En ce mois de février, il semblerait que l’appel à l’aide au Fonds Monétaire International (FMI) soit rendu de plus en plus nécessaire pour faire face à la crise économique que traverse le Liban et alors que se multiplient les craintes de voir les réserves monétaires désormais insuffisantes pour l’achat des produits de première nécessité à la population libanaise.

Ainsi, le gouvernement Hassan Diab envisagerait ainsi d’officialiser la demande concernant un appel à l’aide du FMI en vue de restructurer la dette publique du Liban.

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  1. Quels sont les préalables nécessaires à la restructuration de la dette publique?

    La plupart du temps, le pays en défaut de paiement ne paie plus ses dettes mais doit négocier l'effacement ou le report de tout ou partie de sa dette avec ses créanciers, et cela avec l'aide d'institutions internationales comme le FMI ou la Banque mondiale.

    Ce pays doit répondre à certaines conditions et demandes de ces institutions notamment en terme d'élimination des causes de l'endettement public. Le défaut de paiement est souvent suivi d'une crise d'austérité, avec hausse d'impôts et baisse des dépenses publiques, cela dépendant ensuite de la politique économique et monétaire choisie en accord avec les institutions internationales.  

    En cas d'absence d'un accord, ce pays risque d'être mis au-banc de la communauté internationale, les investisseurs potentiels craignant à leur tour d'être une victime du refus de voir les sommes investies localement être remboursées. Aussi, des entreprises refuseront d'importer ou d'exporter des biens et des marchandises, ce qui pourrait encore aggraver la situation financière et alimenter la crise sociale et économique.

  2. Quelle serait la situation sans l'aide du FMI?

    2 scénarios sont possibles, avec dévaluation et sans dévaluation mais cela aussi dépend au Liban, d'autres critères comme principalement la stabilité politique et le retour de la confiance à la fois interne et au sein de la communauté internationale.
    Ces 2 risques sont prépondérants dans l'analyse à faire et rendent ainsi le scénario FMI moins risqué.

    En cas de refus ou de l'impossibilité à recourir au FMI, les coûts assumés principalement par les banques libanaises, sur la composante interne de la dette seront plus importants. La recapitalisation des banques privés pourrait ainsi atteindre 20 milliards de dollars, soit 40% du PIB voire même plus de 50% si les prévisions concernant la récession économique de 7% à 10% se réalisent malheureusement.
    Cependant cette recapitalisation pourrait même atteindre 80 milliards de dollars si en plus des banques privées, la Banque du Liban elle-même devrait être recapitalisée, un coût qui dépasse les capacités actuelles du Liban.
    Pourquoi recapitaliser la BDL?
    La Banque Centrale détient une grande partie de la dette interne au Liban. Cet argent est l'argent de ses déposants, parmi lesquels, les banques et donc les déposants. En cas d'annulation de ces dépôts comme certains le suggèrent, les banques libanaises pourraient être obligées à approvisionner pour 70 milliards de dollars de pertes, ce qui n'est pas sans conséquence pour elles.
    Il faudra bien que la BDL puisse trouver une solution pérenne pour garantir que les déposants ne soient pas affectés par cette décision.

    Des conversions forcées de dollars en livres libanaises par exemple pourraient être décidées par les autorités libanaises politiques ou monétaires. Ce scénario semble pour l'heure improbable, les déclarations des hommes politiques suggérant que la solution recherchée devrait protéger les dépôts bancaires ce qui rend inévitable le recours au FMI.

    Une autre piste pourrait être la conversion d'une proportion des dépôts des banques en action de ces mêmes banques.
    Cette solution est cependant sujette à d'autres types de débats, concernant notamment la valorisation de ces établissements bancaires, la SG qui possède plus de 16% de la SGBL ayant approvisionné une perte sur la totalité de cet actif au lieu que cela soit sur une partie seulement, considérant donc que sa participation ne vaut plus rien. Autre débat, l'acceptation par les actionnaires des banques – généralement des familles – d'une dilution de leurs participations pourrait s'avérer être difficile.

