Décidément, les époques ne sont plus ce qu’elles étaient, les désirs du Prince (héritier) n’ont pas été exaucés. Retenant le Premier Ministre Libanais à Riyad, après l’avoir forcé à démissionner, Mohammed Ben Salmane devrait retirer quelques leçons de la diplomatie internationale. Chaque pays, même le plus petit, ce David, peut obtenir une victoire face à un Goliath.

Le caractère du Prince saoudien avait été très vite cerné par les experts, estimant que ce dernier possédait une personnalité instable et prenait des décisions souvent hâtives en se mettant à dos tant ses compatriotes que la communauté internationale. Philip Gordon, coordinateur en charge du Moyen-Orient du temps de la Présidence de Barak Obama l’avait ainsi mis personnellement en garde contre l’aliénation de « trop de princes et de piliers du régime, la continuation de conflits régionaux » qui effraient les investisseurs étrangers et qui pourraient ainsi nuire aux réformes que MBS a pourtant mis en place. La validité de cette critique semble aujourd’hui être démontrée.

L’Arabie Saoudite est considérée par beaucoup comme un pays ayant eu un impact bénéfique pour le Pays des Cèdres et notamment pour ses finances avec la présence de 130 000 ressortissants libanais dans le Royaume. C’est peu dire… après tout, si certains fournissent des armes, d’autres ont financé durant la guerre civile ou financent encore aujourd’hui même des groupes terroristes que cela fusse l’OLP hier ou Al Qaida et ses différentes franchises.
C’est également oublier que les accords de Taëf qui avaient pérennisé l’occupation syrienne avaient 2 parrains, la Syrie et l’Arabie Saoudite. On s’est peut-être débarrassé du « frère syrien » avec qui aujourd’hui il faut régulariser les relations d’état à état et l’affaiblissement du Régime Syrien face à la guerre civile en offre l’opportunité. Le cas saoudien a toujours été plus intéressant avec une influence jamais au premier plan. Ils agissaient en catimini dans les arcanes du pouvoir.

La succession du Roi Salmane que certaines rumeurs prétendent d’être atteint de démence sénile par son fils devenu véritable régent du Royaume, amène aujourd’hui ce dernier à se saisir des différents dossiers: politique locale, politique économique mais également politique internationale. Le Liban en fait partie  comme la Syrie ou le Yémen d’ailleurs et cela de manière qu’on ne peut dire être très prudente.

Le tir d’un missile houthi sur Riyad n’a été qu’un prétexte mal trouvé pour accuser le Hezbollah et provoquer une crise qui menace aujourd’hui le Royaume et au-delà le Moyen-Orient.

A la limite de la politique de dissociation libanaise

La politique de dissociation du Liban par rapport aux différents dossiers régionaux et notamment par rapport aux conflit de pays arabes montre aujourd’hui ses limites. Le Liban est de facto impliqué dans le conflit syrien par la présence de plus d’un million et demi de réfugiés sur son sol, le pays des cèdres est également impliqué dans le conflit arabo-israélien par la présence de réfugiés palestiniens sur son sol. Le Liban est impliqué dans le conflit entre chiites et sunnites parce qu’il est fort par sa richesse communautaire.

Tant l’Arabie Saoudite que d’autres exigent de nous de choisir un camp, quitte à provoquer une guerre interne sans comprendre que la résolution de ces problématiques internes ne peut se faire que dans le cadre d’un règlement pacifique de dossiers qui ne nous concernent au final que peu mais dont on paye le prix aujourd’hui.

La question des armes du Hezbollah ne peut être résolue que dans un cadre global du  conflit civil syrien ou du conflit arabo-israélien. Le rappel de cette constante nationale par le Président de la République Michel Aoun, la semaine même de la démission du Premier Ministre Libanais, semble avoir été l’un des facteurs qui a amené l’Arabie Saoudite à accuser le Liban d’avoir choisi le camp chiite au détriment du camp sunnite que le Royaume mène.

Devenu par son positionnement démontrant que la coexistence politique entre chiites, sunnites et chrétiens était possible sans conflit, Saad Hariri était donc devenu une cible pour le Royaume d’autant plus – circonstances aggravantes – que ce dernier possède également la nationalité saoudienne. Cela a été vécu comme une véritable trahison de sa part.

