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Liban : 5 000 dollars pour des députés prorogés

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Les députés libanais doivent percevoir environ 5 000 dollars par mois à partir de septembre 2026, contre près de 3 000 dollars auparavant, grâce notamment à une augmentation des ressources du fonds d’entraide de la Chambre financée par le Trésor. La hausse, proche de 67 %, intervient alors que la législature issue du scrutin du 15 mai 2022 aurait dû être remise en jeu en mai 2026, mais que le Parlement a voté le 9 mars une prolongation de deux ans de son propre mandat, repoussant les élections à 2028. Le contraste est d’autant plus marqué que le salaire minimum privé reste proche de 312 dollars par mois, que les fonctionnaires et retraités dépendent encore de multiples et d’aides temporaires, et que les principales réformes bancaires, fiscales et institutionnelles promises depuis l’effondrement de 2019 restent inachevées. Les 5 000 dollars ne représentent en outre pas tout le statut matériel des élus : la base internationale disponible indique que les salaires et indemnités parlementaires ne sont pas soumis à l’impôt sur le revenu, que les députés peuvent conserver des activités rémunérées extérieures et que le Parlement fixe lui-même le niveau de certaines allocations. Dans un pays où les mêmes élus votent le budget, modifient leur propre mandat et légifèrent sur des secteurs auxquels plusieurs d’entre eux restent économiquement liés, la décision ravive la question des conflits d’intérêts et de la responsabilité politique.

Le chiffre de 5 000 dollars ne correspond pas à un simple salaire de base adopté publiquement sous cette forme. Le système de rémunération parlementaire combine un traitement, des ajustements liés à la crise et des prestations provenant du fonds d’entraide de la Chambre. Selon les informations diffusées début août, l’augmentation doit être rendue possible par un transfert de crédits publics vers ce fonds. Ce détour budgétaire ne change pas l’origine économique de la dépense : elle repose sur les finances de l’État.

Le coût supplémentaire reste modeste à l’échelle du budget. Une hausse d’environ 2 000 dollars mensuels appliquée aux 128 députés représente théoriquement un peu plus de 3 millions de dollars par an. Le Liban ne résoudrait évidemment ni sa crise bancaire ni son déficit public en supprimant cette somme. L’enjeu est ailleurs. Depuis sept ans, les citoyens entendent que chaque hausse salariale, chaque remboursement et chaque réforme doit attendre des recettes suffisantes, des audits ou un accord politique. La rapidité avec laquelle les revenus parlementaires peuvent être restaurés contraste avec cette lenteur générale.

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Une Chambre qui a prolongé elle-même son mandat

Le calendrier est central. Les élections législatives devaient avoir lieu en mai 2026. Le 9 mars, alors que la guerre régionale s’intensifiait et que le Liban subissait de lourds bombardements israéliens, le Parlement a adopté une prolongation de deux ans de son mandat. Soixante-seize députés ont voté pour, 41 contre et quatre se sont abstenus. Les élections ont donc été repoussées à 2028.

Les circonstances sécuritaires étaient graves. Des centaines de milliers de personnes avaient été déplacées et plusieurs régions du pays étaient touchées. Il serait donc simpliste de présenter le report comme un acte dénué de toute justification. Mais le conflit d’intérêts institutionnel demeure : les bénéficiaires immédiats de la prolongation sont aussi ceux qui ont disposé du pouvoir de la voter.

Le mandat parlementaire reste juridiquement valable. Il serait inexact de dire que les députés siègent sans base légale. En revanche, leur mandat politique initial devait être soumis à nouveau au vote des citoyens en mai 2026. Cette échéance a été repoussée par la Chambre elle-même. C’est cette distinction qui rend la revalorisation salariale plus sensible.

Une règle plus protectrice aurait pu prévoir qu’une hausse importante des rémunérations ne s’applique qu’à la législature suivante. Les élus auraient alors pu juger nécessaire d’augmenter le salaire parlementaire sans être certains d’en bénéficier eux-mêmes. L’application dès septembre produit au contraire l’effet opposé : les membres d’une Chambre prorogée reçoivent directement l’augmentation.

Le salaire minimum privé est fixé à 28 millions de livres. Au taux proche de 89 500 livres pour un dollar, cela représente environ 312 dollars. Le revenu parlementaire annoncé atteint donc près de seize fois ce plancher.

