Le président absolu de la Chambre des députés au Liban, le seul et unique Nabih Berry, a annoncé il y a quelques jours l’ajout de quatre ou cinq projets de lois à l’ordre du jour de la séance parlementaire du mardi 12 octobre, « comme le souhaite le réel mouvement civil » selon ses propres dires.

Les 128 protagonistes de l’hémicycle libanais discuteront ainsi du « projet de loi relatif à la lutte contre la corruption, la proposition de loi sur la création d’un tribunal spécial pour juger les crimes financiers, le projet de loi sur les pensions de retraite et la loi revêtue du caractère de double urgence sur l’amnistie générale ».

Définissons d’abord ce que l’on entend par Amnistie

Selon la définition du Larousse, c’est « un acte du législateur qui efface rétroactivement le caractère punissable des faits auxquels il s’applique. (Selon le cas, l’amnistie empêche ou éteint l’action publique, annule la condamnation déjà prononcée ou met un terme à l’exécution de la peine. Les peines amnistiées ne figurent plus au casier judiciaire.) ».

Dans le cas du Liban, sur le plan légal, c’est un acte qui est cité dans la Constitution, il est indiqué dans l’article 53 que le Président de la République peut accorder la grâce par décret, mais l’Amnistie ne peut être accordée que par une loi. Cette loi, comme toute autre loi et tel que le précise l’article 51, est promulguée par sa personne après son approbation par la Chambre des députés, Lle président ne peut les modifier ni dispenser de se conformer à leurs dispositions.

L’Amnistie, est un terme emprunté du grec amnêstia, de amnêstos, « oublié ». Donc l’Aministie est le fait d’imposer l’oubli sur tout ce qui a été commis contre la loi. Donc c’est une indulgence plénière vis-à-vis de toute personne jugée coupable pour crime, quelque soit ce crime, sans que cette dernière ne fasse preuve de repentir ou de résipiscence. Avec pour bonus un « lavage » du casier judiciaire.

Amnistie ou Amnésie ?

Le prix à payer pour une sortie d’une guerre où personne n’a pu crier victoire a été l’imposition de la loi d’amnistie générale proclamée contre tous les crimes commis avant le 28 mars 1991, dans la réalité libanaise alors placé sous tutelle syrienne par les accords de Taëf, avec une absence évidente de liberté et de démocratie. L’Amnistie n’est pas une solution, c’est une hérésie absurde qui se veut comme une condition en vue de la réconciliation et d’un vivre ensemble.

Ce fut une erreur flagrante. Une erreur qui a permis à des saigneurs de guerre comme Nabih Berri et Walid Joumblatt de perdurer en tant que chefs de file jusqu’à nos jours. Une erreur qui a passé l’éponge sur les crimes de Elie Hobeika devenu ministre avant d’être liquidé par la suite. Une erreur qui a incarcéré Samir Geagea mais qui l’a permis de revenir sur la scène politique par une même loi d’amnistie quelques années plus tard. Une erreur qui a aussi permis le retour à la pratique de la politique de deux personnes jadis à la tête de l’Etat, l’un en tant que Président et l’autre en tant que chef du gouvernement, Amine Gemayel et Michel Aoun, et qui avaient fait preuve d’un échec tonitruant quant à la gestion du pays, chacun à sa façon.

Bref, une amnistie qui incarne royalement tout son sens quant à son étymologie grecque : L’oubli. Pire, l’amnésie. Une amnésie qui a esquinté, paralysé, écrasé et broyé la mémoire et la dignité du citoyen libanais. Le transformant réellement en un mouton de Panurge qui a accepté de suivre ces mêmes bouchers qui l’ont conduit maintes fois à l’abattoir. Amnésie imposée qui a dévêtu toutes les sommités de la guerre de leur manteau ensanglanté par les âmes des plus faibles, et qui leur a donné à nouveau une virginité immaculée, parce que le devoir de mémoire a été banni et fui comme la peste.  