Une arrestation en Arabie Saoudite qui devient gênante pour le pouvoir

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Saad Hariri ne pouvait pas démissionner.
Certains dossiers urgent auquel il est particulièrement attaché restaient sur son bureau dans l’attente de son retour. Il avait déjà par 4 reprises refusé de se rendre en Arabie Saoudite à l’appel du Prince Héritier, le Prince Mohammed Ben Salmane (MBS) qui en était courroucé. Cette fois-ci, il ne pouvait pas y échapper, ce dernier ayant dépêché son avion personnel pour l’emmener à Riyad, le 3 novembre au soir.

Une fois arrivé sur place, son personnel de sécurité a été désarmé et tout moyen de communication lui a été enlevé. On connait la suite avec le fameux discours de démission du 4 novembre et diffusé par la chaîne de télévision Al Arabiya qui avait des accents plus saoudiens que libanais. On évoque même la présence dans cette même pièce de ce Prince héritier trop content d’assister à la mise en place de sa stratégie.

Certains – dont des chroniqueurs aujourd’hui bien peu crédibles – démentent encore que Saad Hariri ait été mis en résidence surveillée. Cela est donc mal connaitre le dossier. Que la presse internationale admette que le Premier Ministre libanais soit en résidence surveillée comme Le Figaro, Libération, ou encore comme le Washington Post, comme le New York Times ou comme CNN devrait les amener à réfléchir. Quand on est ainsi obtus à ne pas le voir et à ne pas l’admettre, il convient peut-être d’y voir là, l’intérêt des personnes qui les financent et qu’il convient de défendre à tout prix y compris en se vendant soi-même. Ils ne sont pas une référence en terme d’indépendance et d’opinion en fin de compte contrairement à ce qu’ils prétendent. Après tout, la publicité est le meilleur des mensonges.

Cependant, le plus cinglant des démentis est à apporter avec l’attitude même des pays européens dont la France qui a du s’ingérer intelligemment dans la crise libano-saoudienne. Libre de ses mouvements, Saad Hariri aurait pu rencontrer le Président Français Emmanuel Macron à son passage à Riyad, le 9 novembre 2017. Cette rencontre n’a pas eu lieu, dit-on, en raison de la présence de matériel de brouillage qui équipe le personnel de sécurité du Président Français. Les autorités saoudiennes étaient peut-être gênées de ne pas pouvoir surveiller ce qu’aurait dit un Saad Hariri bien mal-en-point.

Plusieurs dimensions expliquent par ailleurs l’internement du Premier Ministre Libanais et non des moindres et on pourrait, tant le Liban que l’Arabie Saoudite, par cet aventurisme en payer le prix.

Saad Hariri, otage d’Oger Saudi

L’internement du Premier Ministre Libanais a eu lieu alors que le Prince héritier venait de lancer, le jour même, c’est à dire le 4 novembre 2017, une opération main propre, au nom d’une agence de lutte contre la corruption toute juste crée et dont il avait la haute-main.

Arrêter un premier ministre d’un pays étranger en exercice est chose difficile en raison des différents traités internationaux, même si celui-ci dispose d’une binationalité. Il fallait donc le démissionner pour pouvoir procéder à son arrestation, qui plus est en créant une diversion. Le profil de Saad Hariri convenait à la mise en oeuvre de ce plan mais cela était mal juger ensuite de l’attitude des autorités libanaises et des libanais.

Malgré les démentis selon lesquels, l’affaire Saad Hariri n’a pas été lié à cette opération, il convient d’avoir des doutes. Oger Saudi a été liquidé en juillet 2017 après que le gouvernement saoudien ait refusé de participer au refinancement de sa dette, accusant cette entreprise d’avoir sur-facturé à hauteur de 132 milliards de dollars, des travaux qui n’en valaient en réalité que 32 milliards de dollars. Les accusations de corruption formulées par le pouvoir saoudien sont donc présentes.