Une personne payée au minimum devrait travailler environ seize mois pour atteindre l’équivalent d’un mois à 5 000 dollars. Sur une année, son revenu minimum représente environ 3 744 dollars, soit moins que la rémunération mensuelle annoncée pour un député.

La comparaison ne signifie pas qu’un parlementaire devrait percevoir le salaire minimum. Une indemnité suffisante protège aussi la démocratie : elle doit permettre à des personnes qui ne disposent pas d’une fortune personnelle d’exercer un mandat. Mais cet argument suppose que la rémunération soit transparente et que les élus ne puissent pas compenser un salaire faible par des intérêts privés ou des revenus extérieurs susceptibles de créer des dépendances.

Or les données de l’Union interparlementaire indiquent que les députés libanais peuvent conserver une activité rémunérée en dehors du Parlement. Ils doivent déclarer les revenus liés à ces activités, mais la possibilité de cumuler mandat et activité privée reste ouverte. Le problème n’est donc pas seulement le montant versé par l’État. Il porte sur l’ensemble des intérêts économiques qu’un élu peut conserver pendant qu’il vote des lois affectant ces mêmes secteurs.

Un avantage fiscal rarement rappelé

La comparaison salariale devient encore plus délicate lorsqu’on regarde la fiscalité. Les dernières données détaillées communiquées à l’Union interparlementaire indiquent que les députés libanais ne paient pas d’impôt sur le revenu sur leur salaire parlementaire et que leurs allocations ne sont pas non plus soumises à cet impôt.

Ces informations sont historiques et la base internationale n’a pas été entièrement actualisée après les bouleversements monétaires récents. Elles montrent néanmoins une caractéristique importante du statut parlementaire : le traitement fiscal des revenus des élus ne correspond pas nécessairement à celui d’un salarié ordinaire.

Un salaire de 5 000 dollars exonéré n’a pas la même valeur nette qu’un revenu professionnel de 5 000 dollars soumis à l’impôt. Cette différence devrait être explicitement présentée dans tout débat sur la rémunération parlementaire.

La Chambre publie très peu d’informations consolidées permettant de connaître immédiatement le traitement brut, les allocations, leur régime fiscal et leur coût total. L’Union interparlementaire note d’ailleurs qu’aucune information détaillée sur les salaires et indemnités n’est disponible sur le site parlementaire. Dans un contexte de défiance, cette opacité devient elle-même un problème.

Le Parlement fixe aussi ses propres allocations

L’Union interparlementaire indique également que le Parlement détermine le montant des allocations versées à ses membres, par l’intermédiaire du Bureau de l’Assemblée. Cette donnée est importante pour comprendre le conflit d’intérêts.

Le pouvoir législatif ne se contente donc pas de recevoir un salaire fixé de manière entièrement extérieure. Il dispose d’un rôle institutionnel dans la détermination d’une partie des avantages financiers de ses membres.

Ce fonctionnement n’est pas unique au Liban. Dans de nombreuses démocraties, les assemblées disposent d’une autonomie budgétaire. Mais cette autonomie est généralement compensée par des règles précises, une transparence élevée, des contrôles indépendants ou une entrée en vigueur différée des hausses.

Au Liban, la difficulté vient de l’addition de plusieurs éléments : le Parlement intervient sur son propre mandat, fixe certaines allocations, vote le budget de l’État et bénéficie des ressources ainsi votées. La concentration de ces fonctions ne prouve pas une illégalité, mais elle appelle des garde-fous beaucoup plus forts.

Des avantages qui ne s’arrêtent pas au versement mensuel

La rémunération parlementaire doit également être distinguée du statut global attaché à la fonction. Historiquement, les élus et anciens élus ont bénéficié de dispositifs de protection et de compensation qui ont régulièrement suscité des critiques, notamment sur les pensions et prestations postérieures au mandat.

Avant la crise, le coût annuel des anciens présidents, anciens députés et familles de responsables décédés était estimé à environ 20 millions de dollars. Cette dépense concernait quelque 210 anciens présidents ou parlementaires et les familles de plus d’une centaine de responsables décédés. Elle illustre un système dans lequel le coût d’un mandat pouvait continuer bien après la sortie de la Chambre.

