Impensable il y a un an encore, aujourd’hui c’est fait. Le rapprochement entre les USA et l’Iran a produit le résultat qu’on a pu voir avec l’appui des FL à la candidature de Michel Aoun, les 2 grands partis chrétiens se sont réconciliés et l’unité chrétienne est refaite après 3 décennies de lutte entre les 2 hommes.

Evidente leçon du béaba des sciences politiques, celui d’arriver à tout prix au pouvoir, ce rapprochement recompose la scène politique libanaise. Il reste cependant qu’il soit encore trop tôt pour en tirer les conséquences. Toujours est-il, qu’après l’euphorie initiale, l’heure des interrogations quant au contenu de l’accord signé arrivera tant au niveau des sympathisants des 2 mouvements, que de leurs alliés respectifs. Déjà, certains voient d’un mauvais oeil, le fait de ne pas remettre en cause les accords de Taëf. Cela est vu comme une véritable capitulation puisque ces derniers sont accusés d’avoir spolier la Présidence de la République d’une grande partie de ses prérogatives. Ils s’interrogent donc sur l’efficacité réelle du prochain locataire du Palais de Baabda s’il n’est pas solidairement soutenu dans sa tâche par un bloc parlementaire important comme ce que laisse présager ce rapprochement sans précédent des 2 principaux partis chrétiens.

Il s’agit de rappeler également que Saad Hariri, dirigeant principal du 14 Mars n’avait jamais annoncé son soutien officiel à la candidature de Samir Geagea comme il l’a pourtant fait pour Sleiman Franjieh.

Des conséquences inédites sur la scène politique libanaise

Saad Hariri, il y a un an, disait soutenir tout choix de la communauté chrétienne. Ses paroles semblent avoir été oubliées par Fouad Saniora qui, ce lundi, déclarait depuis le perron du Patriarcat Maronite que la présidence n’était seulement un choix chrétien mais un choix de tous les Libanais. Peut-être faudrait-il alors répondre que la Présidence du Conseil n’est pas un choix sunnite et la Présidence de la Chambre n’est pas un choix chiite. Mais Saad Hariri et ses hommes qui lui sont acquis, ne peuvent accepter que leur influence et celle de l’Arabie Saoudite ne fasse plus recette au Pays des Cèdres.

Parmi les autres perdants de cette évidente recomposition politique de scène libanaise, les autres partis chrétiens qui risquent désormais d’être marginalisés et de se voir être accusés de poursuivre la division inter-chrétienne, comme le suggérait l’initiative de l’ancien président de la République Michel Sleiman qui s’était rendu à Riad à l’invitation de l’ancien premier ministre Saad Hariri pour y rencontrer le Roi Salman. Il s’agissait là d’une initiative que beaucoup interprétaient comme une tentative de diviser à nouveau le camp chrétien face au monopole politique du camps sunnite et au duopole chiite. 

Le député druze Walid Joumblatt, qui ne pourra pas conditionner son appui au candidat vainqueur comme les fois précédentes, fait également parti des principaux perdants face à ce rapprochement. Déjà mis à mal par son refus d’avoir à choisir entre Samir Geagea et Michel Aoun, il sera cette fois-ci hors jeu. Il s’agit là d’une perte d’influence considérable pour ce dernier. Cela explique son refus de voir également les libanais de la diaspora voter, une des principales demandes du camp chrétien réitérée hier sauf en cas de naturalisation des druzes du Hauran en Syrie comme évoqué à un moment. Ces derniers en effet sont les seuls capables de rétablir les équilibres communautaires en sa faveur. Le vote de la diaspora essentiellement chrétienne est l’une des principales demandes de cette communauté et est portée par la plateforme soutenue par le CPL et les Forces Libanaises. Elle fera perdre au député druze, son rôle de grand électeur dans les régions du Chouf et d’Aley.

De son côté, le Hezbollah, trop occupé dans le conflit civil syrien n’a pour le moment aucun rôle décisionnaire précis, ayant choisi depuis fort longtemps de soutenir le Général Michel Aoun et de lui déléguer la question des élections présidentielles. Il estime qu’il y a là, un choix chrétien et que la magistrature suprême doit aller au principal représentant des chrétiens au Liban, à savoir ce dernier.

Les jeux sont faits, mais rien ne va encore

Le retrait de la principale candidature visant à empêcher l’arrivée de Michel Aoun à la présidence de la République ayant été levée, de nouveaux écueils apparaissent.

La candidature de l’ancien Premier Ministre Michel Aoun à la Présidence n’est en effet pas synonyme de victoire assurée aux élections présidentielles: Le faiseur de roi cette fois-ci ne sera pas Walid Joumblatt comme déjà mentionné en dépit du jeu qu’il faisait depuis 1 an et demi en soutenant son candidat, le député Helou mais le Président de la Chambre des Députés, Nabih Berry. Probablement ce dernier finira par s’aligner sur le choix du Hezbollah, c’est-à-dire en offrant son soutien à la candidature Aoun mais il s’agira de savoir à quel prix. Celui-ci pourrait en effet s’avérer être élevé vu l’offre que ne manquera pas à faire Saad Hariri pour soutenir la candidature réitérée ce mardi depuis le perron du Patriarcat de Bkerké, de Sleiman Franjieh, et ceci est une autre question qui pourrait conditionner au final les résultats du prochain mandat présidentiel. 

François el Bacha