Le Ministre des Finances Ghazi Wazni s’est adressé aux responsables politiques lors du sommet de Baabda pour détailler le plan de sauvetage de l’économie libanaise confrontée à une grave crise financière.

Le Ministre a débuté son allocution en détaillant la situation économique que traverse actuellement le Liban avant de décrire le plan de sauvetage par ses 9 piliers.

L’allocution du Ministre des Finances

Aujourd’hui est une journée de dialogue national pour parler du plan de redressement financier et c’est une journée historique pour le Liban, car les années à venir détermineront l’avenir économique du Liban.

Le gouvernement a approuvé un plan quinquennal complet de relance financière (2020-2025) lors de sa session du 30 avril 2020, cela pour faire face à de multiples crises économiques, financières, monétaires et sociales sans précédent qui se dessinent à travers les indicateurs suivants: 
une contraction économique d’environ 13%,
une  augmentation du taux d’inflation à plus de 50%,
une importante détérioration des prix,
une paralysie totale dans le secteur bancaire ,
une augmentation significative du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. Ce nombre est désormais supérieur à 45% des citoyens
une hausse du taux de chômage à plus de 35% de la population active,
et aussi une augmentation du déficit public déjà élevé et une dette publique élevée insoutenable.

Le plan est un moyen de sortir de la crise, via des réformes, transparentes et crédibles, qui fournissent pour la première fois des chiffres clairs sur les pertes cumulées, notamment dans le secteur financier, et des précisions quant à leurs répartitions et leurs causes.

Ce plan vise à restaurer la confiance, à accroître la croissance économique, à promouvoir un système financier sain pour assurer la viabilité des finances publiques.

Le plan repose sur neuf piliers, dont les plus importants sont: 

1) La politique de change et la politique monétaire:
Le plan vise à adopter une politique de taux de change flexible dans la phase à venir et cela de manière graduelle.
La libéralisation du taux de change de la livre vise à restaurer la confiance, à fortifier le climat économique et financier et à obtenir le soutien du Fonds monétaire international et des pays donateurs. Le cas échéant, se produiront un chaos global des prix des matières premières, une détérioration importante du taux de change de la livre et un affaiblissement majeur des institutions emprunteuses en dollar

2) Les finances publiques:
Le plan vise à ramener le déficit du budget public de 11,3% du PIB en 2019 à 5,3% en 2020 puis à 0,7% en 2024 en réduisant notamment les dépenses publiques (réforme de l’électricité, réforme des retraites, rationalisation des dépenses courantes) et dans la lutte contre les dépenses, via amélioration de la collecte des impôts, de la taxe sur la valeur ajoutée et la lutte contre l’évasion fiscale. 

3) Le compte courant et l’aide extérieure:
Les besoins de financement extérieur pour la période 2020-2024 sont estimés à environ 28 milliards de dollars pour financer la balance commerciale et des services déficitaire. 
Le plan tente d’obtenir le soutien de plusieurs sources externes, dont celui du Fonds monétaire international à hauteur de 10 milliards de dollars, et de CEDRE pour 11 milliards de dollars, des aides auxquelles s’ajouteront d’autres ressources telles que des prêts et des subventions bilatérales avec les pays donateurs, les fonds et les institutions. 

4) La Restructuration de la dette publique:
La dette publique s’élève à 90,2 milliards de dollars en 2019, répartie à hauteur de 63% en livres libanaises et à hauteur de 37% en devises étrangères.
Le plan vise à réduire la dette publique du produit intérieur de 175% en 2019 à 99% en 2024 en restructurant à la fois la dette publique émise en livres libanaises et en devises. 

5) La restructuration de la Banque du Liban:
Les pertes accumulées dans le budget de la Banque du Liban sont estimées à environ 63,6 milliards de dollars résultant du coût de la stabilisation de la trésorerie, des opérations d’ingénierie financière, de la couverture de la balance des paiements et des déficits financiers, en particulier de l’électricité publique et les dettes accumulées pour l’État, et sont réparties comme suit: 
40,9 Milliards de dollars de pertes accumulées dans le passé pour la Banque du Liban
et 20,8 milliards de dollars d’impact suite à la restructuration de la dette souveraine.

Le plan comprend la création de la Société nationale de gestion des actifs publics, qui contient des actions des principales sociétés détenues par l’État et des actifs immobiliers dans le but de réaliser les bénéfices. Ces bénéfices financeront l’augmentation du capital de la Banque du Liban sa restructuration parallèlement à une augmentation de ces actifs suivant une amélioration de leurs performances financières.
Ces actifs fourniront ainsi une couverture et une garantie pour faire cette augmentation de capital. 

La création de la société nationale dans le plan n’a pas vocation à vendre des actifs immobiliers à l’État, mais plutôt à en améliorer leurs rendements. 

6) La restructuration du secteur bancaire:
Les pertes cumulées des banques commerciales sont estimées à 83,2 milliards de dollars résultant des pertes liées à leurs investissement auprès de la Banque du Liban (53,9 milliards de dollars), aux prêts au secteur privé (12,3 milliards de dollars) et à celles liées au défaut de paiement de l’état (17,3 milliards de dollars).
Le gouvernement s’efforce de préserver les fonds des déposants et d’absorber les pertes en utilisant le capital de la banque et en évaluant ses actifs immobiliers inclus dans son budget et en évaluant ses actifs extérieurs, en utilisant les biens immobiliers appartenant à la banque centrale au prix du marché, en injectant de l’argent neuf auprès des actionnaires existants ou nouveaux après la fusion des banques, en récupérant les bénéfices versées au titre d’ingénierie financière, en utilisant les rendements d’intérêts supposés que les banques ont fournis aux déposants, offrant éventuellement aux déposants de transférer une partie de leurs dépôts au capital de la banque (ou Bail – IN) ou via des obligations de dette à long terme émises par la banque si nécessaire et selon chaque banque après d’en avoir évalué les conditions.

Remarque: les dépôts des petits déposants resteront à la banque. 

7) Concernant la récupération de fonds volés ou transférés illégalement 

Le Fonds de récupération comprendra l’argent récupéré par la mise en place une stratégie anti-corruption.

8) Stimuler la croissance économique:
elle repose sur les réformes et le développement du système économique existant en soutenant les secteurs productifs, notamment les secteurs agricole et industriel, et les secteurs prometteurs comme le secteur de la connaissance et les secteurs attirant des devises, comme le secteur du tourisme. 

9) Le Fonds monétaire international:
Les avantages de faire appel au Fonds sont qu’ils donnent confiance à la communauté internationale et apportent un soutien financier au Trésor public compris entre 9 et 10 milliards de dollars.
L’appel au Fonds Monétaire International ouvre le versement de l’aide promise lors des conférences internationales de soutien (Conférence du Cèdre) et des facilités financières des fonds internationaux et banques mondiales. Aussi, cela facilite les négociations avec les créanciers. 


Le plan est positif pour négocier avec le Fonds monétaire international, les pays donateurs et les créanciers. Il vise à protéger les intérêts des déposants, à atténuer les préoccupations des citoyens et à réduire l’impact de la crise économique et financière. 

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