Liban: Une classe politique qui se décrédibilise face à d’importants risques économiques

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Au fur et à mesure que s’accumulent les difficultés à former un prochain gouvernement, la population libanaise se détache de sa classe politique alors que surgissent de nombreux défis économiques à venir.

La volonté du Premier Ministre désigné Saad Hariri à former un gouvernement d’union nationale donne l’impression que la classe politique reste plus occupée à s’accaparer quelques strapontins gouvernementaux en lieu et place de s’attaquer aux problèmes socio-économiques quant-à-eux bien quotidiens vécus par la population et alors que des échéances régionales se font de plus en plus pressantes notamment au niveau de la présence des réfugiés syriens et de l’initiative russe.

Le Liban ne profite en aucun cas d’une lisibilité au niveau de la politique économique gouvernementale alors que la politique monétaire ne semble pas être proactive. Il y a donc un défaut de lisibilité nuisible aux différents secteurs économiques déjà fortement impactés par la crise qu’ils subissent.

Ne pas reconnaitre l’existence d’une crise déjà présente serait être de mauvaise foi. La plupart des indicateurs économiques sont aujourd’hui au rouge que cela soit ceux de l’endettement public, de la crise de l’immobilier de la hausse du chômage et de la perte de compétitivité de notre économie en raison notamment de l’augmentation des salaires sans évoquer encore les pressions économiques exercées par la présence d’une importante communauté de réfugiés syriens qui impactent le marché de l’emploi.

La hausse des taux d’intérêts sur la Livre Libanaise, en dépit des propos qui se veulent rassurant des autorités monétaires ou encore des dernières régulations imposées sur les banques concernant la politique de prêts de ces dernières, limitant à 25% des dépôts en devise locale leur montant total, semble ainsi démontrer que des risques existent et seraient anticipés par les autorités monétaires.

Le Momentum cassé de la conférence d’aide économique CEDRE

Pourtant, beaucoup d’espoirs étaient suscités par l’organisation précédemment aux dernières élections d’une conférence d’aide économique au Liban, intitulée CEDRE. Il s’agissait avant tout d’une première, celle de permettre l’élaboration d’une politique économique à moyen et long terme, du jamais vu depuis l’échec du plan Horizon 2000 et donc celle de permettre au secteur privé de jouir d’une lisibilité économique au lieu de gérer les choses à court terme comme cela était le cas depuis presque 20 ans au fil des différentes autorités gouvernementales.

Il s’agissait également pour le Liban de profiter de nouvelles opportunités régionales, notamment crées par la reconstruction de l’économie syrienne dont le conflit semble aujourd’hui s’achever et de permettre de restructurer son économie pour l’ancrer définitivement dans le XXIème siècle comme le souligne le rapport McKinsey commandé par le précédent gouvernement aujourd’hui démissionnaire.

Cependant, l’absence à ce que soit constitué le prochain cabinet ministériel menace aujourd’hui l’obtention de cette aide, tout comme le démontrent les propos de différents responsables d’institutions internationales comme ceux de la Banque Mondiale comme précédemment évoqué.

Des menaces de sanctions économiques proposées par Israël en embuscade

Capture d’écran de l’article du Jérusalem Post annonçant “un plan révolutionnaire pour combattre le Hezbollah en faisant des pressions économiques sur le Liban

La présence d’une autorité gouvernementale libanaise est également rendue nécessaire suite aux menaces de certains anciens responsables israéliens qui évoquent des sanctions économiques contre le Pays des Cèdres identiques à celles que subit l’Iran. Un ancien responsables des services de renseignements israéliens a ainsi déclaré qu’il s’agirait de provoquer un effondrement économique du Pays des Cèdres pour faire pression sur les autorités libanaises dans une tribune publiée par le site Jérusalem Post, le 17 août dernier.

“le Liban est «le seul État du monde qui dispose d’une entité terroriste ayant plus de pouvoir que l’armée nationale. Le Hezbollah est le Liban : il siège au gouvernement et au Parlement, il a un pouvoir de décision sur tous les dossiers politiques». Ce dernier poursuit estimant que le parti «a énormément d’expérience en matière de combat, ce qui ne doit pas être pris à la légère”.

