Situé au Nord Liban, plus précisément à Chekaa, le Musée de Nabu, issu d’une initiative privée, fait figure d’un nouveau venu sur la scène culturelle et patrimoniale libanaise.

Du nom de Nabu, dieu mésopotamien du savoir et de l’écriture, ce musée, ouvert à l’initiative de Jawad Adra offre une collection de pièces de différentes origines et époques, allant de l’âge de bronze jusqu’à des peintures d’époque plus contemporaines.

On peut ainsi y admirer quelques pièces exceptionnellement rares en dehors des grands Musées mondiaux et de leurs pays d’origine dont une série de tablettes à l’écriture cunéiformes en provenance de Sumer et de Babylone. Autres tablettes, plus locales, celles comportant des écritures phéniciennes.

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Le site du Musée

Côté peinture, le public pourra y admirer, chose rare aujourd’hui, des peintures d’artistes libanais, dont Amine Bacha, Adam Hneineh, ou encore l’essentiel des oeuvres du célèbre Saliba Douaihy, également originaire du Nord Liban.

Le Musée également constitue une oeuvre d’art assez éclectique et moderne. Construit par un artiste irako-canadien, Mahmoud Obaidi, en collaboration avec Dia Azzawi, il s’agit d’un bloc quasi brute, ouvert sur de grands espaces intérieurs, sur une superbe vue sur la mer Méditerranée, la rouille utilisée pour la façade rappelant un peu le côté « industriel » de la localité.

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Un Musée qui fait cependant polémique

Le Musée de Nabu fait cependant polémique quant à l’acquisition qui serait frauduleux de certaines de ses pièces maitresses issue du pillage de sites et de musées d’Irak et de Syrie lors de la guerre civile. Cette polémique concerne notamment les fameuses tablettes sumériennes au nombre de 136 et qui seraient originaire du site d’Irisagrig entre 2003 et 2009. Le gouvernement irakien demanderait le retour de ces artéfacts. Pour l’heure, les autorités libanaises feraient toujours la sourde oreille.

D’autre part, des articles publiés par la presse libanaise, indique d’une autre partie de ses collections – dont les fameuses stèles funéraires phéniciennes – proviendraient même du site archéologique de Tyr El Bass pillé dans les années 1990.

Pour sa part, le propriétaire privé de ce musée s’appuie sur le décret 3065 du 12/03/2016, adopté à la fin du mandat de l’ancien ministre Roni Arayji. Ce décret légalise leurs collections privées à condition de les déclarer aux autorités compétentes. Il est cependant arrivé à expiration en mars 2019.

Pour l’heure, le propriétaire du Musée refuse de répondre quant à la provenance de ces pièces posant problèmes. Quant aux autorités libanaises, elles refusent de se saisir de la question, indiquant que la détention de ces collections est pour l’heure légitimisée par le décret de l’ancien ministre de la culture.

Cependant, selon les experts, ce décret contredit les traités et réglementations internationales dont le Liban est signataire et qui sont prépondérantes par rapport au droit local.

En effet, la résolution 1483, en date de 2003 et adoptée par le Conseil de sécurité d’ONU protège spécifiquement les biens culturels irakiens.

Selon le texte de cette résolution:

Décide que tous les États Membres doivent prendre les mesures voulues pour faciliter la restitution, en bon état, aux institutions iraquiennes des biens culturels iraquiens et des autres objets ayant une valeur archéologique, historique, culturelle, scientifique ou religieuse, qui ont été enlevés illégalement du Musée national iraquien, de la Bibliothèque nationale et d’autres sites en Iraq depuis l’adoption de la résolution 661 (1990) du 6 août 1990, notamment en frappant d’interdiction le commerce ou le transfert de ces objets et des objets dont il y a de bonnes raisons de croire qu’ils ont été enlevés illégalement et appelle l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, Interpol et autres organisations internationales compétentes à faciliter la mise en oeuvre du présent paragraphe;

Aussi, la résolution 2347 adoptée par le Conseil de Sécurité de l’ONU en 2017 appelle à interdire le commerce illégal d’antiquités pour financer l’achat d’armes par des groupes terroristes et insiste sur la protection de ces antiquités en cas de conflit armé. Cette résolution appelle ainsi les pays membres de l’ONU à procéder à des enquêtes, à la saisie et à la restitution des biens culturels volés.

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