Des informations de terrain qui alimentent une nouvelle inquiétude
La poursuite des opérations israéliennes dans le Sud-Liban fait émerger un scénario plus préoccupant que la seule répétition des bombardements et des destructions observés ces dernières semaines. Des sources de terrain font état d’indices qui pourraient annoncer une extension géographique des opérations vers de nouveaux secteurs. Trois zones sont notamment citées : Mansouri, Rihane et la Békaa occidentale.
À ce stade, aucune information disponible ne permet cependant d’affirmer qu’une opération militaire élargie a été décidée. Les sources elles-mêmes restent prudentes. Elles évoquent des « indicateurs sur le terrain » et non un plan dont elles connaîtraient le calendrier ou les modalités. Un diplomate occidental estime également que ces signaux doivent être suivis avec attention, tout en soulignant qu’ils ne constituent pas une preuve suffisante de l’existence d’une opération déjà programmée.
Cette distinction est essentielle. Le risque existe dans les informations recueillies, mais il ne peut être présenté comme une certitude.
L’inquiétude vient surtout du contexte dans lequel ces renseignements apparaissent. Les opérations israéliennes ne se limitent plus à des frappes ponctuelles contre une seule zone. Bombardements d’artillerie, frappes aériennes, destructions de bâtiments, mouvements de chars et opérations de ratissage se succèdent dans plusieurs secteurs du Sud. Leur accumulation nourrit la crainte d’une modification progressive de la géographie des opérations.
Le 23 septembre, l’aviation israélienne a notamment frappé les environs de Qantara en direction de Wadi al-Hujair. Des tirs d’artillerie ont simultanément visé la zone de Dawhat Kfar Roummane. Ces opérations ne suffisent pas à établir l’existence d’une offensive plus vaste. Elles montrent cependant que la pression militaire demeure active alors que les négociations diplomatiques n’ont pas encore produit de stabilisation durable.
La question n’est donc plus seulement de savoir si Israël continuera ses opérations. Elle porte désormais sur leur périmètre.
Mansouri, Rihane et la Békaa occidentale au centre des interrogations
La mention de Mansouri, de Rihane et de la Békaa occidentale donne une dimension particulière aux inquiétudes exprimées par les sources de terrain. Elle dessine un espace beaucoup plus large que les secteurs frontaliers qui concentrent habituellement l’attention.
Mais les informations disponibles ne précisent ni la nature d’une éventuelle extension ni son calendrier.
Une extension peut recouvrir plusieurs réalités. Elle peut prendre la forme d’une augmentation des frappes aériennes. Elle peut concerner davantage de tirs d’artillerie, de raids ciblés ou de mouvements terrestres. Elle peut aussi correspondre à une pression militaire destinée à modifier les conditions des négociations sans déboucher sur une opération terrestre de grande ampleur.
Aucun de ces scénarios ne peut actuellement être privilégié sur la seule base des renseignements publiés.
La prudence est d’autant plus nécessaire que les informations militaires de ce type peuvent évoluer rapidement. Des mouvements observés sur le terrain peuvent relever de préparatifs, de mesures de précaution ou d’une stratégie de pression. Ils ne permettent pas toujours de déterminer l’intention politique qui les accompagne.
Le diplomate occidental interrogé à ce sujet insiste précisément sur ce point. Les indicateurs doivent être pris au sérieux, mais ils ne doivent pas être transformés en preuve d’une opération décidée. Selon cette lecture, la véritable question porte désormais sur la capacité des contacts diplomatiques en cours à contenir l’escalade avant que la situation militaire ne crée de nouveaux faits accomplis.
Cette course entre diplomatie et terrain devient centrale.
Une extension vers de nouveaux secteurs modifierait non seulement la situation militaire. Elle compliquerait également le retour des habitants, le déploiement de l’armée et les négociations sur le retrait israélien.
De Qantara à Kfar Roummane, la pression militaire reste constante
Les opérations observées permettent de comprendre pourquoi ces inquiétudes trouvent un écho.
L’environnement de Qantara a été visé par l’aviation israélienne en direction de Wadi al-Hujair. Dans le même temps, des tirs d’artillerie ont touché Dawhat Kfar Roummane. D’autres secteurs ont également subi des opérations au cours de la même période.
Les environs de Baraachit, dans le caza de Bint Jbeil, ont été bombardés. La zone d’Ain al-Samahiyah, entre Zawtar al-Charqiyah et Mayfadoun, a subi des tirs d’artillerie soutenus. Les environs de la cité des scouts à Zawtar al-Charqiyah ont également été touchés.
Sept chars Merkava ont par ailleurs été signalés dans les quartiers de Zawtar al-Charqiyah.
Wadi Zibqin a été visé par l’artillerie. Des opérations de ratissage à l’arme automatique ont été menées en direction de Haddatha, Beit Yahoun et Aita al-Jabal.
Pris séparément, ces événements ne démontrent pas un changement stratégique. Leur concentration montre toutefois que le Sud demeure soumis à une activité militaire soutenue.
