La notion de « ligne jaune » s’installe progressivement dans le vocabulaire de la confrontation au Sud-Liban. Elle ne correspond pourtant ni à la frontière internationale ni à la Ligne bleue tracée par les Nations unies. Dans son édition du 29 septembre 2026, Al Akhbar la décrit comme un dispositif militaire israélien établi à l’intérieur du territoire libanais. Le journal évoque une zone occupée dont la profondeur varie, selon les secteurs, entre cinq et douze kilomètres. Israël la présenterait comme une « ligne de défense avancée », destinée d’abord à éloigner les menaces immédiates de ses localités frontalières.
Cette description prend une dimension différente lorsqu’elle est rapprochée des informations publiées le même jour par Al Araby Al Jadid. Selon les sources de ce journal, le Premier ministre Nawaf Salam aurait reçu, lors de ses rencontres en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, des messages américains indiquant qu’Israël entend poursuivre ses opérations et rester dans la zone de sécurité qu’il a dessinée dans le Sud. Ces informations ne constituent pas une annonce officielle de Washington ou d’Israël. Elles révèlent cependant la crainte libanaise de voir un dispositif militaire présenté comme provisoire s’installer dans la durée.
Le débat devient encore plus sensible après les déclarations du ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich. Asharq Al-Awsat rapporte, le 29 septembre 2026, qu’il a publiquement évoqué l’annexion de territoires libanais jusqu’au Litani. Al Joumhouria revient également sur ces propos et souligne leur contradiction avec l’engagement israélien, contenu dans le cadre des négociations, de ne pas nourrir d’ambitions territoriales au Liban. Trois notions se superposent ainsi sans être équivalentes : la « ligne jaune », la zone de sécurité actuellement occupée et le Litani. Leur confusion pourrait masquer des objectifs très différents.
Une profondeur de cinq à douze kilomètres
Al Akhbar consacre un développement détaillé à la logique militaire de cette « ligne jaune ». Le journal affirme que les forces israéliennes sont présentes dans des villages et des localités intégrés à ce qu’Israël appelle une zone tampon. Sa profondeur varierait entre cinq et douze kilomètres.
Selon le journal, les difficultés rencontrées lors de la septième session des négociations de Rome ne portaient pas uniquement sur des détails techniques. Israël aurait déjà arrêté une conception militaire fondée sur cette ligne avancée, tout en conservant une certaine liberté d’action au-delà.
La nuance est importante. Une zone occupée ne serait pas nécessairement destinée, dans cette lecture, à constituer une nouvelle frontière politique. Elle servirait à créer une profondeur militaire entre la frontière et les localités israéliennes.
Al Akhbar cite à cet égard les déclarations du chef d’état-major israélien Eyal Zamir. Celui-ci aurait défini la mission confiée à l’armée comme un positionnement sur une ligne empêchant les tirs directs contre les localités israéliennes. Dans le même temps, il aurait évoqué la poursuite des opérations contre les menaces situées au-delà de cette ligne et même au nord du Litani.
Cette distinction permet de comprendre le dispositif décrit par le journal. La « ligne jaune » pourrait empêcher ou compliquer certaines attaques de proximité. Elle ne neutraliserait cependant pas les armes capables d’agir depuis une plus grande profondeur.
La présence terrestre israélienne répondrait donc à une fonction limitée. Elle créerait une zone de surveillance et d’intervention. Elle ne réglerait pas, à elle seule, la question des roquettes ou des drones pouvant être lancés depuis des régions plus éloignées.
C’est précisément cette limite qui pourrait expliquer la volonté israélienne de conserver une liberté d’action au-delà de la zone occupée.
Le précédent des hauteurs d’Ali al-Taher
Al Akhbar utilise les hauteurs d’Ali al-Taher pour illustrer cette doctrine. Après une opération de destruction dans ce secteur, l’armée israélienne aurait commencé à se retirer du relief pour se redéployer sur la « ligne jaune ».
Selon le journal, Israël estimait pouvoir ensuite contrôler la zone par l’observation et par le feu. Cette approche est importante. Elle signifie qu’une occupation permanente de chaque hauteur ne serait pas considérée comme nécessaire dès lors que l’armée peut conserver la capacité de surveiller et de frapper à distance.
