Dans le genre des abus, on connait très bien l’absence de compétitivité de certaines administrations publiques libanaises et pour cause.

On sait très bien que des responsables de secteurs au sein de cette même administration n’ont jamais vu certains de leurs employés alors qu’ils découvrent même parfois leurs noms sur les listes des primes de Noël accordées par les ministères de tutelle. On sait très bien que d’autres ne se sont pas déplacés depuis fort longtemps pour se rendre dans les bureaux dans lesquels ils sont assignés.
On sait très bien qu’ils touchent chaque années « des primes de productivité » quand elle est proche d’en être nulle.
Au sein de l’Armée, on sait très bien qu’il y en a qui se prélassent dans les bains militaires spécialement aménagés à grand frais, ou qui touchent des retraites mirobolantes et qui profitent d’avantages annexes, comme le fait de transformer un officier d’ordonnance en boy pour Madame, elle qui ne le mérite généralement pas.

Oui, on le sait. Mais cela n’est pas le cas de l’immense majorité de ceux qui appartiennent à l’Armée Libanaise et qui réclament simplement le droit de vivre, non pas mieux, mais en conservant les quelques avantages dont ils bénéficiaient jusqu’à présent.

“Le sacrifice de soi est la condition de la vertu.” Aristote

Beaucoup sont déjà vertueux et ont sacrifié, en effet, leurs vies pour une patrie et des citoyens qui ne le méritent pas.

Aurait-on oublié les militaires tombés au Champ d’Honneur de la Guerre Civile Libanaise que cela soit à Souk el Gharb, Nahr Kalb, Nahr Brahim, Halate, Dora, Dahr al Wahch, ceux massacrés à Denniyeh en 2000 ou Nahr Bared égorgés en 2007 dans leurs sommeils par les islamistes de Fatah al Islam et ceux morts en combattant ces mêmes islamistes, les hommes de François Hajj qui ne tardera pas à les rejoindre ensuite, en étant également assassiné?
Ceux tués par les bombardements israéliens à Tyr en 2006?

Parmi les disparus de la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, de nombreux militaires dont les familles sont toujours sans nouvelle. Crédit Photo: Libnanews.com.
Parmi les disparus de la guerre civile libanaise de 1975 à 1990, de nombreux militaires dont les familles sont toujours sans nouvelle.

Ceux enfin assassinés encore une fois par les Islamistes syriens d’Al Nosra et de Daesh, organisations dans lesquelles se trouvent cependant 6 000 personnes originaires du Liban et qui n’ont rien de libanais. Ceux à partir de 2011, à Wadi Khaled, à Tripoli, à Aarsal, à Qaa, qui ont été tué.
La liste est encore longue, ceux-là même pour lesquels, les autorités de l’état d’alors ont estimé qu’il fallait nous mentir consciemment et ne pas révéler les rapports faisant état de leurs assassinats ou plutôt pour prendre le terme adéquat, de leurs executions sommaire par Daesh dès février 2015 pour éviter de montrer du doigt les responsables.

Et que dire de ces militaires qui sont toujours portés disparus avec un état qui se refuse de reconnaitre le droit au deuil des familles.

Il est nul besoin de rappeler leurs sacrifices. La liste est longue. Nous civils, sommes mal placés pour leur donner des leçons.

“L’austérité n’est acceptable qu’étayée par l’ambition.” Madeleine Ferron, Le chemin des dames 

Cependant, oui, la politique d’austérité est un mal nécessaire pour sauver le Liban de la faillite financière. Mais, il s’agit aussi d’être juste dans la politique menée et non de viser ceux qui ont déjà beaucoup donnés.

Ceux là même qui manifestent aujourd’hui pour demander le maintien de leurs droits ne sont pas ces militaires précisément qui se prélassent au bord des piscines des bains militaires.

Dans bien des pays, on ne construit pas des bains militaires mais des hôtels, maisons, hôpitaux pour les militaires rendus invalides par les services qu’ils ont rendu à leurs nations. L’argent de ces bains militaires pourrait en effet servir amplement à financer une meilleure retraite de nos militaires. On pourrait honorer ainsi ces anciens combattants.

“Pauvreté n’est pas vice, mais la pauvreté n’a jamais été un sujet de gloire nationale, encore moins de réconfort.” Mariline, Le flambeau sacré 

Eux, après leur service, tirent encore le diable par la queue, en espérant s’en sortir, en devenant membres de sociétés de gardiennage privée ou encore chauffeurs de taxi, pour pouvoir nourrir leurs familles. Des emplois humbles…

On est par conséquent bien loin de l’image d’un pays qui honore des hommes, qui souvent ont pensé à se sacrifier pour le bien commun.

Pourtant, une politique d’austérité est toujours possible d’abord en mettant en oeuvre les mesures correctrices nécessaires au sein des administrations publiques. Aujourd’hui, on n’évoque plus les détournements fiscaux auparavant estimé à 4.5 milliards de dollars annuellement, 1.5 milliard de dollars rien que pour la douane, de l’aveux même de son ministre de tutelle, le ministre des finances.

On tarde à évoquer la responsabilité d’un ancien premier ministre dans ses dépenses inconsidérées de 11 millards de dollars. L’affaire semble avoir été vite enterrée par les lignes rouges arbitrairement bien tracées.

On commence à peine à évoquer bien d’autres dossiers qu’on a vite oublié.

Et on demande à bien d’autres à se sacrifier avant de balayer devant soit.

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