    Si ce renflouement passe par une décote, ce qui est probable face puisqu'il n'y a pas aide internationale dans ce scénario, une somme allant jusqu'à une proportion de 100% des dépôts des clients les plus fortunés pourrait concernée, pour atteindre 50% des dépôts totaux auprès des banques libanaises.

  3. Quel pourraient être les mesures qui seraient prises avec l'aide du FMI

    Les plans d'action du FMI sont multiples et variés, selon l'état réel des finances publiques et des possibilités pratiques. Ainsi, en Grèce, l'ancrage à la zone euro avait amené à l'impossibilité d'une dévaluation de la monnaie ce qui a amené à d'autres types de mesures.
    Le plan devrait donc s'adapter à la structure de l'économie libanaise et des inventaires de situation effectués pour comprendre plus précisément les origines de la gabegie publiques.

    Un changement de leadership dans certains secteurs pourrait être également imposé, qu'il soit dans le secteur public ou privé.
    Il serait difficile et même inimaginable de croire que les personnes qui ont mené le Liban ou qui sont corrompues puissent être aptes à coopérer avec la communauté et les organismes internationaux pour aider relever l'économie libanaise.
    Il s'agit là, peut-être, du point actuellement le bloc bloquant entre le FMI et les autorités libanaises qui n'ont pas réaliser que l'aide réduite à une expertise technique n'est pas suffisante et l'aide financière du FMI s'imposera à un moment ou un autre.

    Différentes réformes seront proposées sur le plan étatique, les principales concerneront la lutte contre la corruption, la lutte contre les détournements fiscaux et une refonte des administrations publiques visant à réduire le déficit public, et notamment plus précisément dans le secteur de l'électricité public, responsable à lui tout seul de près de 2 milliards de dollars de dépenses alors que la population libanaise ne jouit toujours pas d'électricité.

    Concernant la lutte contre la corruption, il est envisageable à ce que le FMI ou d'autres organisations comme la Banque Mondiale – passe directement les appels d'offres au lieu de recourir aux administrations locales comme cela fut le cas dans d'autres pays qui ont bénéficié du programme du FMI.

  4. Et quels sont les scénarios?

    Ce dont on est actuellement certain est qu'il y aura certainement des mesures fiscales qui restent à déterminer, une dévaluation de la livre libanaise pour lui donner sa valeur nominale qui est estimée selon les modèles économétriques à 3000 LL/USD, que les dépôts bancaires pourraient subir certains changements encore à préciser, haircut ou décote ou encore conversation de fonds en action des banques elles-même afin de les aider à être recapitalisées et une restructuration de la dette publique et aussi le maintien du contrôle des capitaux pour une période qui reste à déterminer.
    Les différents scénarios dépendent donc principalement des différentes mesures qui seront prises.

    Un document publié par la Bank of America Merril Lynch prévoyait déjà que le paiement des obligations libanaises seraient problématiques dès le mois de mars. Ce rapport prend en compte 8 scénarios, 2 sans interventions du FMI et 6 autres avec intervention du FMI.

    Ces scénarios prennent en compte la dynamique de la dette publique, interne et externe, l'érosion des réserves monétaires telles qu'on les connait aujourd'hui, la résistance des autorités monétaires qui refuseront certaines mesures et notamment celles du report du paiement des obligations libanaises arrivant à maturité dont celles de mars comme ce qu'on lire aujourd'hui à travers le communiqué de l'Association des Banques du Liban qui souhaite justement que ce paiement soit honoré, et la restructuration de la dette elle-même et de ses conséquences.

    Selon certaines études pour que la dette revienne à des niveaux soutenables, il s'agirait d'en annuler 65% soit environ 60 milliards de dollars d'endettement publics.

    À l'heure actuelle, la dette interne atteindrait 57.9 milliards de dollars et la dette externe, 33.7 milliards de dollars. Il s'agira de déterminer d'abord dans quelles propositions tant la dette interne que la dette externe seront affectées.
    L'annulation simplement, par exemple de la dette interne comme ce que certains le suggèrent, aurait des conséquences quasiment insurmontables pour le banques libanaises ou encore la Banque du Liban.

