2 minutes à lire

Alors qu’il est attendu le 1er septembre au Liban à l’occasion du centième anniversaire de la proclamation de l’État du Grand Liban, le président français Emmanuel Macron, très impliqué depuis sa visite quelques jours après l’explosion du port de Beyrouth, sur le dossier libanais, a mise en garde contre une possible guerre civile si la communauté internationale décide d’abandonner le pays des cèdres.

Eclairage

Cette information intervient alors que les réserves monétaires de la Banque du Liban ne suffiraient plus qu’à couvrir trois mois d’achat sur les marchés internationaux de produits de première nécessité, avait indiqué le gouverneur de la Banque Centrale, Riad Salamé, renforçant la crainte de voir une détérioration incontrôlée de la valeur de la livre libanaise et des prix de ces produits, ainsi que de voir apparaitre de nombreuses pénuries sur le marché local. Ce scénario avait déjà été évoqué par Emmanuel Macron lors de son passage au Liban.
Un expert des Nations Unies a ainsi dit craindre qu’une famine touche le Liban d’ici quelques mois. De source anonyme, on indique également craindre d’importants troubles socio-économique à ce moment-là, voire même un effondrement des structures de l’état.

Si nous laissons le Liban et si nous le laissons dans les mains des puissances régionales, il y aura une guerre civile, et cela signifie la défaite de tout ce qui est de l’identité même du Liban, note le président de la république française, allusions aux ingérences régionales, alors que le pays des cèdres et son gouvernement depuis le 10 août 2020 suite à la démission du gouvernement Hassan Diab.

Il a également indiqué à la presse française qu’il maintiendra la pression sur la classe politique libanaise afin qu’elle mène les réformes nécessaires au déblocage les négociations avec le FMI, le Liban demandant une aide économique pour la somme de 10 milliards de dollars, et de l’aide économique de la communauté internationale remise dans le cadre de la conférence CEDRE, déjà organisée suite à une initiative française en date d’avril 2018, pour un montant de prêt de 11 milliards de dollars.

Le président français s’est notamment impliqué dans le dossier libanais pour accélérer la nomination d’un prochain premier ministre avant sa visite, notant que la présence d’un gouvernement fonctionnel est nécessaire pour la mise en place des réformes économiques réclamées par la communauté internationale.

Pour rappel, l’ancien premier ministre Saad Hariri avait mis neuf mois à constituer un gouvernement d’union nationale en raison de négociations laborieuses pour l’attribution des portefeuilles ministériels entre partis politiques et son successeur Hassan Diab, un mois alors même que sa coalition était plus homogène.

Un poste dont personne ne veut en raison de la crise

Hassan Diab a démissionné le 10 août 2020, suite à un bras-de-fer avec le président du parlement Nabih Berri au sujet de la responsabilité de l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020. Quelques jours plus tôt, Hassan Diab avait évoqué la possibilité d’organiser des élections législatives anticipées

Tout comme son prédécesseur, le prochain premier ministre fera l’objet d’immenses pressions tant en interne en raison de la crise social économique que traverse le pays des cèdres mais également externes, avec le refus de la communauté internationale de débloquer une aide tant que les réformes économiques, monétaires ou encore financières ne sont pas mises en place, en raison des obstacles posés par une classe politique économique qui refuse ainsi de toucher à ses propres intérêts.

La principale mission sera en effet de débloquer les négociations avec le fonds monétaire international, des négociations jugées nécessaires à l’obtention de l’aide financière visant à relancer l’économie locale. Cependant, le déblocage de ces négociations est jugé difficile en raison du refus de certains intérêts, notamment à reconnaitre l’ampleur des pertes du secteur financier.

Le Liban cumule les crises

Pour rappel, le Liban est confronté à plusieurs crises, crise économique, crise liée au coronavirus, et désormais crise liée à l’explosion du port de Beyrouth, à laquelle s’ajoute désormais une crise politique en raison de la démission du gouvernement Hassan Diab.

