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LE LIBAN N’EST PAS PAUVRE : IL EST RANÇONNÉ

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Les commissions demandées sur les projets sont un véritable cancer du Liban

Le Liban n’est pas seulement victime de la crise.

Il est victime d’un système.

Un système dans lequel trop de projets, trop d’investissements, trop d’autorisations, trop de marchés semblent devoir passer par une question devenue presque banale :

« Et moi, combien est-ce que je prends ? »

Voilà peut-être l’une des phrases qui ont le plus détruit le Liban.

Car derrière cette petite phrase se cachent des centrales électriques qui ne se construisent pas, des routes qui restent délabrées, des infrastructures qui vieillissent, des investisseurs qui partent, des emplois qui ne naissent jamais et une jeunesse qui émigre.

Le Liban ne manque pas seulement d’argent.

Le Liban est trop souvent rançonné avant même que l’argent n’arrive.

La commission n’est plus un « usage local »

Il faut cesser l’hypocrisie.

Une commission commerciale légitime, transparente, déclarée et correspondant à un véritable service est une chose.

Une somme réclamée parce qu’un responsable politique, administratif ou son intermédiaire peut bloquer ou débloquer une décision publique en est une autre.

Cela s’appelle un pot-de-vin. Une rétrocommission. De la corruption. Du trafic d’influence.

Et le monde international ne tolère plus ce type de pratiques comme autrefois.

Les grandes entreprises européennes, américaines et britanniques évoluent désormais sous des législations anticorruption extrêmement strictes. Elles doivent expliquer leurs intermédiaires, documenter leurs paiements, identifier leurs bénéficiaires, justifier leurs honoraires et contrôler leurs partenaires.

Le paiement occulte à un responsable public n’est plus seulement moralement condamnable. Il peut devenir un risque pénal majeur.

Et c’est ici que le comportement de certains responsables libanais devient économiquement suicidaire.

Celui qui demande 10 % peut faire perdre 100 %

Imaginons un investissement de 200 millions de dollars.

Un intermédiaire réclame 10 % pour « faciliter » le projet.

Dans son esprit, il pense probablement gagner 20 millions.

Mais l’investisseur international refuse. Le projet disparaît.

Le Liban ne perd alors pas 20 millions. Il perd 200 millions.

Il perd la construction. Il perd les emplois. Il perd les sous-traitants. Il perd les recettes fiscales. Il perd la technologie. Il perd l’activité économique créée autour du projet. Il perd surtout la confiance de l’investisseur suivant.

Voilà pourquoi les commissions occultes ne sont pas simplement du vol.

Elles constituent une machine à détruire l’investissement national.

Le véritable scandale commence ensuite

Mais il existe un problème encore plus grave.

Qui doit voter les lois anticorruption ? Les députés.

Qui doit renforcer les contrôles ? Le pouvoir politique.

Qui doit imposer la transparence ? Le pouvoir politique.

Qui doit donner à la justice les moyens de poursuivre les bénéficiaires de commissions occultes ? Encore le pouvoir politique.

Et nous arrivons alors à la question essentielle : que se passe-t-il si ceux qui doivent supprimer le système bénéficient eux-mêmes du système ?

Pourquoi un responsable politique qui gagne de l’argent grâce à des commissions voterait-il volontairement une loi qui détruit sa propre source de revenus ? Pourquoi voterait-il la transparence totale de son patrimoine ? Pourquoi voudrait-il connaître le bénéficiaire réel de chaque société ? Pourquoi accepterait-il une justice totalement indépendante ? Pourquoi supprimerait-il les intermédiaires dont il profite ?

Voilà le piège. Et il est immense.

Lorsque celui qui doit écrire la loi possède un intérêt financier à ce que la loi ne change pas, la corruption devient institutionnelle.

Elle ne se contente plus de voler l’État. Elle protège politiquement le mécanisme qui permet de continuer à le voler.

C’est cela, le véritable cancer

Le cancer du Liban n’est pas seulement le corrompu qui prend de l’argent.

C’est le système qui permet au corrompu de conserver le pouvoir nécessaire pour empêcher la réforme qui pourrait le sanctionner.

