Le mandat du général Michel Aoun comme Président de la République touche bientôt à sa fin. Dans quelques semaines, le Président du Parlement Nabih Berri pourra convoquer le Parlement pour élire son successeur.

Les chefs des deux partis chrétiens disposant des plus grands blocs parlementaires, Gébran Bassil (Courant patriotique libre) et Samir Geagea (Parti des Forces libanaises), semblent avoir de faibles chances de s’installer au palais de Baabda. Le premier, décrié par le mouvement de contestation du 17 octobre 2019, s’est fait trop d’ennemis pour pouvoir réaliser le consensus nécessaire à son élection. Le second qui porte le lourd héritage de son passé violent est désormais l’homme de l’Arabie saoudite et de fait est rejeté par le puissant Hezbollah et ses alliés. Il aurait même proposé le nom de son épouse, Sethrida Geagea, mais il y a peu de chances que sa candidature obtienne un meilleur accueil.

Sleiman Frangié (chef du courant Marada), soutenu par Nabih Berri et le président syrien Bachar el-Assad, a beaucoup perdu dans les dernières élections législatives et reste détesté par Gébran Bassil et Samir Geagea.

Samy Gemayel (chef du parti Kataëb) n’a pas progressé lors des dernières élections législatives. Il s’est assez isolé. Des discussions sont en cours avec Georges Adwane, vice-président du parti des Forces libanaises en vue de rapprocher les deux partis. Rappelons qu’avant l’élection de Michel Aoun comme président de la République, les députés du parti Kataëb votaient en faveur de Samir Geagea.

Les députés Michel Moawad et Nehmat Frem sont vus par le Hezbollah comme beaucoup trop proches des Américains. Michel Moawad vient de former un bloc parlementaire avec l’islamiste sunnite anti-Hezbollah Achraf Rifi, ce qui risque d’être rédhibitoire pour son élection comme Président de la République.

Enfin, les médias affirment que le patriarche Béchara Rahi aurait proposé quelques noms : Ziyad Baroud, Jihad Azour (proche de Saad Hariri et actuellement directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds monétaire international), Camille Abou Sleiman (proche de Samir Geagea), Roger Dib (qui représentait Samir Geagea dans le premier gouvernement pro-syrien, le gouvernement libanais qui a ratifié le traité de fraternité avec la Syrie en 1991), Wadih el-Khazen et Naji Boustani. En raison des prises de position récentes du patriarche maronite contre le Président Michel Aoun et le Hezbollah, ces noms seront très probablement rejetés.

Peu de noms restent… L’économiste proche des banques Ziad Hayek a lancé sa candidature. De même que May Rihani. Tracy Chamoun avait soutenu Sleiman Frangié en 2016 avant d’être nommée ambassadrice par le président Michel Aoun en 2017, poste qu’elle a conservé jusqu’à la Révolution. Samir Geagea a proposé celui du général Joseph Aoun. Mais dans quel but ? Le soutenir réellement ou le discréditer tant on sait le chef du parti des FL stratège. L’actuel commandant en chef de l’armée ne serait d’ailleurs pas apprécié par Gébran Bassil et le Hezbollah.

Le nom de Fouad Abou Nader est également cité comme le révélaient, déjà, des confrères, il y a plusieurs mois. Ancien chef des Forces libanaises et ancien cadre du parti Kataëb, il est le seul leader maronite à avoir pu se rendre au centre-ville le 17 octobre 2019 et les jours suivants. Il est en bons termes avec le Président de la République Michel Aoun mais aussi avec Sleiman Frangié. L’ancien compagnon de Bachir Gemayel dirige aujourd’hui une ONG, Nawraj, qui crée des projets dans les villages pour y maintenir la présence chrétienne, y apporter le développement et consolider les liens avec les communautés sunnite, chiite et druze. Ces communautés apprécient l’intégrité de cet homme et ne posent donc pas de véto contre lui.

Au-delà du nom des candidats potentiels, deux inconnues subsistent : les élections auront-elles lieu à la fin du mandat de l’actuel Président et celui-ci a-t-il dans l’idée – malgré son âge et l’opposition à laquelle il fait face – de briguer un second mandat ?

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