Il faut éviter de transposer mécaniquement les montants de 2019 à 2026 : l’effondrement de la livre a profondément modifié leur valeur réelle et plusieurs règles ont pu évoluer. Mais le principe reste pertinent. Le coût public d’un député ne se mesure pas uniquement au salaire du mois en cours.

Sur les avantages en nature, la documentation publique récente est paradoxalement limitée. La base de l’Union interparlementaire confirme qu’un bureau est mis à disposition au Parlement, mais ne répertorie ni logement, ni personnel personnel financé par la Chambre, ni allocation générale de circonscription. Les anciennes exemptions douanières et d’immatriculation sur les véhicules des députés ont, elles, été officiellement supprimées par le gouvernement en 2019. Les présenter comme un avantage fiscal actuel serait donc inexact.

Cette difficulté documentaire renforce plutôt la nécessité d’une publication annuelle consolidée. Le citoyen devrait pouvoir connaître le coût total de chaque mandat, les prestations effectivement financées et les avantages encore en vigueur, au lieu de dépendre d’informations historiques parfois devenues obsolètes.

Des fonctionnaires toujours payés par aides successives

Le contraste avec le secteur public reste particulièrement fort. Depuis 2019, la valeur des traitements des enseignants, militaires, agents administratifs et retraités s’est effondrée avec la livre. L’État n’a pas reconstruit immédiatement une grille salariale durable. Il a multiplié les aides, les bonus et les multiples appliqués aux anciens traitements.

En 2026 encore, le débat budgétaire était dominé par les revendications des agents publics et des militaires retraités. Ces derniers réclamaient notamment que leurs pensions retrouvent une partie de leur valeur antérieure à la crise. Les représentants du gouvernement soulignaient parallèlement le poids considérable des salaires et des pensions dans les dépenses publiques.

Cette prudence peut être justifiée. Une hausse généralisée concernant des centaines de milliers de personnes coûte évidemment beaucoup plus cher qu’une augmentation concernant 128 députés. Mais l’écart dans la méthode reste politiquement difficile à défendre : pour les fonctionnaires, chaque correction est présentée comme un risque budgétaire ; pour les parlementaires, l’ajustement avance par un fonds propre à la Chambre.

Le message envoyé est donc celui d’une hiérarchie du pouvoir. Les catégories capables de décider directement disposent d’un accès plus rapide aux mécanismes de compensation que celles qui doivent manifester ou négocier.

Sept ans de crise bancaire sans règlement définitif

La critique devient plus lourde lorsqu’on regarde le bilan législatif depuis 2019. Les banques ont commencé à restreindre l’accès aux dépôts à l’automne de cette année-là. En août 2026, le Liban n’a toujours pas achevé un cadre définitif permettant à chaque déposant de savoir exactement ce qu’il récupérera et à quel rythme.

Des textes ont été adoptés ou amendés sur le secret bancaire, la restructuration et la répartition des pertes. D’autres ont connu plusieurs versions. Le débat reste vif sur les droits des banques, les responsabilités des actionnaires et la protection des déposants.

Le Parlement n’est pas seul responsable de ces retards. Les gouvernements, la Banque du Liban, les banques commerciales et les principales forces politiques ont tous contribué aux blocages. Mais aucune réforme bancaire complète ne peut être appliquée sans législation.

La comparaison avec les indemnités parlementaires est donc inévitable. Une réforme portant sur plusieurs dizaines de milliards de dollars est naturellement plus complexe qu’une hausse salariale. Mais sept ans suffisent pour que la lenteur cesse d’être seulement technique et devienne politique.

Les conflits d’intérêts sont au cœur de la réforme bancaire

Cette lenteur renvoie justement aux conflits d’intérêts. Plusieurs parlementaires ou leurs familles possèdent, ont possédé ou entretiennent des intérêts dans des banques, des entreprises, l’immobilier, les médias, les assurances ou les professions libérales.

Avoir une activité privée n’est pas une faute. Le problème apparaît lorsqu’un élu intervient sur un texte susceptible de modifier directement la valeur de ses actifs ou les intérêts d’un secteur auquel il reste économiquement lié.

La restructuration bancaire est l’exemple le plus évident. Le Parlement doit décider dans quel ordre les pertes seront supportées par les actionnaires, l’État, la Banque du Liban et les déposants. Or les banques ont historiquement entretenu des liens étroits avec les principales forces politiques.

