Les derniers articles

Articles liés

Négociations Liban-Israël : pourquoi le huitième cycle reste suspendu au calendrier de Washington et de Netanyahu

- Advertisement -

Un rendez-vous annoncé pour octobre, sans date ni convocation

Le huitième cycle des négociations directes entre le Liban et Israël devait constituer la prochaine étape du processus ouvert sous médiation américaine. Au 23 septembre 2026, son principe paraît acquis. Son organisation ne l’est pas. Beyrouth n’a reçu ni date définitive ni convocation officielle de Washington. Plus significatif encore, des informations diplomatiques indiquent que cette incertitude pourrait moins relever d’un problème technique que du calendrier politique israélien.

Le prochain cycle devrait se tenir à Rome, qui accueillerait ainsi les négociateurs pour la troisième fois. Mais la date reste entre les mains des États-Unis. Une source ministérielle libanaise souhaite que la réunion puisse avoir lieu avant les élections israéliennes du 27 octobre. Des diplomates arabes et étrangers accrédités au Liban avancent cependant une hypothèse différente : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu chercherait à reporter la reprise substantielle des négociations après le scrutin.

Cette divergence change la lecture du retard. Il ne s’agit plus seulement de savoir quand les négociateurs se retrouveront. Il s’agit de déterminer si Israël souhaite encore négocier avant ses élections ou préfère conserver jusque-là la situation militaire actuelle.

La distinction est majeure pour le Liban. Chaque semaine supplémentaire sans avancée diplomatique laisse ouvertes les questions du retrait israélien, des positions militaires au Sud, des détenus, du déploiement de l’armée et des conditions imposées à l’application de l’accord-cadre du 26 juin.

Le huitième cycle arrive ainsi à un moment paradoxal. Les deux parties disposent déjà d’un cadre négocié. Pourtant, les désaccords sur son application deviennent plus importants à mesure que les réalités militaires évoluent.

Rome pour la troisième fois, mais Washington garde la maîtrise du calendrier

Le choix de Rome est déjà identifié dans les informations diplomatiques. La capitale italienne accueillerait pour la troisième fois ce processus. La décision finale sur la date appartient cependant au médiateur américain.

Ce détail permet de mesurer le poids pris par Washington.

Les États-Unis ne se contentent pas de faciliter les discussions. Ils contrôlent pratiquement leur calendrier. Le Liban peut demander une réunion rapide. Israël peut chercher à la retarder. Mais c’est le médiateur américain qui doit finalement convoquer les parties.

Cette situation donne une importance particulière au déplacement de Nawaf Salam aux États-Unis après les réunions de New York. Les discussions avec l’administration américaine ne concernent donc pas uniquement le soutien politique au Liban. Elles peuvent déterminer si le huitième cycle se tiendra avant ou après les élections israéliennes.

Beyrouth espère également que les échanges entre Donald Trump et Emmanuel Macron à New York pourront favoriser une relance. Un diplomate français de haut rang a décrit leur rencontre comme positive. Les autorités libanaises souhaitent que cette amélioration puisse se traduire sur le dossier des négociations.

Mais le problème reste entier : Washington est-il disposé à exercer une pression sur Netanyahu pour obtenir une réunion avant le 27 octobre ?

En l’absence d’une telle décision, le calendrier électoral israélien risque de devenir de facto le calendrier diplomatique du Liban-Sud.

Pourquoi Netanyahu aurait intérêt à attendre le 27 octobre

L’hypothèse d’un report doit être replacée dans le contexte israélien.

Des sources politiques considèrent que les calculs intérieurs pèsent désormais sur la position de Netanyahu concernant le retrait du Liban et les concessions susceptibles d’être faites dans une négociation.

Un accord impliquant un retrait de positions militaires avant les élections pourrait être politiquement sensible. À l’inverse, maintenir une posture militaire ferme permettrait au gouvernement israélien de ne pas apparaître comme faisant des concessions pendant la campagne.

Les informations disponibles indiquent que des responsables israéliens lient désormais le retrait du Liban au désarmement du Hezbollah à l’échelle de l’ensemble du territoire libanais. Cette condition dépasse largement la seule zone située au sud du Litani.