La « ligne jaune » fonctionnerait donc moins comme une frontière classique que comme une base de contrôle.
Cette conception donne aussi davantage de souplesse aux négociations. Une ligne militaire peut théoriquement être déplacée. Elle peut reculer à mesure que des arrangements sont appliqués. Elle peut aussi être maintenue ou renforcée si les négociations échouent.
Al Akhbar considère d’ailleurs que ce dispositif reste lié à une solution politique qui n’a pas encore mûri. Le journal le présente comme une formule provisoire de gestion du front.
Le problème libanais est précisément contenu dans ce mot : provisoire. Une présence militaire temporaire peut devenir durable lorsque les conditions de son retrait ne sont pas réunies.
Les messages reçus par Nawaf Salam
Les informations de Al Araby Al Jadid renforcent cette interrogation.
Dans son édition du 29 septembre 2026, le journal affirme que Nawaf Salam a reçu plusieurs messages pendant son séjour à New York. Les plus importants seraient venus du côté américain. Selon les sources citées, Israël resterait déterminé à poursuivre ses opérations et à conserver sa zone de sécurité dans le Sud tant que l’État libanais ne prendrait pas, du point de vue rapporté par ces interlocuteurs, des mesures suffisamment sérieuses concernant les armes du Hezbollah.
Toujours selon Al Araby Al Jadid, des responsables américains auraient estimé que les démarches déjà engagées par le gouvernement libanais étaient insuffisantes. Ils auraient demandé une accélération du processus visant à placer les armes sous l’autorité de l’État, en avertissant que la situation pourrait sinon se détériorer davantage.
Il faut conserver la nature exacte de ces informations. Elles sont attribuées aux sources du journal et ne correspondent pas à un communiqué officiel américain. Leur importance tient justement au décalage qu’elles suggèrent entre les déclarations publiques et les messages transmis dans les rencontres diplomatiques.
Nawaf Salam continue, pour sa part, de défendre le processus de négociation. Al Araby Al Jadid rapporte que des sources officielles libanaises considèrent ce choix comme difficile mais sans véritable alternative. Le Premier ministre devait demander aux responsables américains de pousser Israël à appliquer l’accord-cadre signé le 26 juin et à maintenir les négociations.
Deux logiques apparaissent donc face à face. Beyrouth souhaite utiliser le cadre négocié pour obtenir un retrait. Israël, selon les informations publiées, lie sa présence et ses opérations à l’évolution du dossier du Hezbollah.
La « ligne jaune » devient ainsi un instrument de pression autant qu’un dispositif militaire.
Du dispositif militaire à la revendication politique
Les déclarations de Bezalel Smotrich introduisent une dimension supplémentaire.
Asharq Al-Awsat du 29 septembre 2026 rapporte que le ministre israélien des Finances a déclaré souhaiter l’annexion de territoires libanais jusqu’au Litani. Le journal pose directement la question : s’agit-il d’une surenchère politique ou de l’expression d’un projet territorial plus profond ?
Le général à la retraite Hicham Jaber, interrogé par Asharq Al-Awsat, estime que les idées israéliennes concernant le Litani ou l’annexion de parties du Sud ne sont pas nouvelles. Il considère cependant que leur réapparition dans le contexte actuel vise davantage à relever le plafond des revendications qu’à annoncer une opération immédiatement applicable.
Cette distinction est essentielle. Une déclaration ministérielle ne constitue pas une décision du gouvernement israélien. Elle ne permet pas non plus d’affirmer que la « ligne jaune » serait le premier stade d’un plan officiel d’annexion jusqu’au Litani.
Mais la déclaration modifie le contexte politique dans lequel le dispositif militaire est interprété.
Al Joumhouria du 29 septembre 2026 souligne ce problème. Le journal estime que les propos de Smotrich entrent en contradiction avec la partie du cadre négocié dans laquelle Israël ne revendique pas de territoire libanais. Le ministre israélien ne se contente donc pas de discuter d’une profondeur de sécurité. Il place la question territoriale dans le débat public.
Cela suffit à nourrir les inquiétudes libanaises.
Le Litani n’est pas la « ligne jaune »
Il faut pourtant éviter de confondre les deux notions.
