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ONU : ce que Pezeshkian et Netanyahu ont dit du Liban

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À New York, le président iranien Massoud Pezeshkian et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont pris la parole à vingt-quatre heures d’intervalle devant l’Assemblée générale des Nations unies. Le premier a défendu mercredi 23 septembre la position iranienne face aux États-Unis et à Israël et appelé à une sécurité régionale collective, sans consacrer de passage spécifique au Liban ou au Hezbollah. Le second a directement évoqué jeudi 24 septembre le mouvement chiite libanais, qu’il a inclus parmi les « sept fronts » combattus par Israël. Netanyahu a affirmé que l’essentiel d’un arsenal du Hezbollah évalué par Israël à 150 000 missiles et roquettes avait disparu. Ces discours interviennent alors que le Liban reste pris entre la poursuite des opérations israéliennes, le rapport du Hezbollah à l’Iran et la volonté affichée par Beyrouth de rétablir le monopole de l’État sur les armes.

Les deux discours n’ont ni le même objet ni la même place pour le Liban. Massoud Pezeshkian s’est principalement adressé aux États-Unis et à Israël. Son intervention a porté sur la guerre, le nucléaire, les sanctions, le détroit d’Ormuz et les conditions d’une reprise de la diplomatie avec Washington. Benjamin Netanyahu a pour sa part dressé un bilan des guerres conduites par Israël depuis le 7 octobre 2023. Le Hezbollah apparaît directement dans ce bilan, aux côtés du Hamas, de l’Iran et d’autres groupes armés de la région.

Pour le Liban, cette différence est importante. Les propos de Netanyahu contiennent des affirmations précises sur le Hezbollah, ses dirigeants et son arsenal. Pezeshkian, lui, n’a pas développé le dossier libanais à la tribune. Le sujet est cependant revenu au premier plan dès le lendemain de son discours, lorsqu’il a rencontré le Premier ministre Nawaf Salam à New York. Beyrouth lui a alors adressé un message centré sur la souveraineté, la non-ingérence et le refus de voir le Liban continuer à servir de terrain aux conflits régionaux.

Pezeshkian répond à Washington et défend la position iranienne

Massoud Pezeshkian s’est présenté mercredi 23 septembre devant l’Assemblée générale dans un contexte très différent de celui des précédentes sessions. L’Iran est désormais engagé depuis plusieurs mois dans une confrontation militaire directe avec les États-Unis et Israël. Le président iranien a donc consacré une grande partie de son intervention à contester le récit américain du conflit et à présenter son pays comme la partie agressée.

Il a notamment répondu aux accusations formulées par Donald Trump, qui avait pris la parole la veille à la même tribune. Pezeshkian a rejeté la qualification de l’Iran comme acteur terroriste et affirmé que les Iraniens étaient au contraire les victimes du terrorisme. Il a montré des photographies de victimes iraniennes et évoqué les civils tués au cours des opérations militaires. Le président iranien a également fait référence à l’ancien guide suprême Ali Khamenei, tué au début de la guerre lors d’une opération américano-israélienne.

Le message central de Pezeshkian consistait à affirmer que la pression militaire n’avait pas contraint l’Iran à capituler. Il a soutenu que son pays avait résisté aux frappes et refusé de « plier le genou ». Cette fermeté s’est toutefois accompagnée d’une ouverture diplomatique. Le président iranien n’a pas fermé la porte aux négociations avec Washington. Il a au contraire affirmé que l’Iran restait disposé au dialogue, mais qu’il refusait une négociation conduite sous la menace ou destinée à lui imposer les conditions américaines.

Ce double discours, résistance militaire et ouverture conditionnelle à la diplomatie, intervient alors que l’Assemblée générale sert également de cadre à de multiples contacts diplomatiques. La question dépasse le seul dossier nucléaire. La guerre avec les États-Unis et Israël, les sanctions, la circulation dans le détroit d’Ormuz et les relations de l’Iran avec ses partenaires régionaux sont désormais imbriquées dans les discussions.