C’est précisément là que le dossier devient plus compliqué.

Le gouvernement libanais affirme vouloir placer les armes sous l’autorité exclusive de l’État. Nawaf Salam a déclaré à New York que la décision de guerre et de paix devait appartenir à l’État et qu’il ne pouvait exister « deux armées » ou « deux décisions ».

Mais transformer cet objectif politique en condition préalable à un retrait israélien revient à inverser le calendrier.

Beyrouth cherche à obtenir le retrait pour permettre à l’État de reprendre pleinement le contrôle du territoire. Israël peut, au contraire, exiger que le désarmement soit largement accompli avant de se retirer.

Entre les deux positions, le huitième cycle doit précisément déterminer ce qui vient en premier.

L’article 5 de l’accord du 26 juin revient au centre du débat

Le cœur du contentieux se trouve en partie dans l’accord-cadre signé le 26 juin 2026.

Joseph Aoun avait alors mis en avant un acquis important : la reconnaissance de l’absence d’ambitions territoriales israéliennes au Liban. Mais l’article 5 contient également une disposition beaucoup plus contraignante pour Beyrouth.

Selon le texte reproduit dans les sources, Israël justifie ses opérations militaires au Liban par les attaques, la menace et les intentions hostiles de groupes armés ne relevant pas de l’État, en particulier le Hezbollah. Le même article lie la fin de cette menace au désarmement et au démantèlement de ces groupes sur l’ensemble du territoire libanais, ainsi qu’à des arrangements sécuritaires supplémentaires à convenir entre les deux pays.

Cette formulation ouvre deux lectures.

Pour le Liban, l’accord doit permettre d’aboutir au retrait israélien et au rétablissement de la souveraineté de l’État. Le renforcement de l’armée et le monopole étatique des armes font partie de ce processus.

Israël peut cependant utiliser le même texte pour considérer que son retrait reste conditionné à la disparition préalable de la menace qu’il attribue au Hezbollah.

Le désaccord ne porte donc pas uniquement sur l’application de l’accord. Il porte sur son ordre d’exécution.

Qui doit agir en premier ?

C’est probablement l’une des questions les plus importantes que le huitième cycle devra traiter.

Le risque d’une nouvelle condition : désarmer avant de récupérer le territoire

Selon les informations recueillies dans les milieux politiques et militaires, un scénario inquiète particulièrement Beyrouth : Israël pourrait chercher à ne restituer progressivement certaines zones qu’après l’exécution par l’armée libanaise d’une série de conditions.

Une telle logique transformerait le retrait en processus conditionnel.

Au lieu d’un retrait suivi du déploiement de l’armée, chaque étape pourrait dépendre de mesures préalables exigées du Liban.

Cette question est déjà perceptible autour de plusieurs secteurs du Sud. Les positions israéliennes, les zones de sécurité et les nouvelles installations militaires créent une situation dans laquelle la restitution du territoire peut être négociée position par position.

Plus cette situation dure, plus elle devient difficile à renverser.

Le Liban se trouve donc confronté à un problème de calendrier très concret. Une négociation retardée d’un mois ne signifie pas seulement trente jours supplémentaires avant une réunion. Elle signifie trente jours pendant lesquels les positions militaires restent en place et peuvent être consolidées.

C’est pourquoi Beyrouth souhaite une intervention diplomatique américaine plus ferme.

Ali Al-Taher, un dossier militaire parallèle aux négociations politiques

La situation de la colline d’Ali Al-Taher illustre cette évolution.

Les informations du 23 septembre indiquent qu’un volet militaire distinct doit être discuté aux États-Unis. Une délégation militaire libanaise doit se rendre au siège du Commandement central américain à Tampa pour rencontrer des représentants israéliens et l’équipe militaire américaine.

La situation au Liban-Sud doit y être examinée, avec une attention particulière portée à Ali Al-Taher.

Cette réunion est importante parce qu’elle révèle l’existence de deux niveaux de négociation.

