Un entrepreneur français né au Liban a déposé à Paris une plainte contre X pour des faits susceptibles, selon lui, de constituer des crimes ou délits de guerre. Il accuse l’armée israélienne d’avoir arraché environ 600 oliviers centenairesappartenant à sa famille à Zawtar el-Charqiyé, dans le sud du Liban. Certains arbres auraient atteint 500 ans. La plainte porte sur des faits de vol, de destruction et de détérioration de biens. Elle intervient alors que plusieurs procédures judiciaires ont été engagées en France par des Franco-Libanais à propos d’opérations militaires israéliennes au Liban.
Une plainte à Paris après l’arrachage de 600 oliviers
Le plaignant, âgé de 37 ans et entrepreneur dans le secteur numérique, est français et né au Liban. Sa famille possède des terres agricoles à Zawtar el-Charqiyé, village du sud du pays.
Selon la plainte avec constitution de partie civile déposée à Paris et consultée par une agence de presse, environ 600 oliviers appartenant à sa famille ont été arrachés. Les arbres auraient été retirés avec leurs racines.
Le plaignant affirme que certains étaient âgés d’environ cinq siècles. Il explique également que ces terres sont cultivées par sa famille depuis quelque 250 ans.
La procédure a été engagée contre X. Elle porte sur des faits qualifiés dans la plainte de vol, de destructions et de détériorations de biens susceptibles de constituer des crimes ou délits de guerre.
À ce stade, ces qualifications constituent les arguments juridiques avancés par le plaignant et ses avocats. Il appartient à la justice française d’examiner leur recevabilité, d’établir les faits et, le cas échéant, d’identifier d’éventuels responsables.
Le plaignant soupçonne un transfert des arbres en Israël
L’entrepreneur affirme que les oliviers ont été déracinés dans leur totalité et soupçonne qu’ils aient pu être transportés vers Israël.
Aucun élément indépendant rendu public mercredi 23 septembre ne permettait toutefois d’établir leur destination après leur arrachage. Ce point fait donc partie des allégations qui devront être vérifiées dans le cadre d’éventuelles investigations.
La plainte précise également que son auteur n’est ni membre ni sympathisant du Hezbollah.
Ses avocats soutiennent qu’aucun élément ne permet d’établir que la maison familiale ou les champs agricoles concernés étaient utilisés par le Hezbollah à des fins militaires.
Cette question pourrait occuper une place centrale dans l’examen juridique du dossier. Le droit international humanitaire protège en effet les biens civils, tout en prévoyant des règles particulières lorsqu’un bien devient un objectif militaire ou lorsque sa destruction répond à une nécessité militaire impérative.
La qualification de crime de guerre dépend donc des circonstances précises dans lesquelles les destructions ont été réalisées, de leur objectif et des informations dont disposaient les forces impliquées.
Une maison familiale également détruite
La plainte ne concerne pas uniquement les oliviers.
Le Français affirme que sa maison familiale a été entièrement détruite lors d’une frappe aérienne israélienne, quelques heures avant l’annonce d’un cessez-le-feu dans le sud du Liban en avril 2026.
Selon son récit, l’armée israélienne a ensuite pris le contrôle du secteur quelques semaines plus tard. L’arrachage des oliviers serait intervenu après la signature, à la fin du mois de juin, d’un accord-cadre entre le Liban et Israël.
La chronologie exacte de ces événements constitue donc un autre élément que la procédure devra établir.
Pour le plaignant, la disparition des arbres représente une destruction qui dépasse la seule valeur immédiate de la récolte. Les oliviers concernés appartenaient, selon lui, au patrimoine agricole familial depuis plusieurs générations.
Ses avocats, Vincent Brengarth, William Bourdon et Nicolas Busin, inscrivent l’affaire dans le contexte plus large des destructions constatées dans le sud du Liban.
Ils demandent à la justice française d’identifier les personnes susceptibles d’être responsables des faits dénoncés et, si les éléments réunis le permettent, d’engager des poursuites.