Le Liban absent comme dossier distinct du discours iranien

Le Liban à l’ONU n’a cependant pas fait l’objet d’un développement particulier dans le discours de Pezeshkian. Le président iranien n’a pas consacré de séquence au Hezbollah, à son armement ou aux débats politiques libanais sur le monopole des armes. Il n’a pas non plus exposé devant l’Assemblée générale une nouvelle politique iranienne envers Beyrouth.

Le passage qui touche le plus directement au contexte libanais concerne sa conception générale de la sécurité au Moyen-Orient. Pezeshkian a affirmé qu’aucun pays ne pouvait obtenir sa sécurité indépendamment des autres et défendu l’idée d’une architecture régionale collective. Il a notamment déclaré qu’une paix qui n’engloberait pas tous les acteurs ne pourrait être une véritable paix.

Cette position prend une dimension particulière pour le Liban. Depuis plusieurs années, les affrontements impliquant Israël et le Hezbollah ont montré à quel point la situation intérieure libanaise reste exposée aux évolutions de la confrontation entre Israël et l’Iran. Cette interdépendance s’est encore renforcée avec l’entrée du Hezbollah dans la guerre régionale aux côtés de Téhéran en mars 2026 et la nouvelle campagne militaire israélienne au Liban qui a suivi.

Il faut néanmoins distinguer ce contexte de ce que Pezeshkian a effectivement déclaré mercredi. À la tribune des Nations unies, le président iranien n’a pas formulé de position spécifique sur l’avenir des armes du Hezbollah ou sur les décisions du gouvernement libanais. Son discours était d’abord celui d’un chef d’État engagé dans une guerre directe avec les États-Unis et Israël.

Netanyahu inscrit le Hezbollah dans une guerre sur « sept fronts »

Le Liban apparaît beaucoup plus directement dans l’intervention de Benjamin Netanyahu du jeudi 24 septembre. Le Premier ministre israélien a consacré une partie de son discours au bilan militaire des trois années écoulées et aux différents adversaires affrontés par Israël depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

Netanyahu a parlé d’une guerre conduite sur « sept fronts ». Il a cité le Hamas, le Hezbollah, les Houthis du Yémen, l’Iran, les groupes armés présents en Irak et en Syrie ainsi que les organisations palestiniennes armées de Cisjordanie. Selon lui, ces différents acteurs ont tenté de placer Israël sous une pression militaire simultanée, mais ont échoué à atteindre leur objectif.

Le Hezbollah occupe une place précise dans ce récit. Netanyahu ne l’a pas présenté comme un dossier séparé relevant seulement de la frontière israélo-libanaise. Il l’a inclus dans l’ensemble des fronts auxquels Israël a été confronté et dont plusieurs sont directement ou indirectement liés à Téhéran.

Le Premier ministre israélien a ensuite énuméré les résultats revendiqués par son gouvernement. Après avoir évoqué les opérations contre l’Iran et le Hamas, il a affirmé qu’Israël avait durement frappé le Hezbollah. Il a utilisé une formule particulièrement directe pour présenter l’ampleur des coups portés au mouvement libanais.

Les pagers de septembre 2024 brandis à la tribune

Netanyahu a accompagné son propos d’une référence spectaculaire à l’une des opérations les plus marquantes de la guerre au Liban. Il a brandi un pager devant l’Assemblée générale et demandé à son auditoire s’il se souvenait des appareils de communication. Il a ensuite ajouté que le Hezbollah, lui, s’en souvenait certainement.

La référence renvoie aux 17 et 18 septembre 2024. Des milliers de pagers puis d’autres appareils de communication utilisés notamment par des membres du Hezbollah avaient explosé presque simultanément au Liban. L’opération avait fait des dizaines de morts et plusieurs milliers de blessés. Elle avait aussi révélé une importante pénétration des systèmes de communication du mouvement et précédé de quelques jours une intensification majeure de la campagne militaire israélienne.

Le contexte est essentiel pour comprendre pourquoi Netanyahu a choisi cet objet à New York. Après près d’un an d’affrontements transfrontaliers entre le Hezbollah et Israël, la seconde moitié de septembre 2024 avait marqué un changement d’échelle. Israël avait intensifié ses frappes contre les structures et les cadres du mouvement, tandis que les bombardements s’étendaient à plusieurs régions du Liban.