Le Litani occupe une place particulière dans la résolution 1701. Asharq Al-Awsat rappelle qu’il sert de repère géographique pour des arrangements sécuritaires à l’intérieur du territoire libanais. Cette référence ne transforme pas le fleuve en frontière internationale.
La « ligne jaune » décrite par Al Akhbar répond à une autre logique. Elle se situe plus au sud et sa profondeur varie selon les secteurs. Sa fonction est militaire. Elle vise à créer une distance entre les positions israéliennes et les menaces proches.
Enfin, la zone de sécurité évoquée par les sources de Al Araby Al Jadid renvoie au territoire dans lequel Israël souhaite, selon ces informations, maintenir sa présence pendant la phase actuelle.
Les trois notions peuvent se recouper dans le discours politique. Elles ne doivent pas être présentées comme identiques.
Cette distinction est d’autant plus nécessaire que l’idée d’un maintien jusqu’au Litani constituerait un changement d’échelle considérable. Elle ne correspondrait plus à une profondeur de cinq à douze kilomètres. Elle concernerait une part beaucoup plus importante du Sud-Liban.
Les fichiers sources ne permettent pas d’affirmer qu’une décision israélienne officielle a été prise dans ce sens.
Ils montrent en revanche que cette hypothèse est désormais formulée publiquement par un ministre israélien et discutée dans la presse libanaise et régionale.
Un terrain qui continue de bouger
Le débat territorial intervient alors que les opérations militaires se poursuivent.
Al Binaa du 29 septembre 2026 rapporte des frappes israéliennes contre plusieurs secteurs du Sud. Le journal mentionne notamment Zawtar al-Charqiya, Qantara, Talloussa, Zibqin, Yater, Mays al-Jabal, Haris et Hadatha. Il rapporte également une importante explosion provoquée par les forces israéliennes à Mansouri.
Al Sharq décrit lui aussi une succession de bombardements et de mouvements militaires. Le journal rapporte notamment des mouvements de chars israéliens dans la région d’Arnoun, accompagnés de tirs et de bombardements vers Zawtar al-Charqiya. Il indique également qu’une unité du génie de l’armée libanaise a démonté une caméra d’espionnage israélienne équipée d’un dispositif solaire près de Wadi Zibqin.
Ces événements donnent à la « ligne jaune » une dimension concrète. Le débat ne porte pas sur une carte théorique élaborée pour une négociation future. Il concerne un territoire où des opérations sont encore menées et où des habitants restent confrontés aux conséquences directes du conflit.
Cette réalité complique toute distinction entre occupation provisoire et installation durable.
Plus le dispositif reste longtemps en place, plus son retrait dépend d’un accord politique. Et plus cet accord tarde, plus la situation militaire acquiert sa propre inertie.
Le cadre tripartite comme instrument de sortie
C’est dans ce contexte que Nawaf Salam a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio à Washington.
Asharq Al-Awsat du 29 septembre 2026 rapporte que le Premier ministre a demandé l’activation du cadre tripartite. Il souhaite traduire les principes de réciprocité et de progressivité en mesures concrètes. L’objectif affiché est double : obtenir le retrait israélien complet et avancer vers le monopole des armes par l’État.
Salam a également demandé un calendrier clair pour les engagements prévus. Il souhaite qu’un mécanisme de vérification accompagne leur mise en œuvre afin d’éviter que l’absence d’exécution d’une obligation serve de justification au blocage de l’ensemble du processus.
Cette demande révèle le problème central.
Le Liban cherche à empêcher que le retrait israélien soit repoussé indéfiniment en attendant l’achèvement de toutes les mesures concernant les armes. Il veut une progression parallèle.
Du côté israélien, les informations publiées par Al Araby Al Jadid suggèrent au contraire que la poursuite de la présence militaire reste liée à l’évaluation des mesures prises par Beyrouth contre l’arsenal du Hezbollah.
La séquence des étapes devient donc aussi importante que leur contenu.
Si chaque partie exige que l’autre agisse d’abord, la « ligne jaune » peut rester en place même si elle est officiellement présentée comme temporaire.