Le conflit d’intérêts ne peut être réglé par une déclaration générale de bonne foi. Il nécessite des déclarations patrimoniales réellement exploitables, des règles de récusation et une publicité claire des intérêts économiques pertinents avant les votes.

Le fait que les députés puissent légalement conserver un emploi rémunéré extérieur renforce encore cette nécessité.

Les réformes promises restent partielles

Depuis l’accord préliminaire conclu avec le Fonds monétaire international en 2022, le Liban s’est engagé à restructurer son secteur bancaire, améliorer la gouvernance, renforcer le cadre anticorruption, réformer les finances publiques et rendre la Banque du Liban plus transparente.

Des progrès existent. Plusieurs lois ont été votées et l’audit de la banque centrale a fourni de nouvelles informations. Les poursuites judiciaires contre Riad Salamé et d’anciens responsables du secteur bancaire montrent aussi que certains dossiers avancent.

Mais le cœur économique de la crise reste irrésolu. Les banques ne sont pas encore toutes restructurées, les déposants n’ont pas de calendrier définitif de restitution et les mécanismes de répartition des pertes restent contestés.

Dans ce contexte, l’augmentation de la rémunération parlementaire ne constitue pas une cause de la crise. Elle devient un indicateur de la manière dont l’État hiérarchise ses décisions.

Les institutions montrent qu’elles peuvent agir rapidement sur une question financière lorsqu’un consensus existe. La véritable interrogation est donc de savoir pourquoi ce consensus reste si difficile à obtenir lorsqu’il faut imposer des pertes ou des responsabilités aux groupes les plus puissants.

Le coût est faible, mais le symbole est lourd

L’argument budgétaire en faveur de la hausse reste simple : trois millions de dollars supplémentaires par an représentent une somme marginale comparée au budget national, aux besoins de reconstruction et aux pertes bancaires.

C’est exact. Mais cet argument peut être retourné. Si l’enjeu budgétaire est si faible, pourquoi ne pas différer la hausse jusqu’à la prochaine législature et supprimer ainsi le conflit d’intérêts le plus évident ?

Une telle règle aurait permis de reconnaître qu’un député doit être correctement rémunéré tout en évitant que les élus prorogés soient immédiatement bénéficiaires de la décision.

Le même principe pourrait être appliqué à l’avenir : toute modification substantielle de la rémunération ou des allocations parlementaires entrerait en vigueur après l’élection suivante. Le débat porterait alors sur la fonction, pas sur l’avantage personnel des membres en exercice.

Le Liban n’a pas besoin de députés sous-payés. Il a besoin d’un système où leur rémunération est lisible, fiscalement transparente et séparée autant que possible de leur pouvoir de décision sur leurs propres intérêts.

5 000 dollars deviennent le chiffre d’une crise de représentation

Le débat dépasse finalement la question de savoir si 5 000 dollars constituent un salaire excessif pour un parlementaire. Dans l’absolu, le montant peut être inférieur à celui versé dans de nombreux pays. Ce qui le rend politiquement explosif au Liban est le contexte dans lequel il est accordé.

Les députés devaient remettre leur mandat en jeu en mai. Ils l’ont prolongé de deux ans. Ils disposent d’un rôle dans la fixation de leurs allocations. Les données internationales disponibles indiquent que leurs salaires et indemnités bénéficient d’un traitement fiscal privilégié. Ils peuvent également exercer une activité rémunérée extérieure, dans un pays où les conflits d’intérêts économiques restent imparfaitement encadrés.

Face à eux, le salaire minimum reste proche de 312 dollars, les agents publics dépendent encore d’aides successives et les déposants attendent depuis 2019 un règlement définitif de leurs avoirs.

Le premier enjeu n’est donc pas de retirer quelques millions de dollars aux députés pour prétendre résoudre les finances publiques. Il est de savoir si la Chambre acceptera désormais de publier le coût total de ses membres, leurs allocations, le régime fiscal applicable et les intérêts professionnels extérieurs, puis d’appliquer à ses propres avantages la transparence qu’elle exige des autres institutions. À défaut, les 5 000 dollars resteront moins le symbole d’un salaire que celui d’un Parlement capable de régler rapidement ses propres affaires dans un pays où les réformes les plus lourdes attendent toujours.

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