Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a vivement répondu lundi 28 septembre au secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, en l’accusant d’avoir contribué, par le maintien de l’appareil militaire de son parti, à l’occupation israélienne actuelle d’une partie du Liban-Sud. Cette confrontation intervient au lendemain d’un discours de Qassem dénonçant l’accord-cadre conclu avec Israël et accusant les autorités libanaises de servir le « projet israélo-américain ». Geagea défend au contraire la stratégie de l’État et affirme que le désarmement du Hezbollah constitue une condition nécessaire au retrait israélien, au retour des déplacés et à la reconstruction.
Geagea répond directement à Naïm Qassem
La réaction de Samir Geagea vise directement le discours prononcé dimanche par Naïm Qassem, à l’occasion du deuxième anniversaire de la mort de Hassan Nasrallah.
Le secrétaire général du Hezbollah avait accusé les autorités libanaises, à travers l’accord-cadre avec Israël, d’aider le projet israélo-américain au lieu de le combattre.
Geagea renverse cette accusation.
Selon lui, c’est à l’État libanais qu’il revient de faire face à Israël. Il demande au Hezbollah de lui laisser les moyens d’agir et considère que le maintien d’une force militaire indépendante empêche les institutions de reprendre pleinement l’initiative.
« L’État libanais est celui qui doit affronter Israël, à condition que vous vous écartiez et que vous lui donniez une chance », a déclaré Geagea en s’adressant à Qassem.
Le chef des Forces libanaises estime que le Hezbollah ne peut simultanément demander à l’État de libérer le territoire et conserver un appareil militaire échappant à son autorité.
Dans son argumentation, le maintien de cet arsenal fournit à Israël un motif pour poursuivre sa présence militaire et ses opérations au Liban.
Cette analyse constitue la ligne défendue depuis plusieurs mois par les Forces libanaises. Le parti réclame l’application du principe du monopole des armes par l’État et demande aux autorités d’aller plus rapidement dans sa mise en œuvre.
« Vous avez provoqué l’occupation du Sud »
Samir Geagea va plus loin en attribuant au choix militaire du Hezbollah une responsabilité politique dans la situation actuelle au Liban-Sud.
Il affirme que la « résistance » a produit le résultat inverse de celui revendiqué par le parti chiite.
Selon lui, le Hezbollah a contribué à créer les conditions ayant permis à Israël de réoccuper une partie du territoire libanais. Cette affirmation relève de l’accusation politique formulée par le chef des Forces libanaises.
Israël maintient effectivement des forces dans une zone qu’il présente comme une « zone de sécurité » au Liban-Sud. Cette présence s’étend par endroits jusqu’à environ dix kilomètres à l’intérieur du territoire libanais.
L’armée israélienne continue également de mener des frappes et des opérations dans le Sud.
Israël justifie son maintien militaire par la nécessité, selon ses autorités, d’empêcher le Hezbollah de reconstituer ses capacités à proximité de sa frontière. Beyrouth réclame pour sa part le retrait israélien du territoire libanais.
La controverse porte donc désormais sur l’ordre dans lequel doivent intervenir les deux principales étapes : le retrait israélien et le désarmement du Hezbollah.
Pour Naïm Qassem, Israël doit d’abord quitter le Liban et permettre le retour des habitants déplacés.
Pour Samir Geagea, le raisonnement doit être inversé : le maintien des armes du Hezbollah empêche précisément le Liban d’obtenir le retrait israélien.
Le désarmement du Hezbollah au cœur du désaccord
La question dépasse la seule situation militaire dans le Sud.
Geagea accuse le Hezbollah d’avoir, pendant plusieurs décennies, contourné la Constitution et l’accord de Taëf en conservant un pouvoir militaire et sécuritaire indépendant de l’État.
Il lui reproche également d’avoir influencé les décisions stratégiques du pays en fonction de ses propres priorités.
Le Hezbollah conteste cette lecture. Le parti présente historiquement son arsenal comme un instrument de résistance contre Israël. Depuis les nouvelles opérations militaires israéliennes au Liban, il affirme que la présence de ses armes reste nécessaire tant que le territoire n’est pas entièrement libéré.
Cette divergence s’est accentuée depuis le cessez-le-feu de novembre 2024 puis avec les nouvelles hostilités de 2026.
Les autorités libanaises se sont engagées dans un processus visant à placer les armes sous le contrôle exclusif de l’État. Les activités militaires du Hezbollah ont ensuite été interdites par les autorités.
Le parti refuse cependant de considérer son désarmement comme un préalable au retrait israélien.
Naïm Qassem a de nouveau défendu cette position dimanche.
Il a également mis en garde contre toute utilisation de l’armée libanaise comme un « outil » dirigé contre le Hezbollah.
L’accord-cadre cristallise la confrontation
Le différend entre Geagea et Qassem porte désormais directement sur l’accord-cadre entre le Liban et Israël, conclu sous médiation américaine en juin 2026.