Une ligne utile militairement mais insuffisante
L’analyse publiée par Al Akhbar apporte ici un élément important. Même du point de vue militaire israélien décrit par le journal, la « ligne jaune » ne règle pas l’ensemble du problème.
Elle éloigne la menace terrestre immédiate. Elle crée une profondeur de surveillance. Elle rend plus difficile le retour d’une infrastructure militaire directement au contact de la frontière.
Mais elle ne neutralise pas les armes de plus longue portée.
Cette limite explique pourquoi le maintien d’une zone occupée ne suffirait pas nécessairement à répondre aux objectifs sécuritaires israéliens affichés. Une logique de contrôle à distance et d’opérations au-delà de la ligne pourrait donc se poursuivre.
Autrement dit, le débat ne porte pas seulement sur l’endroit où les soldats israéliens se trouvent. Il concerne aussi la zone dans laquelle Israël entend conserver une liberté d’action.
Une ligne peut reculer tout en laissant subsister une capacité d’intervention beaucoup plus profonde.
C’est ce qui rend le futur arrangement particulièrement complexe pour le Liban.
Le risque d’une situation provisoire sans échéance
Aucun des fichiers sources du 29 septembre 2026 ne permet d’établir que le gouvernement israélien a décidé de transformer la « ligne jaune » en frontière permanente. Aucun ne permet davantage d’affirmer qu’un plan officiel d’annexion jusqu’au Litani est en cours d’exécution.
Les sources permettent en revanche d’établir plusieurs éléments distincts.
Al Akhbar décrit une profondeur militaire israélienne allant selon les secteurs de cinq à douze kilomètres. Le journal présente cette ligne comme un dispositif avancé destiné à protéger les localités israéliennes des menaces proches.
Al Araby Al Jadid rapporte, sur la base de ses sources, qu’Israël entend rester dans la zone de sécurité pendant la phase actuelle et que Washington exerce des pressions sur Beyrouth concernant les armes du Hezbollah.
Asharq Al-Awsat et Al Joumhouria rapportent les déclarations de Smotrich en faveur d’une extension jusqu’au Litani, tout en les replaçant dans le contexte de la politique intérieure israélienne et des négociations.
Enfin, plusieurs journaux décrivent la poursuite des opérations militaires dans le Sud.
Pris ensemble, ces éléments ne démontrent pas l’existence d’un projet territorial unique. Ils montrent cependant pourquoi la question de la durée devient centrale.
Une présence militaire peut être annoncée comme provisoire tout en restant plusieurs mois ou plusieurs années. Une ligne de sécurité peut devenir un fait accompli si aucun mécanisme ne fixe les conditions et le calendrier de son démantèlement.
C’est précisément ce que Beyrouth tente d’éviter en demandant un calendrier d’application du cadre tripartite.
Entre pression militaire et négociation
La « ligne jaune » apparaît finalement comme un instrument hybride.
Elle possède une fonction militaire immédiate. Elle protège les positions israéliennes et éloigne certaines menaces. Elle offre aussi un moyen de pression dans les négociations. Son retrait peut être lié à des mesures demandées au Liban.
Mais elle évolue dans un environnement politique où certains responsables israéliens défendent des objectifs territoriaux beaucoup plus vastes. Cela nourrit naturellement la méfiance libanaise.
Le défi consiste donc à ne pas confondre les déclarations les plus maximalistes avec la politique officiellement adoptée, tout en ne les ignorant pas.
Les fichiers du 29 septembre 2026 montrent surtout une bataille autour de la transformation du provisoire en arrangement durable. Pour le Liban, le cadre tripartite doit conduire au retrait complet d’Israël et au rétablissement de l’autorité de l’État. Pour Israël, selon les éléments rapportés par plusieurs journaux, les conditions de sécurité et le dossier des armes restent déterminants.
Entre ces deux positions, la « ligne jaune » demeure sur le terrain.
Tant qu’un calendrier de retrait n’est pas appliqué, sa véritable nature restera donc ambiguë : ligne militaire destinée à disparaître avec un accord, zone de sécurité appelée à durer, ou point de départ d’exigences territoriales plus larges portées par une partie de la classe politique israélienne.
Les sources disponibles permettent de poser ces trois scénarios. Elles ne permettent pas encore de trancher entre eux.




