Coup de tonnerre du jour, selon la chaine d’information économique Bloomberg, l’état n’aurait pas honoré ses dettes vis-à-vis des entrepreneurs à hauteur de 900 millions de dollars pour cette année déjà. Le montant des sommes indues atteindraient désormais plus de 2 milliards de dollars, poussant certains à être au bord de la faillite.

Les entrepreneurs et le secteur du BTP tirent un signal d’alarme, disant craindre la multiplication des faillites pour les sociétés spécialisées dans les travaux publics.

Pour rappel également, le secteur de l’immobilier est aussi touché par la crise, avec 25% des appartements vides rien que pour Beyrouth.

Chose que semble ignorer l’article de Bloomberg, il semblerait que les entrepreneurs au Liban ne soient pas les seuls dans ce cas. En effet, l’état devrait plus d’un milliard de dollars aux hôpitaux privés ce qui a un effet gravissime sur le secteur de la santé publique, et serait également mauvais payeurs pour d’autres domaines pour lesquels il fait appel à des contractants privés.

L’état déshabille Pierre pour habiller Paul

Il est ainsi facile de réduire les dépenses publiques, en évitant de payer ses dettes, mais cela revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul, une politique que le Trésor Public semble ainsi suivre depuis de nombreuses années, avec une gérance à court terme des enjeux économiques au lieu d’agir sur le long terme, avec en filigrane, une sorte de dépendance à l’endettement en favorisant le domaine bancaire, qui en retour réinvestit ses profits dans des obligations en général au lieu d’accorder des prêts et favoriser la croissance.
Une sorte de fuite en avant, donc, au lieu de remettre en cause cette politique économique ou plutôt l’absence de politique économique. Il faut bien qu’un jour, ce système craque et on commence à en être proche.

Il ne faut s’étonner que, dans ces conditions, la croissance économique se fasse atteindre. 0% de croissance économique – chose reconnue par le gouverneur de la BDL, Riad Salameh, pour un pays comme le Liban, c’est une récession.
Le Ministère des Finances table sur une croissance économique de 1.2% cette année pour atteindre ses objectifs de réduction des déficits publics. Pour l’heure, cette croissance nulle augure du plus mal pour la suite. On peut également craindre que la réduction des dépenses publiques ou encore l’introduction de nouvelles taxes aient un effet pervers sur la croissance.

Ainsi, le déficit budgétaire a été réduit de manière artificielle. Le budget 2019 vise, en effet, à maintenir un déficit de 6.59% après révision par le parlement au lieu du projet initial d’un objectif initial d’un déficit de 7.59%.

Un état qui n’honore pas ses dettes en temps et en heure est un état en faillite

Cocorico et effet d’annonce rapidement salué par Morgan Stanley, le Ministère des Finances indique également que le déficit budgétaire serait en baisse de 28% pour les 4 premiers mois de l’année 2019, atteignant 1.38 milliards de dollars, alors que selon l’association des entrepreneurs, l’état aurait échoué à honorer pour 300 millions de dollars de factures sur la période correspondante. Ce chiffre n’inclue pas les autres postes de dépenses dont le versement a été oublié.
Les chiffres donnés par les autorités concernant les déficits publics ne semblent donc pas inclure les sommes indues aux différents partenaires des administrations publiques.
Or un état qui n’honore pas ses dettes en temps et en heure est un état en faillite, austérité ou non austérité.

Pour rappel, une politique d’austérité n’inclue pas le fait de ne pas payer ses dettes.

Par rapport aux manquements des autorités publiques à honorer ces sommes, le Ministre indique payer dès que les fonds sont rendus disponibles. Comme si l’état ne pouvait pas planifier à l’avance les échéances, démentant tout lien entre la réduction des déficits et ces délais.

Le budget 2019 inclurait, selon certaines informations, des délais dans le paiement des services rendues publiques et l’annulation de projets pour lesquels des appels d’offres ont déjà lancé. Les autorités publiques assurent que les arriérés seront payés dès que les fonds seront disponibles.

Mais aussi, en regard des pratiques de ces dernières années, on peut également en douter, comme le suggère la mauvaise expérience faite dans le secteur médical, avec des factures payées dès années après, après défalcation de sommes importantes, allant parfois jusqu’à 50%, sous forme de bonds du trésor, donc non cash, que les médecins et les hôpitaux en recherche de liquidité revendent aux banques pour des sommes encore bien moindres.

Errare humanum est, perseverare diabolicum

Locution latine qui signifie « L’erreur est humaine, persévérer [dans son erreur] est diabolique »

Pour autant, le Ministre des Finances Ali Hassan Khalil semble vouloir continuer sur sa lancée et ne rien remettre en cause dans sa politique économique, ne souhaitant ni recourir à la dévaluation de la livre libanaise, ni restructurer la dette publique à des niveaux raisonnables, ce qui serait une mesure plus facile que dans d’autres pays, puisque l’essentiel des créanciers est constitué par les banques locales, ce qui simplifierait ainsi le processus de négociation mais ce qui aurait un inconvénient majeur de menacer les déposants libanais au lieu d’en diversifier les risques.

Il compte peut-être que ces artifices budgétaires, visant à officiellement réduire les déficits publics, puissent servir à faire libérer le plus rapidement les fonds promis lors de la conférence CEDRE et ainsi relancer ce secteur d’activité avec de nouveaux projets, puisque ces fonds sont avant tout destinés à des projets à venir dans différents secteurs dont le secteur des travaux publics et non à honorer des projets déjà effectués.

L’état également est bien en peine de trouver des partenaires pour une prochaine émission d’obligations libanaises à taux réduit, avec un objectif de réduction du service de la dette pour 500 millions de dollars, alors que d’autres, pour un montant de 5 milliards de dollars arrivent à échéance en fin d’année.
Les banque tant privées que la Banque du Liban ont annoncé qu’elles ne participeront pas à l’achat de ces émissions, ce qui souligne le défaut d’attrait et les risques importants qui ne sont pas au niveau des taux d’intérêts de cette émission.

La fin de l’année semble donc s’annoncer être économiquement dure…

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3 Commentaires

  1. Le monde diplomatique a voulu chasser les chretiens d’orient pour reconstruire à l’Occidental, le capitalisme financier.
    C est chose d’essayer.

    Nous verrons Dans 50 ans à quelles explosions nous ferons face en termes de destruction massive des pays de l’orient.
    Commencé en Irak, peut etre la diplomatie elle meme est fatiguee de diviser les minorites entre elles.
    Alors bien sur un pays detruit est un pays corrompu.

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