Fort du soutien du « club des anciens Premiers ministres » (formé de Najib Mikati, Fouad Siniora et Tammam Salam) et du « tandem chiite » (formé du mouvement Amal du Président du Parlement Nabih Berri et du Hezbollah) mais aussi du soutien des grandes puissances (États-Unis, France et même Russie) ainsi que de la plupart des puissances régionales (Égypte, Émirats arabes unis et même Iran et Syrie), le Premier ministre désigné Saad Hariri a voulu faire croire en la responsabilité du Président de la République  Michel Aoun et du chef du Bloc parlementaire du « Liban Fort » Gébran Bassil dans le blocage du processus de formation du gouvernement. 

Saad Hariri a prétendu que Michel Aoun et le chef du Courant patriotique libre (CPL) l’empêchaient de former un gouvernement composé d’ « indépendants » alors même qu’il laissait au tandem chiite le soin de nommer les ministres chiites et qu’il souhaitait nommer – lui le leader d’un parti politique, le Courant du Futur – tous les autres ministres. 

Il a également accusé le Président de la République et le chef du CPL de chercher à obtenir le tiers de blocage au sein du gouvernement alors même que Nabih Berri et lui s’assuraient non seulement du tiers de blocage mais tentaient même d’obtenir la majorité des ministres. 

Enfin, il a utilisé l’ « arme » confessionnelle en affirmant que Michel Aoun et Gébran Bassil ne respectaient pas les prérogatives constitutionnelles du Premier ministre – poste dévolu à la communauté sunnite – désigné alors même qu’il refusait la participation du Président de la République – poste dévolu aux chrétiens ou plus précisément à la communauté maronite – à la formation du gouvernement, l’une des deux dernières prérogatives de la fonction présidentielle, et qu’il voulait limiter le rôle du Président de la République à la signature du décret du gouvernement qu’il aurait formé seul ou en tous cas avec ses soutiens seulement. 

Voyageant plus que se réunissant avec le Président de la République et refusant de rencontrer Gébran Bassil, Saad Hariri a aussi sous-entendu que le blocage venait des négociations entre Américains et Iraniens alors qu’il attendait, en vain, le soutien saoudien.

Ayant le soutien du Hezbollah, il a laissé d’autres parler d’une « occupation iranienne » du Liban et accuser le Président de la République et le chef du bloc parlement du « Liban Fort » d’être inféodés à l’Iran et de vouloir changer l’identité du pays. 

Le conflit actuel entre les princes héritiers saoudien MBS (Mohammed ben Salmane) et émirati (Mohammed ben Zayed) gèle tout changement d’attitude du premier envers Saad Hariri qui avait demandé l’aide du second à cet effet. C’est dans ce contexte que les ambassadrices des États-Unis et de la France au Liban, respectivement Dorothy Shea et Anne Grillo, se sont déplacées en Arabie saoudite. Ce déplacement a démontré que le blocage venait de Saad Hariri et de l’Arabie saoudite ainsi que du refus du royaume wahhabite d’accorder sa bénédiction au Premier ministre désigné qui détient la nationalité saoudienne. 

Le blocage n’est donc pas causé par Michel Aoun et Gébran Bassil. Il n’est même pas vraiment interne malgré Saad Hariri mais véritablement externe (l’Arabie saoudite), tout cela au détriment du Liban… 

Le patriarche maronite Béchara Raï a tenté le grand écart en affirmant que « personne ne se préoccupe autant du Liban que le Président de la République » et que « l’Arabie saoudite n’a jamais violé la souveraineté du Liban » dans le but d’accélérer la formation du gouvernement et que le pays puisse sortir de la crise économique et financière. 

Pourtant, il se dit que Saad Hariri pourrait se récuser : à l’approche des élections législatives (mai 2022), il craint de payer cher dans les urnes des décisions impopulaires qu’un gouvernement qu’il dirigerait aujourd’hui aurait à prendre comme par exemple lever les subventions, restructurer le secteur bancaire et négocier avec le Fonds monétaire international (FMI). 

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