Pour l’heure, le déblocage de l’aide internationale est conditionné au résultat des négociations entreprises avec le FMI qui exige que se soient mises en place des réformes nécessaires, les réformes économiques et monétaires notamment. En effet, de nombreuses sources ou encore personnalités impliquées dans le dossier multiplient les déclarations indiquant que la communauté internationale n’accordera “pas de chèque en blanc au Liban”, suite au non-respect par Beyrouth de ses promesses et de son engagement à effectuer les réformes nécessaires à la relance économique déjà lors des conférences Paris I, II et III dans les années 2000.

La crise du secteur bancaire, bien que maquillée par les opérations d’ingénieries financières menées par la Banque du Liban, avait débuté bien plus tôt, en dépit des profits colossaux annoncés par les banques libanaises jusqu’à l’année dernière. En réalité, la Banque du Liban a ainsi reversé près de 16 milliards de dollars entre 2016 et 2018, vidant ainsi une grande partie de ses réserve monétaires en faveur des établissements bancaires.

Sur le plan économique, la crise qui a débuté en 2018 s’est révélée au grand jour durant l’été 2019 avec une pénurie en devises étrangères pourtant nécessaires à l’achat de produits de première nécessité notamment. Cependant, un inversement des flux financiers avait été constaté dès janvier 2019. Cette crise s’est ensuite accentuée suite à l’imposition de manière unilatérale par les banques libanaises d’un contrôle des capitaux, bloquant ainsi l’accès aux comptes.

Par ailleurs, la dégradation des conditions socio-économiques a abouti à de nombreuses manifestations dès octobre 2019, les manifestants dénonçant une classe politique considérée comme corrompue et en exigeant le départ.

Après la démission de l’ancien premier ministre Saad Hariri, le 29 octobre 2019, un nouveau gouvernement présidé par son successeur Hassan Diab a été constitué le 17 janvier 2020. Dès mars, les autorités libanaises ont annoncé un état de défaut de paiement sur les eurobonds arrivant à maturité. Par ailleurs, le Liban a ouvert les négociations avec le FMI en vue d’obtenir une aide économique d’un montant espéré de 10 milliards de dollars.

Cependant, les négociations, aujourd’hui suspendues, ont rapidement achoppé sur la capacité des autorités libanaises à mener les réformes nécessaires pour le déblocage de l’aide internationale ainsi que sur le dossier du chiffrage des pertes du secteur financier. Les autorités libanaises estiment ainsi que ses pertes atteindraient 241 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 3600 LL/USD, soit 80 milliards de dollars environ, ce que refusent les banques locales via l’association des banques du Liban ou encore la Banque du Liban elle-même.

L’association des banques du Liban a ainsi activé ses relais présents au sein du parlement via la commission parlementaire des finances et du budget. Cette dernière, où sont présents certains actionnaires et représentants de banques locales, n’ont chiffré les pertes financières qu’à 81 000 milliards de livres libanaises sur la base d’un taux de change de 1507 LL/USD.

Désormais, ce chiffrage des comptes de la Banque du Liban devrait être mené par les cabinets Alvarez & Marsal pour l’audit juricomptable et par KPMG et Oliver Wyman pour l’audit normal. Pressenti dans un premier temps pour mener l’audit juricomptable, le cabinet Kroll, spécialisé dans la matière a été écarté suite aux pressions du président de la chambre Nabih Berri, estimant l’entreprise liée à l’état hébreu.

Parallèlement, l’association des banques du Liban a présenté un plan de sauvetage rejeté par le FMI et les autorités libanaises, prévoyant la vente d’une partie de l’or du Liban et la session pour une durée déterminée de biens publics. Ce plan est également rejeté par les spécialistes qui estiment que la vente de biens publics ne pourrait se faire qu’en les bradant en raison des circonstances actuelles.

