Baabda place la prévention du vide sécuritaire au premier rang
À quelques mois de la fin prévue de la mission de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, les discussions sur le dispositif appelé à lui succéder s’intensifient. Elles n’ont pourtant pas encore débouché sur une formule définitive. Plusieurs scénarios circulent dans les échanges diplomatiques. Une initiative européenne est notamment étudiée. Une dizaine de pays auraient manifesté leur disposition à y participer. Mais ni son mandat, ni sa composition, ni les modalités de son déploiement ne sont encore arrêtés.
Cette incertitude explique le message désormais porté par les autorités libanaises : la priorité consiste à empêcher la création d’un vide sécuritaire dans le Sud. Le président de la République, Joseph Aoun, a exposé cette position lors de ses entretiens avec le haut responsable britannique chargé des questions de défense au Moyen-Orient, Edward Ahlgren. Le chef de l’État a indiqué que le Liban était disposé à accueillir une force internationale de remplacement si le maintien de la Finul devenait impossible.
La mission envisagée devrait, dans la conception libanaise, contribuer à poursuivre l’application de la résolution 1701 et soutenir l’armée dans l’exercice de l’autorité de l’État jusqu’aux frontières internationalement reconnues. L’enjeu n’est donc pas seulement de remplacer des soldats internationaux par d’autres. Il s’agit de préserver une architecture de sécurité qui permette à l’armée libanaise de continuer à bénéficier d’un appui international dans une zone encore marquée par les opérations militaires.
Joseph Aoun a surtout averti qu’une disparition de la Finul sans dispositif de remplacement créerait un vide dangereux. Cette inquiétude prend une dimension particulière tant que la présence israélienne se poursuit dans certains secteurs et que des opérations continuent d’être menées dans le Sud.
Dans cette perspective, la question de la force internationale ne peut être dissociée du retour des habitants. Les villages affectés par les combats ont besoin d’un minimum de stabilité pour permettre le retour durable des populations. L’armée doit, pour sa part, pouvoir planifier son déploiement et ses missions sur la base d’un cadre connu. Une période indéterminée entre le départ d’une force et l’arrivée éventuelle d’une autre compliquerait ces deux objectifs.
Une initiative européenne existe, mais aucun accord n’est encore conclu
Les informations recueillies dans les milieux diplomatiques font état d’une initiative italienne associant également la France. Une dizaine de pays européens auraient fait connaître leur disponibilité pour participer à une nouvelle force. Cette indication donne une consistance politique au projet. Elle ne signifie toutefois pas qu’une force de remplacement existe déjà.
Aucun accord définitif n’a encore été conclu.
Les questions les plus sensibles restent précisément celles qui détermineront la faisabilité du projet. Il faut fixer les pays participants, leurs effectifs, leur financement et leurs règles d’engagement. Il faut surtout définir le mandat de la future présence internationale et son articulation avec l’armée libanaise.
La question du passage de la Finul à un nouveau mécanisme constitue une difficulté supplémentaire. La force des Nations unies dispose d’une expérience accumulée pendant des décennies, d’installations, de moyens logistiques et d’une connaissance approfondie du terrain. Une nouvelle structure devrait éviter qu’une partie de ces capacités disparaisse au moment de la transition.
La continuité opérationnelle devient ainsi presque aussi importante que la composition de la force.
Les consultations portent donc sur un dispositif beaucoup plus complexe qu’une simple coalition de pays volontaires. Une dizaine d’États peuvent se déclarer prêts à contribuer. Encore faut-il qu’ils s’accordent sur la mission qu’ils accepteront d’exercer.
Cette distinction explique la prudence des sources diplomatiques. Le projet européen est réel au stade des discussions, mais sa transformation en force opérationnelle dépend encore de décisions politiques et militaires qui n’ont pas été prises.
La France pousse le projet, mais rencontre plusieurs obstacles
Paris joue un rôle actif dans les discussions. La France cherche depuis plusieurs mois à préserver une présence internationale significative au Liban et à maintenir son implication dans le dossier du Sud. Elle travaille également au soutien de l’armée libanaise et a participé à la préparation d’un dispositif international destiné à renforcer les capacités des institutions sécuritaires.
Emmanuel Macron a notamment insisté pour que les travaux préparatoires à la conférence de soutien à l’armée et aux forces de sécurité ne soient pas retardés. Cette mobilisation française s’accompagne d’échanges étroits avec l’Italie sur l’après-Finul.
Mais plusieurs obstacles apparaissent.
Les informations disponibles font état d’une opposition israélienne à certaines formules envisagées pour le Sud. La présence française serait particulièrement sensible dans les discussions. Il serait toutefois prématuré d’en déduire qu’une composition définitive a déjà été rejetée, puisqu’aucune formule complète n’est encore arrêtée.