Le cercle devient parfait : la corruption produit de l’argent ; l’argent produit de l’influence ; l’influence protège le pouvoir ; le pouvoir bloque les réformes ; et l’absence de réforme permet à la corruption de continuer.

Voilà la mécanique qu’il faut briser.

Le Liban devrait appliquer une règle d’une simplicité absolue

Tout élu, ministre, haut fonctionnaire ou responsable public devrait avoir interdiction absolue de toucher, directement ou indirectement, une rémunération liée à un projet sur lequel il exerce une influence publique.

Les contrats publics devraient être accessibles. Les bénéficiaires effectifs des sociétés devraient être identifiés. Les intermédiaires rémunérés devraient être déclarés. Les conflits d’intérêts devraient être publics. Les responsables publics devraient déclarer leur patrimoine avant et après leur mandat. Et toute augmentation inexpliquée de patrimoine devrait pouvoir faire l’objet d’une enquête réelle et indépendante.

Surtout, celui qui dénonce une demande de pot-de-vin devrait être protégé.

Aujourd’hui, trop souvent, celui qui refuse le système est pénalisé alors que celui qui l’utilise prospère. Il faut inverser cette logique.

Un député n’est pas propriétaire de sa fonction

Il faut rappeler une vérité élémentaire.

Un député ne possède pas son siège. Un ministre ne possède pas son ministère. Un directeur général ne possède pas son administration. Un parti ne possède pas une partie de l’État.

La fonction publique n’est pas une franchise commerciale. Elle ne donne aucun droit de prélever une commission sur la République.

Le responsable public administre temporairement quelque chose qui appartient aux citoyens. Rien de plus.

Le prochain investisseur doit entendre une autre phrase

Lorsque demain une entreprise étrangère voudra construire une centrale solaire, un réseau d’eau, une usine, un data center, une infrastructure numérique ou un système de transport au Liban, elle ne devrait plus entendre : « Qui connaissez-vous ? »

Elle ne devrait plus entendre : « Qui est votre intermédiaire ? »

Et surtout elle ne devrait jamais entendre : « Quelle est notre part ? »

Elle devrait entendre : « Voici la loi. Voici les règles. Voici l’appel d’offres. Tout le monde est traité de la même manière. »

Ce jour-là, le Liban recommencera à attirer l’argent.

Parce que le capital n’a pas peur du risque. Il sait le calculer. Ce qu’il déteste, c’est l’arbitraire.

Il faut désormais poser la question publiquement

À chaque projet important mystérieusement bloqué au Liban, une question devrait devenir automatique : pourquoi ce projet est-il bloqué ?

Qui s’y oppose ? Qui avait intérêt à contrôler son attribution ? Quels intermédiaires étaient impliqués ? Qui devait être payé ? Qui est le bénéficiaire économique réel ?

Et surtout : qui perdrait de l’argent si les règles devenaient totalement transparentes ?

Peut-être commencerions-nous alors à comprendre pourquoi certaines réformes sont si difficiles à voter.

Le Liban n’a pas besoin d’un miracle

Il a besoin de mettre fin à un système.

Le Liban possède des entrepreneurs. Il possède des ingénieurs. Il possède une diaspora immense. Il possède des universités. Il possède des capitaux. Il possède une position géographique exceptionnelle. Il possède encore une extraordinaire capacité de rebond.

Ce qu’il lui manque est plus simple : un État où personne ne puisse vendre la signature de l’État.

La véritable bataille économique du Liban est là.

Elle n’oppose pas la droite à la gauche. Elle n’oppose pas une communauté à une autre. Elle oppose ceux qui considèrent l’État comme un bien commun à ceux qui le considèrent comme une source de revenus privés.

Et il faudra un jour choisir.

Soit le Liban continue à être un pays où certains prennent une commission sur chaque projet.

Soit il devient enfin un pays où chaque projet contribue à reconstruire la nation.

Car à force de prélever un pourcentage sur tout, certains semblent avoir oublié une réalité élémentaire : on ne peut pas éternellement prendre 10 % d’un pays que l’on a progressivement réduit à zéro.

Bernard Raymond Jabre

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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