Le premier est politique et diplomatique. Il comprend les cycles directs organisés sous médiation américaine, dont le huitième est attendu à Rome.

Le second est militaire. Il traite des réalités opérationnelles, des positions, des incidents et des mécanismes de coordination.

L’existence de ces deux canaux peut faciliter le règlement de problèmes techniques. Elle peut aussi fragmenter la négociation.

Une question territoriale peut ainsi être discutée militairement à Tampa alors que les principes du retrait sont négociés politiquement à Rome.

Washington se trouve au centre des deux circuits.

Les détenus devraient revenir sur la table

Le septième cycle avait notamment permis d’aborder le dossier des détenus libanais en Israël.

Beyrouth avait remis une liste. Les informations disponibles indiquent cependant qu’elle était incomplète. Depuis, de nouvelles libérations ont révélé que certains détenus n’étaient même pas recensés par les structures libanaises qui suivaient le dossier.

Le huitième cycle devrait donc revenir sur cette question avec un problème désormais clairement identifié : le Liban ne demande pas uniquement la libération de personnes dont il connaît l’identité. Il doit d’abord obtenir une liste complète.

Le nombre actuellement avancé atteint 39 détenus libanais identifiés, auxquels s’ajoutent des disparus dont le sort demeure inconnu.

Israël n’aurait pas fourni jusqu’à présent les informations nécessaires pour résoudre cette incertitude. L’accès du Comité international de la Croix-Rouge resterait également insuffisant.

Le dossier des détenus peut sembler secondaire face aux questions territoriales et militaires. Il constitue pourtant l’un des rares domaines où une mesure concrète peut être obtenue sans attendre un accord global.

Les libérations intervenues en septembre montrent qu’un canal existe.

Le huitième cycle pourrait permettre de savoir si ces gestes restent ponctuels ou s’ils ouvrent un véritable mécanisme de règlement.

La FINUL ajoute désormais une échéance supplémentaire

Le processus de négociation est également rattrapé par la fin annoncée de la mission de la FINUL.

Beyrouth cherche à maintenir une présence internationale après la fin de 2026. Une prolongation de six mois est discutée comme solution transitoire, même si elle n’est pas encore officiellement arrêtée.

Cette question est directement liée aux négociations avec Israël.

Le dispositif international futur devra fonctionner dans un environnement déterminé par l’accord de sécurité entre les deux pays. Si les positions israéliennes demeurent à l’intérieur du territoire libanais, sa mission sera différente de celle qui pourrait suivre un retrait.

De même, si les négociations n’aboutissent pas avant la fin du mandat de la FINUL, le Liban pourrait entrer dans la période de transition sans avoir réglé les paramètres fondamentaux de la sécurité du Sud.

Les deux calendriers se superposent donc.

Octobre : élections israéliennes et huitième cycle espéré.

Fin 2026 : échéance de la FINUL.

Entre les deux, il reste à négocier le retrait, le déploiement de l’armée, les arrangements sécuritaires et le futur mécanisme international.

Le temps disponible est beaucoup moins important qu’il n’y paraît.

Washington peut-il réellement débloquer la négociation ?

Le Liban mise sur une intervention américaine parce qu’il ne dispose pas, seul, d’un moyen de contraindre Israël à reprendre rapidement les discussions ou à évacuer ses positions.

Cette dépendance constitue cependant une faiblesse.

Washington est à la fois le médiateur, le principal allié d’Israël et l’acteur qui décide du calendrier des rencontres.

Si les États-Unis estiment qu’une réunion avant les élections israéliennes n’est pas opportune, Beyrouth dispose de peu de moyens pour accélérer le processus.

La situation explique les efforts libanais à New York pour multiplier les interlocuteurs : Antonio Guterres, Emmanuel Macron, Recep Tayyip Erdogan, le roi Abdallah II, les responsables qataris et d’autres partenaires.

Mais ces contacts peuvent créer une pression diplomatique. Ils ne remplacent pas le canal américain.

Le test sera donc simple : Washington convoquera-t-il Rome avant le 27 octobre ?

