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A l’occasion de l’escapade de son ex Premier ministre à Paris, le président Michel Aoun a reporté d’une semaine les consultations sur le choix du Premier ministre pour permettre plus de « délibérations » auprès des édiles libanaises.

Saad Hariri se trouvait-il à bord de l’avion de la Middle East Airlines qui roulait au-dessus de cette voie rapide inondée sous l’aéroport Rafik Hariri ?

On y trouvait pêle-mêle, voitures noyées, piétons en perdition et même un surfeur avec sa planche.

Ces « premiers de cordée », si chers à son ami Emmanuel, bénéficiaient probablement du « ruissellement » venu d’en haut. Emmanuel l’attendait à Paris pour parler argent.

Les deux hommes sont sous pression. Emmanuel en sa capitale, assiégée par des manifestations à répétitions pour des retraites décentes et Saad démissionné par des manifestations en quête de changement de système. Ses pairs, tous courant politique et religieux confondus continue à voir en lui le sauveur suprême pour ramener dans sa hotte les 11 milliards d’aides internationales.

Une aide que lui concéderaient volontiers ses créditeurs, France en tête. Il est sommé de trouver un Premier ministre avec un gouvernement pour recevoir ce cadeau tout en imposant la pilule de l’austérité à un pays déjà au bord de l’asphyxie économique. Une mise sous la tutelle des organismes internationaux, comme le FMI, n’est plus une hypothèse mais une réalité qui se met doucement en place. Verra-t-on un Yánis Varoufákis dans ce gouvernement pour en discuter l’application ou la sévérité ? La réponse tient à l’unanimité des partis à accepter cette aide et les conditions qui y sont rattachées.

Matinaux, nos responsables se sont réunis ce mercredi matin avec des airs sévères et contrits sous la présidence d’Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Le raout est sponsorisé par un machin intitulé « Groupe International de Soutien ». Emmanuel est inquiet. Il a laissé Edouard, son premier ministre, le soin « d’expliquer » le plan de retraites. Ce n’est pas une sinécure. Sous les fenêtres de la salle de conférence, des Libanais tiennent des pancartes pour dénoncer ce sommet qui ne répond en rien aux revendications des manifestations au Liban. Il distribue les fonds à ceux-là mêmes dont le départ est exigé par la population en colère.

Dans l’après-midi, Jean-Yves Le Drian égrène un communiqué sur un ton laconique : « Remettez de l’ordre dans le pays, formez un gouvernement avec un Premier ministre et notre aide vous parviendra ».

Au Liban le mouvement et les grèves continuent. En soirée, des échauffourées entre manifestants, soldats et policiers puis des affrontements avec les nervis du Hezbollah et Amal. Après quelques tentes renversées, soldats et policiers dispersent les nervis à coups de gaz lacrymogène. Le calme est revenu au centre-ville. La procureure du Mont Liban Ghada Aoun a reçu une manifestation près de son domicile. Elle réclamait la libération de manifestants sous les verrous. Les camps palestiniens sont mobilisés contre Jérusalem, capitale de l’État israélien.

Une bonne nouvelle. Le gouvernement américain livre du matériel militaire à l’armée libanaise retenue depuis plusieurs mois. Le président Aoun a reçu une délégation militaire britannique en grande pompe. Elle le conforte dans son soutien aux forces armées libanaises.

Le Petit Journal, organe des expatriés français et des francophones au Liban vante sur sa page en ligne, la visite des marchés de Noël les plus prisés au Liban.

Malgré son intérim le ministre du Travail, Kamil Abou Sleiman, a choisi de rester au pays. Il travaille sur une loi pour « protéger » les salariés. Surprenant pour un spécialiste de la restructuration de dettes et des Eurobonds.

Mais « La vie est ailleurs », dit la chanson de Cyril Mokaish.

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