    Selon le rapport de la Bank of America Merril Lynch (novembre 2019) qui s'est révélé pour l'heure plutôt exact:

  5. Que vont devenir les dépôts bancaires?

    Concernant le secteur bancaire proprement dit, ce rapport note également certaines similarités avec la crise chypriote qui s'est déroulée entre 2012 et 2013, notamment parce que le Liban, tout comme sa voisine insulaire méditerranéenne dépendait de flux financiers non résidents au Liban ces dernières années et que son système monétaire était aussi exposé à la bulle immobilière et à la restructuration de la dette publique grecque.
    Face à cette crise et face à l'impossibilité pour les autorités publiques confrontées à la recapitalisation des banques en raison de sa dette publique déjà importante, des mesure de contrôle des capitaux ont été instaurés avec des restrictions de paiement et des restrictions aux transferts de fonds vers l'étranger, comme cela est déjà le cas au pays des cèdres.

    Bénéficiant d'une aide européenne en raison de son appartenance à l'Union Européenne qui estimait que la dette publique devait atteindre au maximum 100% du PIB contre 86% précédemment, alors que la restructuration des banques chypriotes étaient estimées à 50% du PIB, les autorités locales n'ont pas hésité à fermer et liquider l'une des principales banques du Pays, la Laiki Bank.
    Par ailleurs, l'état chypriote a assuré les dépôts jusqu'à 100 000 euros conformément à la législation locale.

    Les dépôts dépassant cette somme ont, quant-à-eux été inclus dans le processus de liquidation de cet établissement.

    D'autres banques ont été recapitalisées comme la Bank of Cyprus dont 3.8 milliards de dollars de dépôts sur les comptes dépassant les 100 000 USD ont été transformés en action de ces banques.

    Au Liban, il s'agit pour l'heure de trouver 20 milliards de dollars en vue de recapitaliser les banques et ainsi les rendre moins vulnérables à la restructuration de la dette publique. Il convient de rappeler qu'en aout 2019, 52% de la dette interne publique est détenue la Banque du Liban, et un peu moins de 30% par les banques libanaises, soit environ 18 milliards de dollars.

    À ces 18 milliards de dollars, s'ajouteront les bad performing loans en raison de la crise économique induite aujourd'hui par ces circonstances, ce qui fait que la restructuration du secteur bancaire privé est estimée entre 20 milliards de dollars à 25 milliards de dollars.

    Pour l'heure, les autorités libanaises semblent souhaiter garantir les dépôts bancaires dont rationnellement il s'agira de hausses de capitaux, comme ce qui a été décidé, de fusion et d'acquisition, si elles en sont capables mais également de haircut ou de décotes pour les établissements bancaires qui n'y arriveront pas et non pour toutes les banques.

    À l'heure actuelle:
    La garantie bancaire libanaise atteint également le montant de 100 000.

    Si scénarios identiques à Chypre, seraient affectés à des :
    0.84% des comptes ont un solde créditeur au dessus du million de dollars et ils représentent 49.18 milliards de dollars.
    7.61% des comptes ont un solde créditeur entre 100 000 USD et 1 millions et ils représentent 36.32 milliards de dollars.

    Ne seraient pas affectés à priori les comptes en dessous de 100 000 USD soit:
    31.9% des comptes ont un solde créditeur entre 3 333 USD et ils représentent 13,81 milliards de dollars.
    59.64% des comptes ont un solde créditeur en-dessous de 3 333 USD et ils représentent 1.14 milliards de dollars.

    Si ces banques refusent, c'est la faillite comme ce qui fut le cas pour la Laki Bank.

Il s’agit là de suppositions. Evidemment qu’elles pourront être infirmées en partie ou en totalité, ou être confirmées en partie ou en totalité. Seul l’avenir nous le dira. La prudence dont s’impose face ces analyses. Nous ne sommes pas en mesure de garantir l’exhaustivité ni la fiabilité. La responsabilité de Libnanews et de ses auteurs ne saurait être engagée en cas d’erreur, d’omission ou d’investissement inopportun.

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