Cet ancien responsable du Mossad, Tamir Pardo,  souligne également l’échec des différentes stratégies militaires face au Hezbollah:

Attaquer le Hezbollah sans attaquer tout le Liban, comme lors de la guerre de juillet-août 2006 est un concept obsolète (…) Si Trump annonce des sanctions contre le Liban, comme il l’a fait contre l’Iran, l’économie libanaise ne pourra pas tenir plus de trois ou quatre mois. Le Liban n’est pas l’Iran, c’est un pays minuscule qui dépend de l’Occident et des pays sunnites modérés. (…) Même s’il n’impose au Liban que certains aspects des sanctions imposées à l’Iran, cela reste un moyen beaucoup plus efficace que la guerre“, a-t-il conclu.

Si la presse internationale a repris ces propos, c’est que quelque part, il est déjà sur la table. Ce plan aurait même d’ailleurs été évoqué en marge d’un congrès de l’Otan qui se serait déroulé en Italie.

Pour l’heure, la menace d’un exode massif des réfugiés syriens vers l’Europe suite à une dégradation économique supplémentaire sauve à priori le Pays des Cèdres, tout comme la participation d’entreprises européennes et russes d’une part à l’exploitation à venir des ressources pétrolières et européennes au plan CEDRE d’autre part.

Cependant, ce refus européen semble faire pâle figure sur le plan international face notamment au refus du Président Américain d’aménager une exemption pour les entreprises européennes présentes en Iran et notamment dans l’industrie pétrolière ou aéronautique. Le Liban, quant-à-lui, pourrait voir son économie être assez sensible à ces sanctions notamment parce qu’une partie de ses échanges internationaux passe par les États-Unis. et il convient de rappeler que les autorités américaines ont déjà obtenues par le passé la fermeture de comptes hébergés par des banques libanaises.
Ils pourraient alors également exercer des pressions en vue d’obtenir la fermeture d’établissements bancaires accusés d’héberger des fonds de personnes proches du Hezbollah, voir même des fonds du mouvement chiite lui-même comme cela fut le cas en 2011 avec la Lebanese Canadian Bank qui a fini par être rachetée par la SGBL

Face à ces risques, les autorités libanaises demeurent cependant bien silencieuses, absentes comme à l’image de ce gouvernement qui tarde à être constitué mais peut-être que les partis politiques libanais semblent aujourd’hui en prendre conscience, tout comme pourraient l’illustrer les derniers propos du Hezbollah, principalement visé par cette mesure, qui par l’intermédiaire de son secrétaire général, semble presser à la constitution d’un gouvernement. Les dernières mises en garde du Président de la Chambre Nabih Berry pourraient également abonder dans ce sens, alors que d’autres partis semblent eux retarder les choses illustrant ainsi sur le plan local, les tensions géopolitiques régionales entre Arabie Saoudite, USA, Iran et Israël.

Cet empressement est aussi celui du Président de la République lui-même, le Général Michel Aoun, qui semble peut-être avoir pris conscience des risques posés actuellement. C’est ainsi qu’il s’agit de comprendre ses propos estimant que la constitution d’un gouvernement ne peut plus attendre et qu’il faille désormais instaurer un délai jusqu’au début septembre, faute de quoi d’autres mesures pourraient être prises.

Un gouvernement doit diriger et une opposition doit offrir une alternative politique et socio-économique sérieuse

Face à ces risques et l’urgence de situation, un gouvernement d’union nationale, en raison des risques inhérents tant d’un point de vue interne que régional ou international ne semble plus être aujourd’hui une solution adéquate faute d’entente des différents partis libanais et de l’urgence même d’y répondre par les mesures adéquates.

Le temps commence à manquer pour se perdre dans les méandres de négociations où des enjeux sont plus le fait de ce qui semble s’apparenter à des règlements de compte que l’intérêt supérieur de la Nation.

Un gouvernement doit être nommé quel qu’il soit et une opposition doit exister et non être présente au sein des organisations gouvernementales mais pour contrôler l’action du gouvernement et ainsi offrir une alternative politique sérieuse et répondre aux attentes des électeurs lors des rendez-vous électoraux. C’est ainsi qu’une démocratie fonctionne et le Liban s’est transformé en dictature parlementaire par l’accaparation du pouvoir par des gouvernements d’union nationale jusqu’à la paralysie des autorités qui sont à l’origine des crises des dernières années et notamment de la crise des ordures.

Le Liban ne peut cependant se permettre aujourd’hui d’attendre plus en raison de la gravité de la situation déjà présente et précédemment décrite. Il y a  des mesures urgentes qui conviennent d’être adoptées présentement. Il convient d’offrir aux organes économiques une lisibilité économique pour qu’ils puissent préempter une telle situation si celle-ci se présente pour dénuer, dans la mesure du possible, ce nœud gordien.

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