Les conséquences dépassent la seule dimension sécuritaire. Chaque bombardement retarde la remise en état des infrastructures. Chaque mouvement militaire entretient l’incertitude parmi les habitants qui envisagent de revenir. Chaque nouvelle destruction augmente également la facture de la reconstruction.
C’est cette accumulation qui rend le scénario d’une extension particulièrement sensible.
Khiyam, laboratoire d’une politique de destruction prolongée
Khiyam occupe une place particulière dans cette séquence. La ville a connu plusieurs opérations de destruction au cours des derniers jours. Des chalets ont été dynamités. Un important souffle d’explosion a été entendu dans plusieurs villages de la région de Marjayoun. D’autres destructions similaires avaient déjà été signalées auparavant.
Des bâtiments situés à l’ouest de Khiyam auraient également été incendiés.
L’une des explosions a endommagé des lignes électriques dans le secteur de Nabaa al-Hamam. L’alimentation a été interrompue dans plusieurs zones, notamment Hasbaya, Chebaa et l’Arkoub.
Cette conséquence illustre un élément important de la situation actuelle. Une opération menée dans une localité peut affecter un territoire beaucoup plus vaste à travers les réseaux d’électricité, d’eau ou de transport.
La destruction physique produit donc un second cercle de conséquences. Les populations qui ne se trouvent pas directement dans la zone visée peuvent perdre l’accès à des services essentiels.
Khiyam montre également pourquoi la distinction entre opération militaire et transformation durable du terrain devient de plus en plus difficile. Lorsque les destructions touchent des habitations et des infrastructures à répétition, leur effet se prolonge bien après la fin du bombardement.
Pour les autorités libanaises, cette situation pose une question directement liée aux négociations : comment stabiliser une région lorsque de nouveaux dommages continuent d’être enregistrés au moment même où l’on prépare son retour à une vie normale ?
Le retour des habitants pourrait être la première victime d’une extension
Une éventuelle extension des opérations aurait un effet immédiat sur le retour des populations.
Le gouvernement cherche actuellement à obtenir des financements pour passer de l’aide d’urgence au retour, puis à la reconstruction. Nawaf Salam a défendu à New York une approche dans laquelle ces différentes étapes doivent être conduites simultanément. Selon cette logique, il ne faut pas attendre une hypothétique fin définitive de la crise pour rétablir les écoles, les réseaux d’eau, l’électricité et les moyens de subsistance.
Cette stratégie suppose toutefois un minimum de prévisibilité sécuritaire.
Il est difficile de réhabiliter une route lorsqu’elle risque d’être de nouveau coupée. Il est tout aussi difficile de restaurer une maison ou un réseau électrique lorsque les opérations militaires se poursuivent dans les environs.
Une extension vers de nouvelles zones multiplierait ce problème.
Elle pourrait également provoquer de nouveaux déplacements. Les habitants qui ont déjà vécu plusieurs phases de départ et de retour seraient confrontés à une nouvelle incertitude. Les municipalités devraient prendre en charge de nouveaux besoins alors que leurs moyens restent limités.
Le problème deviendrait alors national. Les conséquences économiques et sociales d’une nouvelle vague de déplacement ne resteraient pas confinées au Sud.
Cette dimension explique pourquoi les autorités associent constamment la stabilisation militaire à la reconstruction.
L’armée libanaise face au risque d’un front géographique plus large
L’armée constitue l’autre acteur directement exposé aux conséquences d’une extension.
Son déploiement au Sud est au centre de la stratégie officielle. Le gouvernement veut renforcer sa présence et lui confier un rôle croissant dans l’exercice de l’autorité de l’État. Ses partenaires étrangers demandent également des résultats concrets sur ce terrain.
Mais plus la zone d’instabilité s’étend, plus les moyens nécessaires augmentent.
Une extension vers Mansouri, Rihane ou la Békaa occidentale obligerait l’institution militaire à gérer simultanément davantage de secteurs. Elle devrait assurer la sécurité des habitants, surveiller les mouvements sur le terrain et accompagner les opérations de retour dans un espace élargi.
Cette perspective intervient alors que le commandement militaire insiste déjà sur l’importance de la cohésion des unités et de leur préparation.
Le général Rodolphe Haykal a récemment rappelé aux militaires que la protection de tous les Libanais et le maintien de la stabilité restaient au cœur de leur mission. Il a également dénoncé les tentatives visant à affaiblir le moral de l’institution par les rumeurs et les accusations.
Ces déclarations prennent un relief particulier face à la possibilité d’une nouvelle extension du théâtre des opérations.
L’armée ne serait pas seulement confrontée à un problème militaire. Elle devrait également gérer les conséquences civiles d’une escalade : déplacements, routes coupées, infrastructures endommagées et retour des habitants.
La bataille autour de la présence de l’État
Les tensions sur le terrain ne concernent pas uniquement les bombardements. Elles portent aussi sur l’autorité qui doit organiser la vie quotidienne dans les zones sensibles.
