À en croire les déclarations de Monsieur Jean Yves le Drian, Ministre des Affaires Étrangères, ce dimanche 15 avril dans le journal du 20h de TF1, des images et des vidéos suffisent à conclure à l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien de Bachar al Assad sur l’enclave rebelle de la Ghouta Est.

À en croire Jim Mattis, secrétaire d’état américain à la défense, il y a eu utilisation d’armes chimiques en raison de preuves avancées par les médias. Les sources américaines pensent que du Chlore et du Sarin ont été utilisés. « Penser », c’est-à-dire que cela n’a pas été prouvé. Cela n’est pas une preuve scientifique et concluante mais une présomption, une hypothèse de travail qui ne peut justifier en tant que telle une action militaire.

Mais l’opinion publique doute et est divisée, alors que la France, les États-Unis se sont lancés dans la nuit du samedi 14 avril dans une opération de bombardements de cibles en Syrie impliquées dans le programme d’armes chimiques. Les autorités de ces pays nous mettent en garde contre une possible manipulation de l’opinion publique mais cette opinion publique a le droit et le devoir de douter de ces faits qui ne sont pas prouvés de manière scientifique.

Ces responsables aujourd’hui sont bien en peine de justifier une opération militaire de grande envergure estimant que toute opinion contraire est une fake news. Il est vrai qu’ils sont passés maitres dans cet art de véhiculer de fausses informations. Mais l’opinion publique doute et doute à raison.

Elle doute à raison d’autant plus qu’elle a été abreuvée durant bien des années par des Fakes News véhiculées par nos propres responsables politiques occidentaux. Nous avons bien en tête les déclarations de Colin Powell, secrétaire d’état américain du Président Georges Bush, devant l’ONU brandissant une fiole de Plutonium, le 5 février 2003: « il ne fait aucun doute que Saddam Hussein possède des armes biologiques et la capacité de produire rapidement plus, beaucoup plus« . Ces déclarations avaient servi à justifier une guerre.

Face aux déclarations de Colin Powell, reviennent en écho ces extraits du discours de Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères de la France devant ce même Conseil de Sécurité de l’ONU toujours en 2003:
« Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime irakien. (…)
un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité. (…)
Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec.« 

Aujourd’hui, le Monde est sous la sanction de cet échec. Les opérations militaires menées contre l’Irak, la Libye, la Syrie sous divers prétextes n’ont pas abouti à un monde plus sûr ou plus stable. Bien au contraire. Les menaces n’ont jamais été réelles qu’aujourd’hui.

Cette justification par des preuves aujourd’hui considérées sans nulle doute possible de la guerre du Golfe a, certes fait couler beaucoup de sang, justifiant une intervention en Irak qui a permis l’émergence et le développement sans pareil d’organisations terroristes. Colin Powell lui-même avait admis avoir été manipulé en 2011, demandant à la CIA et au Pentagone des explications sur ces fausses informations qu’il a véhiculé, se sentant responsable de la suite des évènements. Ces explications n’ont jamais été fournis au Public qui jusqu’à aujourd’hui en veut à ces gouvernants d’alors de l’avoir manipulé.

On se souviendra de la manipulation de l’opinion publique également contre cet Irak en 1990, avec le scandale des couveuses, ou encore les manipulations de certains cercles de pouvoir en vue de déclarer des guerres dont on paye aujourd’hui le prix au Proche et Moyen-Orient.

Toujours du discours du Ministre des AF Dominique de Villepin, une guerre « renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits« . Nous sommes bien loin des justifications maladroits de son successeur Jean Yves le Drian. Il aurait mieux valu qu’il s’inspire de l’époque où la France avait une voix qui portait auprès des peuples de la région et non des gouvernants. C’est parce qu’on n’a pas écouté cette France précisément que beaucoup d’erreurs se payent aujourd’hui au prix fort.

C’est justement ce sentiment d’injustice qui s’est développé auprès des opinions des pays arabes qui ont amené à plus de sensibilité à des idées extrêmes contre l’Occident dont Daesh est aujourd’hui l’héritière et qui frappe jusqu’au cœur de nos pays. On est bien placé au Liban pour vous dire que nous avons perdu le sentiment d’une justice internationale impartiale au profit d’intérêts différents de celui des peuples.

À force de crier au loup, on ne finit plus par croire.

Les attaques contre la Syrie, si elles divisent autant l’opinion publique des pays ayant pourtant menés cette opération, c’est avant tout que, l’opinion publique se lasse des mensonges qui viennent à justifier la mort de personnes. Elle est devenue comme Saint Thomas, l’Apôtre, elle demande à voir pour y croire mais non à voir des images.

Cette opération est d’autant plus indigne qu’on se base sur des images qui peuvent être manipulées, sur des preuves qui ne sont pas factuelles. Il aurait été préférable d’avoir une approche scientifique, avec des prélèvements sur le terrain. Cela été d’autant plus nécessaire qu’une équipe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques allait se rendre sur place et jouit de toute la faculté pour affirmer ou infirmer qu’un tel acte ait été réellement conduit.

L’opinion publique est bien loin de croire que le régime syrien est un régime exemplaire en terme de démocratie et de respect de l’individu. Bien loin de cela. Mais plus encore, notre déception est celle d’avoir le sentiment qu’on nous ment, qu’on cherche à nous manipuler, à nous faire accepter des faits qui ne sont pas prouvés et qu’on agit sans attendre le résultat d’une enquête. Ce n’est pas une justice. L’opinion publique exige des preuves qui sont sans l’ombre d’un doute, une preuve concluante et scientifique contre ces Fake News qui soit imparable. Ce n’est pas ce sentiment que nous avons dans cette affaire.

Mais peut-être que dans cette affaire, demander de part et d’autres des preuves sur des faits et non des présomptions, c’est trop demander. Vérité elle-même peut en être la victime alors qu’il y là, le fondement même de la Justice.

Nous voulons bien croire mais croire à raison et non à tort.

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