La Prison de Roumieh au Nord de la Capitale Libanaise, Beyrouth
La Prison de Roumieh au Nord de la Capitale Libanaise, Beyrouth

Les islamistes de la Prison de Roumieh ont entamé ce vendredi 15 janvier une grève de la faim, afin d’obtenir leurs libérations citant celle intervenue hier de l’ancien ministre Michel Samaha, également accusé d’actes terroristes.

Ces derniers l’auraient annoncé par un enregistrement audio parvenu à la chaine de télévision libanaise LBCI. Leur porte-parole, Ziad Allouki aurait estimé inacceptable la poursuite de leur détention alors que l’ancien ministre de l’Information aurait été libéré suite au versement d’une caution de 150 millions de livres libanaises, l’équivalent approximatif de 100 000 dollars.

Ziad Allouki, selon les informations disponibles était le dirigeant d’un des groupes fondamentalistes du quartier sunnite de Bab Tebbaneh et qui était impliqué dans des combats contre les habitants du quartier allaouite de Jabal Mohsen en 2013 et 2014. Ces combats intervenaient alors suite à la dégradation de la situation en Syrie, les islamistes de Tripoli considérant les Allaouites comme proches du Président Syrien Bachar el Assad.

Ziad Allouki se serait ensuite rendu en 2014 suite à des négociations avec les forces de sécurité. Certaines sources évoquaient alors un accord pour une libération anticipé sous 2 semaines.

Parmi les autres prisonniers de Roumieh, de nombreux islamistes impliqués notamment dans les combats de Nahr Bared en 2007 – combats qui avaient fait 167 morts côté Armée Libanaise – ou encore dans la prise de la ville d’Aarsal en 2014. Ces derniers avaient fini par constituer un véritable émirat islamique à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire d’où serait même parti des mots d’ordre d’attaque ou d’attentats contre l’armée libanaise ou la population de banlieue Sud de Beyrouth, fief du Hezbollah chiite. Certains ont été libérés en décembre à la faveur d’un échange avec les militaires libanais kidnappés par le groupe rebelle syrien Al Nosra lors de la prise de la ville d’Aarsal dans la Békaa Est en Aout 2015.

Pour rappel, le matin du 9 août 2012, l’ancien ministre avait été arrêté par les forces de sécurité libanaises à son domicile de Khenshara L’arrestation est effectuée à la demande du Procureur général suite aux informations fournies par son chauffeur par ailleurs informateur des FSI. Les explosifs devaient être placés dans plusieurs endroits, notamment le Nord Liban et viser différentes personnalités religieuses et politiques principalement sunnites. Les services de renseignements des Forces de Sécurité Intérieure avaient dévoilé que Samaha avait transporté à bord de sa voiture 24 charges explosives à la demande du chef des services de renseignement syriens, Ali Mamlouk.

L’ancien responsable, par l’intermédiaire de ses avocats avait fait appel suite à un premier jugement du Tribunal Militaire en février 2013 pour lequel il avait été condamné à 4 ans et demi de prison. La prochaine session du Tribunal Militaire concernant l’affaire Samaha aura lieu le 21 janvier prochain.

Vive émotion au sein du 14 Mars et de la communauté sunnite

Cette libération a provoqué une vive émotion dans les rangs du 14 Mars et dans les milieux sunnites au Liban avec de nombreuses routes coupés dans les quartiers et localités sunnites notamment dans la capitale, Beyrouth, suite à cette décision.

Le Ministre de la Justice Ashraf Rifi a immédiatement condamné la décision du Tribunal Militaire alors qu’il s’était déjà déclaré en faveur de sa dissolution lors du premier procès, estimant la peine légère. « Nous vivons dans une période terrible dans laquelle les criminels ont le droit de sortir en dépit de leurs crimes ».

Le dirigeant des Forces Libanaises Samir Geagea a déclaré rejeter par tous les moyens la décision de l’institution militaire, estimant impossible à la comprendre alors que des partis étrangers conspirent contre notre pays et commettent des crimes.

L’ancien Premier Ministre Saad Hariri a également condamné la décision du Tribunal Militaire estimant que cette dernière est « un cadeau à un criminel au nom de la loi » alors qu’il mériterait d’être puni.

Déclarations identiques du côté du député druze Walid Joumblatt qui indique que cette décision est de nature à encourager le crime voir même à le légaliser.

Le Ministre des Télécommunications a indiqué ce matin que cette libération renouvelle les appels à l’annulation du Tribunal Militaire dans les cas d’affaire civile.