Un épisode survenu à Deir Mimas illustre cette dimension. Un différend a concerné l’accès de résidents libanais à leurs terres pour la récolte des olives. Les habitants s’étaient tournés vers l’armée libanaise afin qu’elle accompagne leur déplacement.
L’épisode a pris une portée qui dépasse largement la récolte agricole.
Pour Beyrouth, l’armée doit être l’interlocuteur des citoyens sur le territoire libanais. Cette présence constitue l’une des manifestations les plus concrètes de la souveraineté de l’État.
Chaque restriction imposée à cette fonction devient dès lors politiquement sensible.
La bataille du Sud se joue ainsi aussi autour de questions apparemment ordinaires : qui autorise un agriculteur à rejoindre son champ ? Qui sécurise une route ? Qui accompagne les habitants dans leur village ? Qui décide qu’un secteur est accessible ?
Ces questions prennent une importance particulière dans les zones affectées par les opérations.
Une extension géographique multiplierait nécessairement ce type de frictions.
La destruction des terres agricoles ajoute une autre dimension à la crise
Les dommages ne concernent pas uniquement les bâtiments.
Une procédure judiciaire engagée en France par un homme d’affaires français d’origine libanaise met en lumière les atteintes aux terres agricoles. Le plaignant affirme que 600 oliviers appartenant à sa famille ont été arrachés à Zawtar al-Charqiyah. Certains auraient plusieurs siècles.
Il accuse l’armée israélienne d’être responsable de ces destructions. Il s’agit à ce stade d’allégations formulées dans une procédure judiciaire, et non d’une responsabilité établie par un jugement définitif.
Le dossier montre néanmoins une autre conséquence des opérations : la destruction d’un patrimoine agricole dont la reconstitution peut nécessiter plusieurs générations.
Un bâtiment peut être reconstruit. Une ligne électrique peut être remplacée. Un olivier vieux de plusieurs siècles ne peut pas l’être dans les mêmes conditions.
Cette dimension agricole est particulièrement importante dans le Sud, où de nombreuses familles dépendent directement ou indirectement de leurs terres.
Si les opérations devaient s’étendre vers de nouvelles régions rurales, la question des dommages économiques prendrait donc une ampleur supplémentaire.
Une escalade qui pèserait directement sur les négociations
Le risque d’extension apparaît au moment où les discussions diplomatiques restent fragiles.
Une nouvelle réunion entre le Liban et Israël est envisagée, mais son calendrier n’est pas définitivement arrêté. Washington cherche à maintenir le canal de discussion. Beyrouth demande des résultats concrets sur le retrait, la sécurité et la situation des populations.
Une extension militaire pourrait modifier cette dynamique.
Elle ajouterait de nouveaux dossiers à une négociation déjà chargée. Les zones touchées, les destructions, les déplacements et les positions militaires deviendraient autant de nouveaux sujets à traiter.
Elle pourrait surtout affaiblir l’argument selon lequel la négociation produit progressivement une stabilisation.
À l’inverse, la diplomatie peut encore contribuer à empêcher ce scénario. C’est précisément le sens des consultations actuelles. Les interlocuteurs étrangers sont appelés à déterminer si les signaux observés annoncent réellement une nouvelle phase ou s’ils peuvent encore être contenus.
Le facteur temps est déterminant.
Plus les opérations se prolongent, plus des réalités nouvelles apparaissent sur le terrain. Or ces réalités deviennent ensuite des éléments supplémentaires de la négociation.
Le scénario d’une opération élargie reste une hypothèse, pas un fait acquis
Les renseignements disponibles imposent finalement deux lectures simultanées.
La première commande de prendre au sérieux les signaux rapportés. Des sources de terrain évoquent explicitement Mansouri, Rihane et la Békaa occidentale. Dans le même temps, les bombardements et destructions se poursuivent dans plusieurs secteurs du Sud. Les mouvements de chars et les opérations de ratissage montrent que la situation demeure active.
La seconde lecture impose de ne pas aller au-delà des éléments disponibles.
Aucune date n’est connue. Aucun plan opérationnel n’est décrit. Aucun élément ne permet d’affirmer qu’une décision définitive d’élargissement a été prise. Même les sources qui signalent le risque ne présentent pas leurs informations comme la preuve d’une offensive imminente.
Le véritable enjeu se situe donc dans cet intervalle.
Les signaux sont suffisamment sérieux pour justifier une vigilance accrue. Ils ne sont pas suffisamment précis pour annoncer comme certaine une nouvelle offensive.
Pour le Liban, cette incertitude est déjà lourde de conséquences. Elle freine le retour des habitants, complique la reconstruction, augmente les responsabilités de l’armée et rend plus urgente la recherche d’un dispositif international pour le Sud.
Mansouri, Rihane et la Békaa occidentale deviennent ainsi moins les lieux d’une offensive annoncée que les noms d’une question désormais posée à la diplomatie : les opérations israéliennes resteront-elles contenues dans leur géographie actuelle, ou le terrain est-il en train de préparer une nouvelle phase du conflit ?