La position américaine constitue une autre inconnue. Washington reste un acteur indispensable pour tout mécanisme destiné à fonctionner durablement dans le Sud. Or les informations recueillies ne permettent pas de conclure à une adhésion américaine définitive au projet européen actuellement discuté.
Le temps joue également contre les négociateurs. Construire une force multinationale nécessite des accords politiques, mais aussi une préparation militaire. Il faut identifier les unités, organiser la chaîne de commandement, établir les règles d’engagement, définir les relations avec les autorités libanaises et préparer les moyens logistiques. Ces décisions ne peuvent être prises quelques jours avant une transition.
C’est précisément pour cette raison que Beyrouth cherche à accélérer les consultations.
Quel mandat pour les successeurs des Casques bleus ?
Le mandat constitue probablement la question la plus sensible.
La Finul fonctionne dans un cadre des Nations unies et en application de résolutions précises. Une force appelée à lui succéder pourrait prendre plusieurs formes. Les documents disponibles ne permettent pas encore d’identifier laquelle sera retenue.
Pour le Liban, la préférence exprimée reste celle d’une présence internationale qui aide l’armée à appliquer la résolution 1701 et à consolider l’autorité de l’État. Cette formulation permet de préserver le principe selon lequel la souveraineté appartient aux institutions libanaises. La force internationale aurait donc vocation à soutenir ces institutions, non à s’y substituer.
Toute modification importante des prérogatives soulèverait immédiatement des questions politiques internes.
Certaines prises de position libanaises ont déjà mis en garde contre une transformation de la mission internationale en force disposant de pouvoirs plus étendus dans les villages, notamment en matière de fouilles ou d’interventions directes. Ces inquiétudes montrent combien la définition du mandat peut devenir un sujet de confrontation intérieure.
Le défi consiste à trouver un équilibre entre efficacité opérationnelle et acceptabilité politique.
Une force trop limitée risquerait d’être considérée comme incapable de répondre aux attentes internationales. Une force dotée de pouvoirs beaucoup plus larges pourrait rencontrer une forte opposition au Liban et compliquer sa relation avec les populations locales.
À cela s’ajoute la question fondamentale du rapport avec l’armée. Les autorités libanaises présentent celle-ci comme le pilier du futur dispositif. La présence internationale devrait donc augmenter ses capacités et faciliter son déploiement, plutôt que créer une structure sécuritaire parallèle.
L’armée au centre de l’équation de l’après-Finul
Le commandement de l’armée insiste parallèlement sur la cohésion de l’institution et sa capacité à poursuivre ses missions malgré les pressions. Lors d’une visite au régiment des commandos à Roumieh, le général Rodolphe Haykal a mis l’accent sur l’entraînement des unités spécialisées, la résistance morale des militaires et leur rôle dans la protection de tous les Libanais.
Cette communication intervient à un moment où l’armée est appelée à assumer davantage de responsabilités.
Le futur dispositif du Sud dépendra en grande partie de ses capacités humaines, financières et matérielles. Une réduction de la présence internationale sans augmentation parallèle des moyens de l’armée créerait une difficulté évidente. Les autorités libanaises utilisent précisément cet argument dans leurs discussions avec les partenaires étrangers.
Un rapport sur les besoins de l’armée et des forces de sécurité a été présenté lors d’une réunion préparatoire organisée à Paris. Les autorités libanaises affirment avoir reçu des réactions encourageantes. Mais là encore, la transformation des engagements politiques en financements et équipements effectifs constitue l’étape décisive.
L’après-Finul est donc directement lié à la conférence de soutien à l’armée.
La logique défendue par Beyrouth consiste à associer deux éléments : une présence internationale maintenant un cadre de stabilité et une armée libanaise progressivement renforcée. L’objectif affiché est que l’État puisse exercer pleinement son autorité, sans qu’un retrait international brutal lui impose des responsabilités supplémentaires sans les moyens correspondants.
Les opérations israéliennes compliquent la préparation de la transition
La préparation d’un nouveau dispositif intervient alors que la situation sur le terrain reste instable.
Des bombardements, destructions et mouvements militaires israéliens continuent d’être rapportés dans plusieurs secteurs du Sud. Les autorités libanaises considèrent que ces opérations compromettent le retour des habitants et compliquent le travail de l’armée.
Joseph Aoun affirme également qu’Israël ne respecte pas les engagements pris dans le cadre des arrangements négociés avec la médiation américaine. Il cite notamment le maintien des opérations, les destructions de maisons, les questions relatives aux points contestés de la Ligne bleue et le dossier des détenus libanais.
Dans ces conditions, la disparition d’une présence internationale avant la stabilisation de la frontière pourrait accroître l’incertitude.