Une convocation avant le scrutin signifierait que l’administration Trump souhaite préserver la dynamique des négociations malgré les calculs politiques israéliens.

Un report après les élections confirmerait, au contraire, que le calendrier intérieur israélien a pris le dessus.

Une autre échéance américaine complique l’équation

Les calculs ne se limitent d’ailleurs pas à Israël.

Les États-Unis se dirigent eux aussi vers leurs élections de mi-mandat du 3 novembre. Dans le même temps, Washington est engagé dans une confrontation majeure avec l’Iran.

Cette accumulation d’échéances peut expliquer une partie de la prudence américaine.

Une négociation libano-israélienne ne se déroule pas dans un vide régional. Le Hezbollah est directement lié à l’équilibre avec l’Iran. Toute décision concernant son désarmement, la sécurité du Sud ou le retrait israélien interagit avec la confrontation entre Washington et Téhéran.

Des sources officielles libanaises envisagent d’ailleurs que certaines décisions concernant le futur dispositif international au Sud soient prises seulement après les élections américaine et israélienne et après une clarification de la trajectoire du conflit avec l’Iran.

Ce calendrier pourrait conduire à une situation paradoxale : tout le monde affirme vouloir négocier, mais chacun attend un événement extérieur avant de prendre une décision.

Le risque d’une négociation vidée de sa substance

Le huitième cycle n’aura d’intérêt que s’il traite des points qui restent bloqués.

Une simple réunion permettant aux délégations de réaffirmer leurs positions ne modifierait pas la situation sur le terrain.

Pour le Liban, plusieurs résultats concrets seraient nécessaires : un calendrier de retrait, un mécanisme concernant les positions israéliennes, des progrès sur les détenus, des garanties sur le retour des habitants et une clarification de la relation entre retrait israélien et monopole des armes par l’État.

Pour Israël, la priorité semble porter sur le désarmement du Hezbollah et sur des garanties de sécurité allant au-delà du seul Sud.

C’est précisément ce décalage qui explique le blocage.

Beyrouth veut négocier la fin de la présence israélienne et restaurer son autorité. Israël cherche à utiliser sa présence militaire comme levier pour obtenir des transformations sécuritaires beaucoup plus larges au Liban.

Le huitième cycle ne doit donc pas seulement rapprocher deux positions. Il doit résoudre une différence fondamentale sur la nature même de la négociation.

Derrière l’absence d’invitation, une bataille sur l’ordre des concessions

Le fait que le Liban n’ait toujours reçu ni date précise ni invitation américaine prend alors tout son sens.

Pris isolément, il pourrait s’agir d’un simple retard diplomatique.

Replacé dans l’ensemble du dossier, il devient le symptôme d’une négociation où chaque acteur cherche à éviter de céder son principal levier trop tôt.

Netanyahu n’aurait guère intérêt, avant le 27 octobre, à abandonner des positions sans obtenir de contreparties visibles. Le Liban ne peut accepter que la présence israélienne devienne le moyen de lui imposer indéfiniment des conditions. Washington doit choisir jusqu’où il souhaite pousser chacune des deux parties.

Le véritable enjeu du huitième cycle n’est donc pas sa date.

Il est de savoir si les États-Unis sont prêts à transformer l’accord-cadre du 26 juin en séquence d’exécution précise, avec des obligations et des étapes pour les deux parties, ou s’ils laisseront subsister une formule dans laquelle chacun conditionne son prochain mouvement à celui de l’autre.

Sans séquençage, le mécanisme peut tourner en rond : Israël conditionne son retrait au désarmement ; le Liban affirme avoir besoin du retrait et de la stabilisation pour étendre pleinement l’autorité de l’État ; et Washington continue de négocier entre les deux.

Dans ce contexte, l’absence d’une convocation pour Rome n’est plus un détail de calendrier. Elle révèle le problème central de tout le processus : six mois après l’ouverture des négociations, les parties disposent d’un cadre, mais ne semblent toujours pas s’être entendues sur la question la plus élémentaire d’un accord de sécurité — qui fait quoi, dans quel ordre, et en échange de quoi.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

A lire aussi