l’éducation. Le secteur de l’électricité publique est une arlésienne qui existe depuis 30 ans et alors que le Liban souffre toujours de pénuries chroniques d’électricité et qui nous coûte, de manière pécuniaire près de 2 milliards de dollars annuellement au budget de l’état mais également beaucoup plus de manière intangible en perte de croissance économique. Il est de nature publique de savoir que certains politiciens et leurs proches figurent parmi les premiers bénéficiaires de qui constitue l’économie parallèle des moteurs mais aussi d’autres secteurs d’activité qui reviennent normalement à l’état et non à ces intérêts privés. Tout le monde connait le nom de ces personnes sans qu’on soit même obligé de les écrire publiquement.

Ainsi, après avoir volé l’argent des libanais qui s’est désormais évaporé, peut-être espéraient-il pouvoir voler celui du FMI et de la communauté internationale comme d’autres l’ont déjà précédemment fait, par exemple en sur-facturant des projets de gestion des ordures pourtant financés par l’Union Européenne.

Imaginez-vous, les Etats-Unis ou la France ou d’autres pays acceptant de voir l’argent de leurs contribuables être détournés par des hommes politiques libanais? Evidemment que cela n’est pas prêt de voir le jour et il semblerait qu’ils ne l’aient pas encore compris.

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Peut-être que la réponse est actuellement à trouver dans un bras-de-fer entre ces bénéficiaires de ces vols au détriment du secteur public et détournement de fonds direct ou indirects et le FMI et non les théories du complot dont les libanais sont si friands.

Selon les informations actuelles, la communauté internationale souhaiterait que, comme dans le cas de certains pays qui ont été confrontés à des situations similaires, notamment l’Ukraine avec la mafia du gaz ou encore en Argentine, les appels d’offres ne passent plus par l’état libanais, afin de limiter les possibilité de vols, mais par le FMI ou la Banque Mondiale, ce qui avait été déjà d’ailleurs une de ses propositions en janvier 2019.
La BM avait ainsi proposé, par l’intermédiaire de son bras financier, The International Finance Corporation, au gouvernement libanais de superviser les appels d’offres concernant l’attribution de contrats BOT (Build Operate Transfert) pour la construction de nouvelles centrales électriques. Une proposition très vite oubliée d’ailleurs…

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Après eux, pensent-ils, le déluge mais … ils se trompent

On assiste à une situation bien étrange au Liban avec un semblant d’ordre actuellement mais un état désormais faible et incapable de s’imposer en dépit des menaces. Si l’état est faible, ceux des partis et des hommes politiques restent forts et font usage de la force aujourd’hui. L’état lui n’arrive plus à se faire respecter dans le quotidien, il n’y a plus de radars sur les routes, il n’y a plus d’autorités monétaires capables d’imposer un taux de parité entre la livre et le dollar comme en témoigne le taux de change au marché noir qui a dérapé, et les plus hautes autorités de l’état ne sont plus crédibles aux yeux de beaucoup de libanais et ont dû faire recours à des hommes de main face à la rue. La situation risque donc de dégénérer au moindre incident majeur. La seule chose qui maintient pour l’heure un semblant d’état est la crainte de voir la situation dégénérer.

Par ailleurs, la situation économique demeure grave. Les indicateurs économiques sont tous au rouge, le déficit public continue sa chute, le Liban entre officiellement en récession, 50% de la population pourrait vivre sous le seuil de pauvreté. Si ces personnes n’ont pas aimé la saoura, que penseront-ils qu’il adviendra au moment de la confirmation de l’effondrement économique avec des centaines de milliers de libanais dans la rue et des services d’ordres tout comme les fonctionnaires qui ne seront plus payés pour faire le sale boulot?

Face à cela, certains tergiversent face aux réformes qui nuiraient à leurs intérêts privés et qui pourtant sont si nécessaires pour l’intérêt public, sans en avoir les moyens, critiquant les fameuses conditions “politiquement inacceptables pour le Liban de la communauté internationale, officiellement concernant l’arrêt de la politique du Peg entre la Livre Libanaise et le dollars, mais se réservant bien de dire publiquement que cela ne les empêche pas de tenter aussi de négocier des avantages personnels pour eux et leurs proches comme le souligne l’allusion indirecte du responsable de la Banque Mondiale.

On assiste donc à une sorte de poker menteurs face à la communauté internationale. Ils pensent ainsi obtenir gain de cause, celui du “Berri et l’argent du beurre”, avec des menaces de voir par exemple les réfugiés syriens déferler en Europe face à la crainte d’un effondrement économique du Liban, une sorte de poker menteur, où pourtant ils ont plus à perdre qu’à gagner.

Ce ne sont pas eux qui finiront par craquer en premier, la Banque Mondiale, le FMI et la Communauté Internationale possèdent toutes les cartes de ce jeu de poker et s’ils ne craqueront pas les premiers et souhaiteront être jusqu’aux boutistes, la version prochaine de la Saoura, qui pourrait suivre l’annonce officielle de l’effondrement économique sans aide internationale, pourrait bien de finir par les emporter …
Malheureusement aussi, la population libanaise, même excédée, sera la première à payer le tribu le plus lourd…

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