Le dispositif prévoit un processus combinant retrait israélien, déploiement de l’armée libanaise et démantèlement des capacités militaires du Hezbollah dans les secteurs concernés.
Des zones pilotes ont été retenues au Liban-Sud afin de tester cette formule.
Le principe consiste à permettre à l’armée libanaise de reprendre le contrôle des territoires évacués par les forces israéliennes. Elle doit parallèlement empêcher le rétablissement d’une infrastructure militaire indépendante.
La mise en œuvre rencontre toutefois des difficultés.
Israël estime que les mesures prises contre le Hezbollah restent insuffisantes et affirme qu’il conservera ses positions tant que le mouvement représentera une menace.
Les autorités libanaises considèrent de leur côté que la poursuite de la présence et des opérations israéliennes complique le déploiement de l’État et le retour des habitants.
C’est dans cette impasse que s’inscrit la confrontation entre Qassem et Geagea.
Le premier considère que l’accord impose au Liban des concessions qui servent les intérêts d’Israël et des États-Unis. Le second y voit un instrument permettant à l’État libanais de récupérer progressivement son territoire et sa souveraineté.
Qassem réclame d’abord le retrait israélien
Dimanche 27 septembre, devant ses partisans réunis dans la banlieue sud de Beyrouth pour commémorer Hassan Nasrallah, Naïm Qassem a réaffirmé que le Hezbollah n’avait pas été vaincu.
Le dirigeant du parti a déclaré être disposé au dialogue et à la discussion, mais il a posé une condition préalable : la libération du Liban-Sud et le retour des habitants.
Il a également affirmé que le maintien de positions militaires n’était pas l’objectif principal du Hezbollah.
Cette déclaration intervient après d’importantes destructions réalisées par Israël sur la crête stratégique d’Ali al-Taher. L’armée israélienne affirme y avoir détruit des infrastructures du Hezbollah.
Qassem estime que les pressions exercées aujourd’hui sur le Liban cherchent à obtenir politiquement ce qu’Israël n’aurait pas réussi à obtenir militairement.
Il promet donc de poursuivre la ligne du Hezbollah.
Geagea répond que cette stratégie empêche précisément d’atteindre l’objectif annoncé.
Geagea mise sur les partenaires internationaux du Liban
Le chef des Forces libanaises développe également un argument diplomatique et économique.
Selon lui, le Liban ne possède pas seul les moyens nécessaires pour obtenir le retrait israélien, reconstruire les régions détruites et financer son redressement.
Il cite notamment l’Arabie saoudite, les États du Golfe, les pays européens et les États-Unis parmi les partenaires dont Beyrouth a besoin.
Geagea affirme toutefois que ces pays ne sont pas disposés à engager pleinement leur soutien tant que la question des armes du Hezbollah n’est pas réglée.
Cette position rejoint son argument central : la capacité du Liban à mobiliser ses partenaires dépendrait du rétablissement de l’autorité exclusive de l’État.
Le Hezbollah considère au contraire que le désarmement demandé sous pression internationale priverait le Liban d’un moyen de résistance alors que des forces israéliennes restent présentes sur son territoire.
Les deux camps partent donc du même constat — une partie du Liban-Sud reste sous contrôle militaire israélien — mais proposent des séquences opposées pour en sortir.
Les déclarations de Smotrich renforcent les tensions
La polémique intervient alors qu’un membre du gouvernement israélien a formulé une revendication territoriale beaucoup plus large.
Dimanche, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite israélienne, a appelé à l’annexion de territoires du Liban-Sud jusqu’au fleuve Litani, situé à environ 30 kilomètres de la frontière.
Cette déclaration ne constitue pas, à elle seule, une décision officielle du gouvernement israélien d’annexer cette zone.
Elle alimente néanmoins les inquiétudes au Liban alors que les forces israéliennes maintiennent déjà des positions à l’intérieur du territoire.
Elle fournit aussi un argument aux adversaires du désarmement du Hezbollah, qui soulignent les ambitions exprimées par certains responsables israéliens.
Geagea défend pourtant une lecture différente de la réponse à apporter à ces menaces.
Pour lui, la résistance ne consiste plus à maintenir une organisation armée parallèle à l’État. Elle doit passer par la consolidation des institutions libanaises, le renforcement de l’armée et la mobilisation des partenaires internationaux du pays.
La confrontation politique entre les Forces libanaises et le Hezbollah se concentre ainsi sur une question immédiate : quelle étape doit intervenir en premier pour obtenir le retrait israélien du Liban-Sud ?
Naïm Qassem exige le retrait israélien avant toute discussion conduisant au désarmement. Samir Geagea affirme au contraire que ce retrait restera hors d’atteinte tant que le Hezbollah conservera son appareil militaire.
Sur le terrain, cette divergence reste entière tandis que l’accord-cadre de juin avance difficilement et que les forces israéliennes demeurent présentes dans une partie du Liban-Sud.