Le 27 septembre 2024, Hassan Nasrallah avait été tué lors d’une frappe israélienne massive contre le quartier général du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth. D’autres hauts responsables militaires et politiques du mouvement avaient également été éliminés au cours de cette période. En brandissant le pager à l’ONU deux ans plus tard, Netanyahu a replacé cette opération dans le bilan plus large de la campagne israélienne contre le Hezbollah.

L’affirmation centrale de Netanyahu sur les 150 000 projectiles

Le passage le plus substantiel du discours concernant le Hezbollah porte cependant sur son arsenal. Benjamin Netanyahu a évoqué un stock de 150 000 missiles et roquettes, chiffre avancé depuis plusieurs années par les autorités israéliennes pour décrire les capacités accumulées par le mouvement libanais avant la guerre.

Selon Netanyahu, « l’essentiel » de cet arsenal a désormais disparu. Il a également affirmé que les dirigeants du Hezbollah étaient morts et que le mouvement avait subi un effondrement de son moral. Il n’a toutefois fourni, dans son discours, ni inventaire actualisé des armes restantes ni éléments permettant d’établir précisément les capacités actuelles du mouvement.

La distinction est importante. Le chiffre de 150 000 correspond à une estimation israélienne de l’arsenal constitué avant les grandes phases de la guerre. L’affirmation selon laquelle sa majeure partie aurait été détruite constitue le bilan présenté par Netanyahu. L’état exact des stocks actuels du Hezbollah ne peut être établi de manière indépendante à partir de son discours.

Les capacités militaires du mouvement ont été affectées par plusieurs phases successives de combats, par l’élimination de responsables, par des frappes sur ses infrastructures et par l’évolution de la situation en Syrie et dans l’ensemble de la région. Le Hezbollah conserve cependant des armes et refuse jusqu’à présent le principe d’un désarmement qu’il juge dissocié de la présence militaire et des opérations israéliennes au Liban.

Du cessez-le-feu de 2024 à la nouvelle guerre de 2026

Les propos de Netanyahu doivent aussi être replacés dans la chronologie du front libanais. Les affrontements entre le Hezbollah et Israël avaient commencé au lendemain du 7 octobre 2023. Pendant près d’un an, ils étaient restés principalement concentrés autour de la frontière, malgré une montée progressive de la violence et le déplacement de dizaines de milliers de personnes des deux côtés.

L’escalade de septembre 2024 avait transformé le conflit. Les explosions des appareils de communication, les frappes israéliennes massives et l’élimination de Hassan Nasrallah avaient précédé une offensive terrestre israélienne dans le sud du Liban. Un cessez-le-feu était finalement entré en vigueur le 27 novembre 2024, sur la base d’un arrangement destiné notamment à permettre le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud et à éloigner les combattants et les armes du Hezbollah de la frontière.

Cet accord n’a pas réglé le contentieux. Israël a continué à mener des opérations au Liban en affirmant viser des membres ou des infrastructures du Hezbollah. Beyrouth a dénoncé ces frappes comme des violations de sa souveraineté et demandé le retrait israélien des positions encore occupées.

La situation a de nouveau basculé en mars 2026 lorsque le Hezbollah est entré dans la guerre aux côtés de l’Iran. Israël a répondu par une nouvelle campagne au Liban. C’est cette succession de conflits qui constitue l’arrière-plan immédiat du discours de Netanyahu : lorsqu’il affirme à l’ONU avoir détruit l’essentiel de l’arsenal du Hezbollah, il dresse le bilan de plusieurs phases militaires et non d’une seule campagne.

À New York, Beyrouth adresse son propre message à Téhéran

La présence simultanée de Massoud Pezeshkian et de la délégation libanaise à New York a également donné lieu à un échange directement consacré aux relations entre les deux pays. Jeudi 24 septembre, le président iranien a rencontré le Premier ministre Nawaf Salam, en présence du ministre libanais des Affaires étrangères Youssef Raggi et de son homologue iranien Abbas Araghchi.