Le problème ne réside pas uniquement dans la surveillance militaire. La Finul représente également un canal de liaison entre les différentes parties. Elle contribue à traiter les incidents et à empêcher que certains événements locaux ne prennent une dimension plus importante.
Toute structure de remplacement devrait donc probablement reprendre au moins une partie de cette fonction.
La situation des populations civiles renforce encore cette nécessité. Plusieurs villages restent affectés par les destructions. La reconstruction, la remise en service des infrastructures et le retour des habitants dépendent directement de l’évolution sécuritaire. Sans cadre stable, les investissements publics et internationaux dans la reconstruction resteraient exposés à de nouvelles destructions.
Londres entre dans les consultations sur le futur dispositif
La visite d’Edward Ahlgren à Beyrouth montre que les consultations dépassent désormais le seul axe franco-italien. Le responsable britannique a discuté avec Joseph Aoun et le ministre de la Défense Michel Menassa des défis auxquels le Liban pourrait être confronté après la fin de la mission de la Finul.
La Grande-Bretagne a renouvelé son soutien à l’armée et à l’État libanais. Les discussions ont également porté sur les différentes solutions envisagées pour la période suivante.
Cette implication ne signifie pas nécessairement que Londres ait décidé de participer militairement à une future force. Les éléments disponibles ne permettent pas de l’affirmer. Elle montre en revanche que les partenaires occidentaux cherchent à anticiper les conséquences de la transition.
L’Allemagne est également concernée par les consultations. Les discussions menées à New York ont porté sur la nécessité de préserver une présence internationale dans le Sud et sur le soutien à l’armée. Chypre fait aussi partie des interlocuteurs avec lesquels le Liban examine les formules possibles.
Beyrouth cherche ainsi à construire un réseau de soutiens avant que les décisions définitives ne soient prises.
Cette diplomatie répond à une préoccupation simple : ne pas attendre la dernière échéance pour découvrir qu’aucune solution de remplacement n’est opérationnelle.
Dix pays intéressés ne font pas encore une force
L’annonce de l’intérêt d’une dizaine de pays européens peut donner l’impression qu’une solution est proche. En réalité, elle constitue seulement une première étape.
Une force internationale exige une structure politique et militaire cohérente. Les États participants doivent savoir sous quelle autorité leurs soldats seront placés. Ils doivent connaître précisément leurs missions et les risques auxquels ils seront exposés. Ils doivent également déterminer dans quelles circonstances ils pourront employer la force.
Le financement constitue un autre problème. La Finul repose sur le système des Nations unies. Une nouvelle coalition nécessiterait éventuellement un mécanisme différent. Le coût du déploiement, du transport, des bases, des équipements et du soutien logistique devra être réparti.
Le statut juridique des soldats devra également être déterminé.
Enfin, la relation avec Israël devra être suffisamment claire pour que les unités internationales puissent accomplir leur mission sans être exposées à des incidents permanents. La même exigence vaut pour leurs rapports avec les acteurs présents du côté libanais.
Ces éléments expliquent pourquoi aucun responsable ne peut encore présenter le projet européen comme une succession acquise.
Une course contre le calendrier
Le dossier de l’après-Finul devient ainsi une course contre le temps. Plus l’échéance approche sans qu’un dispositif soit défini, plus le risque d’une période de transition mal préparée augmente.
Le Liban cherche à obtenir trois garanties. La première concerne la continuité d’une présence internationale. La deuxième porte sur le soutien matériel et financier à l’armée. La troisième concerne la création de conditions sécuritaires permettant le retour des habitants et la reconstruction du Sud.
Les partenaires étrangers ont leurs propres exigences. Ils veulent connaître le rôle exact de l’armée, l’évolution du monopole des armes et la capacité des autorités à exercer leur souveraineté. Certains conditionnent également leur soutien à la poursuite des réformes économiques et administratives.
L’après-Finul devient ainsi le point de rencontre de plusieurs dossiers qui dépassent largement la mission des Casques bleus.
La discussion porte simultanément sur la frontière, l’armée, les armes, la reconstruction, les relations avec Israël et le soutien financier international.
Pour Joseph Aoun, le principe annoncé reste celui de l’absence de vide. Pour les partenaires européens, la volonté politique commence à prendre forme, mais elle doit encore être traduite en mécanisme opérationnel. Entre ces deux positions demeure une série de questions non résolues.
Le chiffre de dix pays européens intéressés constitue donc un signal politique important. Il ne constitue pas encore une garantie. Tant que le mandat, le commandement, les effectifs, les règles d’engagement et le financement ne sont pas arrêtés, le Sud reste confronté à une échéance dont les contours demeurent incertains.