Des destructions agricoles déjà documentées au Liban
Les accusations concernant les terres de Zawtar el-Charqiyé interviennent après plusieurs enquêtes sur les destructions de bâtiments et de surfaces agricoles dans le sud du Liban depuis le début des affrontements entre Israël et le Hezbollah en octobre 2023.
Dans une enquête publiée en août 2025, Amnesty International avait analysé les destructions survenues dans 26 municipalités du sud du Liban entre octobre 2024 et janvier 2025.
L’organisation avait recensé plus de 10 000 structures lourdement endommagées ou détruites pendant cette période. Son enquête s’appuyait notamment sur des images satellites, des vidéos, des photographies et des témoignages d’habitants.
Les destructions documentées concernaient des habitations, mais aussi des routes, des espaces publics, des édifices religieux et des terres agricoles.
Amnesty avait estimé que certaines destructions réalisées alors que les forces israéliennes contrôlaient les secteurs concernés et en l’absence apparente de nécessité militaire impérative devaient faire l’objet d’enquêtes pour déterminer si elles constituaient des crimes de guerre.
L’armée israélienne a pour sa part soutenu, concernant certaines opérations documentées dans le sud du Liban, que des bâtiments civils avaient été utilisés par le Hezbollah, abrité des armes ou se trouvaient au-dessus d’infrastructures souterraines.
Ces éléments généraux ne permettent pas, en eux-mêmes, de déterminer les circonstances particulières de l’arrachage des 600 oliviers dénoncé dans la nouvelle plainte.
Les oliveraies durement touchées depuis 2023
Les terres agricoles constituent une part importante des dommages enregistrés dans le sud du Liban depuis octobre 2023.
Des incendies, bombardements, opérations de terrassement et destructions ont affecté des exploitations agricoles et des vergers. Les oliveraies occupent une place particulière dans cette région, à la fois comme source de revenus et comme cultures pérennes nécessitant de nombreuses années avant d’atteindre leur pleine production.
Des évaluations internationales avaient déjà constaté des dégâts importants dans les zones agricoles du Sud et de Nabatiyeh.
Amnesty International a également documenté des destructions d’oliviers et d’autres terres agricoles lors des opérations terrestres israéliennes de 2024 et 2025. Dans certains villages frontaliers, l’organisation a identifié des surfaces de vergers rasées en même temps que des bâtiments.
Contactée en août au sujet des destructions environnementales au Liban, l’armée israélienne avait indiqué avoir conscience des conséquences potentielles de ses opérations sur l’environnement et prendre des précautions afin de réduire les dommages causés aux civils et à l’environnement.
Elle a de nouveau été sollicitée mercredi à propos de la plainte concernant Zawtar el-Charqiyé.
Plusieurs plaintes franco-libanaises devant la justice française
La procédure concernant les 600 oliviers n’est pas la première engagée en France à propos d’opérations militaires israéliennes au Liban.
Le 2 avril 2026, l’artiste et cinéaste franco-libanais Ali Cherri a déposé une plainte avec constitution de partie civile devant le pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris.
Cette procédure concerne une frappe israélienne contre un immeuble résidentiel de Beyrouth le 26 novembre 2024, quelques heures avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah.
Sept civils avaient été tués. Parmi eux figuraient les parents d’Ali Cherri, Mahmoud Naim Cherri et Nadira Hayek.
La plainte d’Ali Cherri porte sur le bombardement d’un bien civil susceptible, selon ses auteurs, de constituer un crime de guerre. Une autre procédure a été engagée en juillet par un Franco-Libanais ayant perdu sa mère, sa sœur et deux neveux dans des frappes israéliennes.
Ces dossiers présentent des faits distincts et devront être examinés séparément par la justice française. Ils ont cependant un point commun : la nationalité française des plaignants permet de saisir les juridictions françaises sur certaines infractions relevant du droit pénal international.
Dans l’affaire de Zawtar el-Charqiyé, les investigations devront désormais déterminer dans quelles circonstances les oliviers ont été arrachés, identifier les unités éventuellement impliquées et vérifier l’allégation selon laquelle les arbres auraient ensuite été emportés hors du Liban.