Cette rencontre ne faisait pas partie du discours de Pezeshkian devant l’Assemblée générale. Elle est néanmoins importante pour comprendre la position libanaise face à l’Iran au moment même où Netanyahu présentait le Hezbollah comme l’un des fronts de la guerre régionale.

Nawaf Salam a déclaré que le Liban avait payé un prix élevé en matière de sécurité, de stabilité et d’économie. Il a surtout indiqué au président iranien que le pays ne voulait plus être un « champ de bataille pour les conflits régionaux » ou une arène servant à l’échange de messages entre d’autres acteurs. Le Premier ministre a appelé à ouvrir une nouvelle page dans les relations entre Beyrouth et Téhéran.

Le principe défendu par Salam est celui d’une relation « d’État à État ». Il a insisté sur le respect de la souveraineté et de l’indépendance des deux pays, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et la recherche d’intérêts communs. Il a également demandé à l’Iran de désigner un nouvel ambassadeur au Liban.

Les armes du Hezbollah derrière la question de la souveraineté

Le sujet des armes n’était jamais très éloigné de cette rencontre. Nawaf Salam a rappelé que la priorité restait le retrait complet d’Israël du territoire libanais et l’arrêt de ses attaques. Il a simultanément réaffirmé l’objectif d’étendre l’autorité de l’État à l’ensemble du pays et d’assurer le monopole des armes par les institutions libanaises.

Cette formulation résume l’équation défendue par le gouvernement. Beyrouth considère les opérations israéliennes et les positions occupées par Israël comme des atteintes à la souveraineté nationale. Mais il affirme aussi que cette souveraineté suppose que l’État soit seul à disposer des armes et à décider de la guerre et de la paix.

Le Hezbollah défend une lecture différente. Le mouvement considère ses armes comme nécessaires face à Israël et lie leur avenir à la fin des opérations israéliennes, au retrait des territoires libanais encore occupés et, plus largement, aux garanties de sécurité accordées au Liban. Cette divergence est devenue l’un des principaux dossiers politiques et sécuritaires du pays.

Elle explique aussi pourquoi la rencontre Salam-Pezeshkian compte dans la séquence new-yorkaise. L’Iran reste le principal soutien extérieur du Hezbollah. Lorsque le gouvernement libanais demande à Téhéran une relation strictement « d’État à État » et insiste sur la non-ingérence, il replace les rapports libano-iraniens dans le cadre institutionnel que Beyrouth souhaite désormais privilégier.

Trois messages sur le Liban depuis New York

Les discours et rencontres de cette semaine dessinent ainsi trois positions distinctes, sans qu’elles aient été exprimées dans le même cadre. Pezeshkian a utilisé la tribune de l’ONU pour défendre l’Iran dans sa confrontation avec Washington et Israël. Il a appelé à une sécurité régionale collective, mais n’a pas consacré de développement particulier au Liban ou au Hezbollah.

Netanyahu a directement placé le Hezbollah au cœur de son bilan militaire. Il a rappelé l’opération des pagers, évoqué l’élimination des dirigeants du mouvement et affirmé que l’essentiel d’un arsenal évalué à 150 000 missiles et roquettes avait disparu. Ses déclarations n’ont toutefois comporté ni nouveau plan pour le Liban ni annonce diplomatique spécifique concernant Beyrouth.

Le message libanais a été formulé ailleurs, lors de la rencontre entre Nawaf Salam et Massoud Pezeshkian. Beyrouth a demandé à l’Iran une relation fondée sur la souveraineté et la non-ingérence, tout en rappelant deux objectifs parallèles : la fin des attaques et de la présence israéliennes, et l’extension de l’autorité de l’État avec le monopole des armes.

La séquence doit se poursuivre vendredi 25 septembre avec l’intervention de Nawaf Salam devant l’Assemblée générale. Après les discours iranien et israélien, le Premier ministre libanais disposera à son tour de la tribune des Nations unies pour exposer la position de Beyrouth sur la souveraineté, la guerre avec Israël et l’autorité de l’État.

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Newsdesk Libnanews
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