Certaines sources évoquent désormais des pertes pour le secteur financier qui dépassent les 100 milliards de dollars, estimant que le Liban nécessiterait désormais un plan de relance de 63 milliards de dollars mais que seulement 26 milliards au maximum sont disponibles. Selon ces mêmes sources, toutes les banques libanaises sont aujourd’hui insolvables.

La situation économique s’est, par ailleurs, encore dégradée avec la détérioration de la valeur de la livre libanaise et la mise en place de différents taux de change : taux de change officiel à 1507 LL/USD, taux de change dit du-marché pour les agents de change ou encore certaines entreprises fixées par la banque du Liban, aujourd’hui à 3900 LL/USD et taux de change au marché noir, qui a fluctué jusqu’à atteindre les 9000 LL/USD, au mois de juin.

Enfin, l’explosion du port de Beyrouth, qui a ravagé également une grande partie de la capitale libanaise, a encore aggravé la situation, avec des dégâts estimés entre 10 à 15 milliards de dollars.

Ainsi, si le taux de croissance du produit intérieur brut est estimé à -14 % avant cette explosion, de nouvelles estimations font état d’une récession économique de – 24 % en 2020.

Parallèlement, le Liban est également touché par le coronavirus. Les mesures prises par les autorités se sont révélées être aujourd’hui insuffisantes et le pays des cèdres risque de perdre le contrôle de l’épidémie, avec une augmentation quasi incontrôlée du nombre de cas, notamment après l’explosion du port de Beyrouth. Désormais, les capacités hospitalières actuelles sont saturées depuis 2 semaines, amenant également à l’augmentation du nombre de décès depuis la fin du mois d’août.

Pour l’heure, certains experts proches du dossier notent avec inquiétude que les intérêts politico-économiques sont plus importants pour certains partis que l’intérêt général à bénéficier d’une aide économique face à la crise, jusqu’à estimer que les divisions traditionnelles des partis politiques se sont effacées au sein du parlement en faveur du parti des banques et des autres.

Aussi, certains de ces intérêts seraient allés même jusqu’à menacer d’une guerre civile si les réformes demandées par la communauté internationale étaient menées. Cependant, celle-ci demeure ferme sur ce dossier.

Lors de son déplacement au Liban à l’occasion du centenaire de la proclamation de l’état du Grand Liban, le 1er septembre 2020, au lendemain de la nomination de Mustafa Adib comme premier ministre, le président de la république française aurait ainsi remis aux dirigeants libanais, une feuille de route pour la mise en place des réformes économiques jugées nécessaires et en premier lieu, un diagnostic des pertes de la Banque du Liban. Cette feuille de route prévoyait également la mise en place d’ici 2 semaines, d’un gouvernement capable de mener ces réformes. Cependant, 15 jours après, suite à l’expiration du délai imparti, les autorités libanaises semblent avoir échoué à la mise en place d’un nouveau cabinet, suite notamment à l’annonce par Washington de sanctions économiques visant Ali Hassan Khalil, bras-droit de Nabih Berri et ancien ministre des finances, les autres partis politiques ayant accepté le principe de rotation des portefeuilles ministériels régaliens, à savoir la défense, l’intérieur, les affaires étrangères et les finances.

Le 21 septembre 2020, le président de la République estime que le Liban se dirige actuellement “en enfer” en raison de la dégradation des conditions sociales et économiques, reconnaissant par ailleurs que les réserves de la Banque du Liban – subventionnant actuellement l’achat de produits de première nécessité – seront épuisées d’ici peu.

Le 26 septembre, prenant donc acte de son échec, le premier ministre désigné annonce sa démission depuis le perron du Palais de Baabda, plongeant un peu plus le Liban dans la crise.

Si vous avez trouvé une faute d’orthographe, veuillez nous en informer en sélectionnant le texte en question et en appuyant sur Ctrl + Entrée . Cette fonctionnalité marche uniquement sur un ordinateur.

Cet article est disponible en Français