L’ambassade des États-Unis à Beyrouth a livré jeudi 10 septembre un message particulièrement direct sur les armes du Hezbollah et le contrôle du sud du Liban. Washington affirme que les Libanais préfèrent les institutions de l’État aux armes du parti chiite et que le territoire méridional du pays « n’appartient pas » aux milices ou aux acteurs régionaux. Cette prise de position intervient au lendemain d’une mise en garde inhabituelle de l’armée libanaise contre l’intensification des attaques israéliennes, accusées de compromettre ses efforts pour rétablir la stabilité.
La déclaration américaine ne constitue pas seulement une nouvelle condamnation des armes du Hezbollah. Sa formulation place directement la souveraineté territoriale du Liban et le rôle de l’armée au centre du rapport de force actuel. Washington soutient ainsi publiquement le principe selon lequel les décisions de guerre et de paix doivent relever exclusivement de l’État libanais, au moment où les combats dans le Sud fragilisent les arrangements conclus en juin.
Washington durcit son message sur le Hezbollah
Dans un message publié jeudi sur la plateforme X, l’ambassade américaine à Beyrouth affirme que les Libanais montrent quotidiennement leur préférence pour les institutions de l’État plutôt que pour les armes du Hezbollah.
La représentation américaine ajoute que le sud du Liban « n’appartient pas aux acteurs régionaux ou aux milices ». Une référence transparente à l’Iran et au Hezbollah, soutenu politiquement, financièrement et militairement par Téhéran.
Washington dit soutenir les communautés qui font le choix des institutions publiques ainsi que le gouvernement libanais dans son objectif déclaré de rétablir sa souveraineté. Les États-Unis placent l’armée libanaise au cœur de ce dispositif et réaffirment que les décisions de guerre et de paix doivent appartenir exclusivement à l’État.
Le vocabulaire choisi est significatif. Les États-Unis ne présentent plus seulement le désarmement du Hezbollah comme une obligation sécuritaire découlant des arrangements conclus avec Israël. Ils l’inscrivent dans une opposition politique entre deux modèles : celui d’un territoire placé sous l’autorité des institutions libanaises et celui où une organisation armée conserve une capacité militaire indépendante.
La mention spécifique du Sud n’est pas anodine. C’est précisément dans cette région que se joue actuellement la mise en œuvre du dispositif négocié en juin. L’armée doit progressivement y exercer son autorité tandis que les infrastructures militaires du Hezbollah doivent être démantelées et que les forces israéliennes sont censées se retirer dans le cadre des arrangements convenus.
Or ce mécanisme reste largement bloqué.
Le sud du Liban au cœur du bras de fer
La déclaration américaine intervient dans une situation militaire très dégradée.
Ces derniers jours, Israël a considérablement intensifié ses opérations dans le sud du Liban. Les frappes ont touché plusieurs localités et infrastructures. Lundi 7 septembre, des bombardements sur Kfar Remmane, dans le secteur de Nabatiyé, ont fait au moins douze morts, parmi lesquels deux enfants et quatre femmes, selon les autorités libanaises.
Israël affirme viser des membres du Hezbollah, des dépôts d’armes et des infrastructures militaires. Le Hezbollah a de son côté mené plusieurs attaques de drones contre les forces israéliennes.
La confrontation s’est particulièrement concentrée autour de la crête stratégique d’Ali al-Taher, près de Nabatiyé. L’armée israélienne a annoncé début septembre avoir pris le contrôle opérationnel du secteur et neutralisé des combattants ainsi qu’un réseau souterrain utilisé par le Hezbollah. L’étendue exacte du contrôle israélien reste toutefois difficile à établir indépendamment.
Le site possède une importance qui dépasse sa géographie. Washington souhaitait que le Hezbollah le remette à l’armée libanaise dans le cadre du processus de désarmement. Le mouvement chiite s’y est opposé.
Cette situation illustre la difficulté centrale du dispositif actuel : l’État libanais est appelé à reprendre le contrôle militaire du territoire, mais il doit le faire alors que le Hezbollah conserve des armes et qu’Israël poursuit ses opérations sur le sol libanais.
Le message publié jeudi par l’ambassade américaine intervient précisément au milieu de cette contradiction.
L’armée libanaise accuse Israël d’entraver sa mission
La veille, mercredi 9 septembre, le commandement de l’armée libanaise avait publié une déclaration particulièrement ferme contre Israël.
L’institution militaire a dénoncé une nouvelle vague d’attaques « vastes » contre le Liban et l’intensification des frappes visant les zones résidentielles et les institutions. Elle a notamment cité les douze morts de Kfar Remmane.
Surtout, l’armée a directement établi un lien entre les opérations israéliennes et les difficultés rencontrées pour appliquer les arrangements en vigueur.
Selon son commandement, la poursuite des attaques, parallèlement aux destructions et démolitions dans le Sud, menace les « ententes et arrangements existants » et entrave les efforts de l’armée pour établir la stabilité.
Cette position est importante car elle introduit une deuxième responsabilité dans le blocage actuel.
Washington concentre sa déclaration de jeudi sur le Hezbollah et la nécessité de rendre à l’État le monopole des armes. L’armée libanaise répond, de son côté, qu’elle ne peut accomplir pleinement sa mission tant qu’Israël poursuit ses frappes et ses opérations sur le territoire national.
Les deux affirmations ne sont pas nécessairement contradictoires. Elles décrivent toutefois les deux obstacles qui paralysent le dispositif : le maintien d’une capacité militaire autonome du Hezbollah et la poursuite des opérations israéliennes.