L’Amnistie absolue aujourd’hui : Une énième hérésie d’amnésie générale

Qu’ils sont doux et ingénus ces petits politicards qui se plient à la volonté du peuple en colère et acceptent effectivement de discuter des revendications du peuple durant la prochaine session parlementaire. Parler du dossier de la corruption et le faire suivre par la loi d’amnistie ne l’annule pas seulement, mais empire la situation dans laquelle on se trouve.

Il n’y a pas seulement anguille sous roche, mais toute une population d’anguilles. Le texte proposé est rédigé d’une manière embrouillée, mettant en avant le principe d’impunité, amnistiant non seulement la catégorie de personnes que les islamistes revendiquent depuis un certain temps – chose absolument indésirable par la plupart des Libanais – mais également toute une camarilla de bandits et d’escrocs :

  • les barons de la drogue (du consommateur au dealer, du trafiquant au cultivateur), les fraudeurs fiscaux en tout genre, les magouilleurs, les corrompus, les falsificateurs, les aficionados de pots-de-vin, les responsables de détournements de fonds publics, les auteurs de faux contrats, mais aussi les criminels, les meurtriers, les assassins, les terroristes, et tous ceux qui sont impliqués activement ou passivement dans de tels crimes, en plus des personnes impliquées dans des cas de viol, de violence conjugale, de pédophilie, et la liste est vraiment très longue.

Avec cette nouvelle hérésie maquillée sous le terme d’Amnistie, c’est une nouvelle ère d’injustice et d’éclatement sociaux qui voit le jour. Les lois d’Amnistie au Liban stimulent le principe d’impunité, fléau qu’a subi et continue de subir tous les Libanais, et dans tous les domaines.

Rien que les attaques successives contre l’Armée libanaise, depuis les incidents de Deniyé en janvier 2000, dont les criminels ont été amnistiés avec la sortie de Geagea de prison, jusqu’à la dernière attaque perpétrée à Tripoli en juin 2019, ces attaques prouvent qu’à cause de la loi d’Amnistie et surtout à cause des criminels toujours en liberté (contre quelques-uns détenus), les atteintes à l’Armée qui est synonyme de Patrie et d’Etat libanais, ne se sont jamais arrêtées.

Un Non catégorique à cette loi néfaste

Une énième hérésie, telle est cette loi sur mesure que la classe politique est en train de voter pour amnistier des gens comme Saniora, Berri, Mikati, Bassil, Joumblatt, etc. Une loi contraire aux lois en vigueur jamais appliquées concernant la luttre contre la corruption. Une loi que l’on approuve en quelques jours alors que des procès contre les corrompus sommeillent depuis des années dans les tiroirs des juges à leur tour corrompus.

On ne saura le répéter, cette loi a des conséquences néfastes sur tous les plans. Outre le fait qu’elle va laver et nettoyer les casiers judiciaires de plusieurs, elle va surtout permettre aux escrocs de la classe politique à éviter le sort qui leur devrait être subir : des procès intentés contre toutes leurs manœuvres politiques puant la corruption et la trahison contre l’Etat libanais.

Tous les exemples à l’appui ne peuvent être cités et détaillés dans ce petit papier, mais il a été net clair et précis que l’amnistie n’a jamais fait du bien au pays. Elle a gardé un certain sentiment de doux-amer teint d’une rancune irrémédiable tant que les esprits n’ont pas pu se débarrasser de la rage et de la haine envers l’autre qui a causé du tort. Et ceci ne peut être accompli que par un exercice de justice correct et non soumis à n’importe quel facteur politique. Pour ce fait, il faut taire et ôter la légitimité de la classe politique et de tous ceux qui, de près ou de loin, collaborent avec. Raison pour laquelle cette révolution ne doit pas s’éteindre, et doit nous mener droit à une vraie réconciliation qui n’a pas été faite dans la période post-guerre civile, mais qui est en plein cours depuis le 17 octobre 2019.

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