Pour Beyrouth, cette équation est politiquement sensible. Le gouvernement s’est engagé à renforcer le monopole de l’État sur les armes. Mais il doit également démontrer que ce processus conduit à une restauration effective de la souveraineté, donc à la fin des opérations et de la présence militaires israéliennes sur le territoire libanais.
Washington mise sur l’armée libanaise
La référence explicite de l’ambassade américaine aux Forces armées libanaises confirme la place que Washington leur attribue dans l’après-guerre.
L’objectif américain est de faire de l’armée la seule force militaire légitime capable de contrôler durablement le territoire. Cette logique est directement liée au désarmement du Hezbollah.
Elle suppose cependant que l’armée puisse effectivement se déployer dans les zones concernées.
L’accord-cadre conclu en juin prévoit une progression parallèle : démantèlement des capacités militaires du Hezbollah, déploiement de l’armée libanaise et retrait progressif des forces israéliennes. Dans les faits, cette synchronisation fonctionne difficilement.
Le Hezbollah refuse toujours un désarmement général. Le mouvement s’est montré disposé à discuter de ses armes au sud du Litani, mais rejette jusqu’ici les demandes portant sur l’ensemble du territoire libanais.
Israël considère cette position comme insuffisante. Son ministre de la Défense, Israel Katz, a affirmé que les forces israéliennes ne quitteraient pas la zone de sécurité tant que le Hezbollah ne serait pas désarmé dans l’ensemble du pays et que les menaces contre le nord d’Israël ne seraient pas éliminées.
Le Liban se retrouve ainsi pris dans une logique conditionnelle : Israël lie son retrait au désarmement du Hezbollah, tandis que le désarmement devient politiquement plus difficile à imposer lorsque des forces israéliennes restent présentes et poursuivent leurs frappes.
C’est précisément cette mécanique que l’armée libanaise a dénoncée mercredi en affirmant que l’escalade israélienne entravait ses efforts.
La souveraineté devient le centre du discours américain
Le message de jeudi permet aussi de mesurer l’évolution du discours de Washington.
Les États-Unis ne parlent plus seulement de sécurité à la frontière ou de respect d’un cessez-le-feu. Ils mettent en avant le principe d’une souveraineté libanaise exercée par les institutions de l’État.
La question des armes du Hezbollah est ainsi replacée dans celle, plus large, du monopole de la décision militaire.
La formule sur les « décisions de guerre et de paix » possède au Liban une portée politique particulière. Depuis des années, les adversaires du Hezbollah lui reprochent de pouvoir engager le pays dans une confrontation avec Israël sans décision préalable du gouvernement.
Les événements de 2026 ont donné une nouvelle dimension à ce débat. Les hostilités déclenchées en mars ont entraîné une offensive israélienne de grande ampleur et de lourdes destructions au Liban. Plus de 4 300 personnes ont été tuées depuis mars selon les chiffres du ministère libanais de la Santé, qui ne distingue pas systématiquement civils et combattants.
Le cessez-le-feu de juin a fortement réduit les combats, sans les arrêter.
Pour Washington, empêcher un nouveau cycle de guerre suppose donc que l’État contrôle non seulement le territoire, mais également la décision d’utiliser la force.
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’affirmation selon laquelle le Sud ne peut appartenir ni à une milice ni à une puissance régionale. Elle vise le Hezbollah, mais aussi le lien stratégique qui unit le mouvement à l’Iran.
Une pression américaine qui rencontre ses propres limites
Le soutien américain à l’État libanais se heurte cependant à une difficulté immédiate : Washington est simultanément le principal partenaire extérieur capable d’exercer une influence significative sur Israël.
Le président Joseph Aoun a déjà demandé aux États-Unis et à la communauté internationale d’intervenir pour faire cesser les attaques israéliennes. L’armée formule désormais publiquement le même problème sous un angle opérationnel : les frappes empêchent la stabilisation qu’elle est chargée d’assurer.
Cette question devient d’autant plus pressante que les violences se sont intensifiées depuis le début de septembre.
Pour convaincre une partie de la population du Sud que le remplacement des armes du Hezbollah par l’autorité de l’État apporte davantage de sécurité, le gouvernement doit pouvoir montrer que son déploiement entraîne effectivement une réduction des attaques et un retrait israélien.
Dans le cas contraire, le Hezbollah peut exploiter la poursuite des bombardements pour défendre son argument traditionnel : l’État et son armée ne seraient pas capables, seuls, de protéger le territoire.
C’est probablement l’un des enjeux les plus importants de la séquence actuelle.
Le message américain affirme que les habitants veulent l’État plutôt que les armes du Hezbollah. Pour transformer cette affirmation politique en réalité durable, Washington doit donc soutenir la capacité de l’armée libanaise à prendre le contrôle des zones concernées, tandis que Beyrouth doit avancer sur le monopole des armes.
Israël, de son côté, affirme que ses opérations resteront nécessaires aussi longtemps que le Hezbollah conservera des capacités militaires et continuera d’attaquer ses forces.
Ces positions forment aujourd’hui un cercle difficile à briser.
La déclaration de l’ambassade américaine du 10 septembre fixe néanmoins clairement la ligne de Washington : le sud du Liban doit revenir sous l’autorité exclusive de l’État, l’armée doit en être l’instrument militaire et aucune organisation soutenue par une puissance étrangère ne doit conserver un droit autonome de décider de la guerre.
L’évolution immédiate dépendra désormais du terrain. Après l’avertissement public lancé mercredi par l’armée libanaise, la capacité de Washington à obtenir une réduction des opérations israéliennes sera observée aussi attentivement que les mesures prises par Beyrouth concernant les armes du Hezbollah.