L’associé saoudien de Saad Hariri, le Prince Abdoul Aziz ben Fahd, fils du roi Fahd, aurait même été éliminé le 6 novembre 2017 suite à une fusillade entre ses gardes du corps et les agents en charge de l’arrêter, annonce-t-on de source officielle. Officieusement, certaines sources indiquent qu’il aurait été plutôt blessé dans la fusillade puis achevé à l’hôpital.

Outre la détention avec sa famille en Arabie Saoudite, on évoque également la rétention par les autorités saoudiennes de 4,7 milliards de dollars que l’état saoudien devrait à la famille Hariri suite à la liquidation d’Oger Saudi. Il y a donc un double-chantage, un chantage familial et un chantage financier.

Entre politique et affaires personnelles

Ruiné, Saad Hariri aurait tenté de se refaire une santé financière en participant indirectement à la reconstruction de la Syrie qui s’annonce.

En dépit d’un positionnement politique anti-régime syrien, qu’il accuse d’avoir fait assassiner son père, l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri auquel il a succédé, Saad Hariri aurait participé à l’ouverture d’un certain nombre de sociétés offshores au Liban avec des entreprises françaises. Il s’agissait donc d’une pierre, deux coups. La France ne pouvant pas commercer directement avec la Syrie, le Premier Ministre non plus, il convenait d’utiliser un certain nombre d’intermédiaires. Après tout, l’argent n’a pas d’odeur. Cela allait évidemment à l’encontre des intérêts saoudiens.

Parallèlement à ce volet financier personnel, on a assisté à une détente politique avec Damas alors qu’on évoquait de plus en plus la participation libanaise à la reconstruction en Syrie. Le Premier Ministre Saad Hariri a notamment permis la nomination d’un ambassadeur du Liban à Damas, ce qui constitue une fissure au sein des pays arabes, la Syrie étant pour l’heure toujours exclue de la Ligue Arabe et un sujet tabou, conséquemment à la décision saoudienne à ce sujet.

Chiites contre sunnites et sunnites contre chiites?  Quel intérêt pour l’Arabie Saoudite?

Alors que l’Arabie Saoudite semble entrer dans une phase de transition du pouvoir du Roi Salmane à son fils, ce dernier tente aujourd’hui d’éliminer l’influence de l’ancienne garde au pouvoir, une ancienne garde constituée par les anciens princes héritiers et autres piliers du pouvoir qui ne l’ont pas épargné par la critique, considérant son accession au trône comme un véritable coup d’état. Même Walid Ben Talal en fera les frais.

A chaque fois que l’Arabie Saoudite connaissait un conflit interne, dans le cas présent, la succession du roi qui s’annonce, il semble qu’ils créent une sorte de diversion sur la scène externe. C’était le cas dans les années 70 avec l’émergence du nationalisme arabe laic. Pour échapper au coup de balai des monarchies, l’Arabie Saoudite a entrepris une politique de rapprochement avec les organisations palestiniennes et ainsi démontrer une solidarité de façade avec la cause palestinienne, argent aidant. Le retrait des fonds dont une grande partie était originaire d’Arabie Saoudite après la défaite palestinienne de 1982 a été l’une des principales causes de l’effondrement financier du Pays des Cèdres et de l’hyperinflation survenus à l’époque.

C’était également le cas dans les années 2000 notamment quand les minorités chiites des régions pétrolifères commençaient à bouger en Arabie Saoudite. On a pu assister à une montée de la pression des mouvements politiques sunnites contre les mouvements chiites sur un plan local. En parlant donc d’ingérence, avant même donc d’accuser le Hezbollah d’être impliqué en Syrie ou au Yémen, les autorités saoudiennes feraient bien balayer devant leurs portes…

La succession du roi Salmane et l’élimination de l’opposition à MBS pourrait déboucher sur l’éveil d’un conflit tribal en Arabie Saoudite. Est-ce que dans ce cas précis, il n’y a pas d’opération False Flag en exacerbant un conflit religieux pour calmer la scène saoudienne interne? L’arrestation de Saad Hariri et la mis en place d’une scène à l’encontre des chiites pourrait participer à ce scénario avec la création d’un conflit pour unifier le front local saoudien. 

Sur un autre plan, l’Arabie Saoudite est en crise économique. Rien de tel également qu’un conflit pour faire oublier les difficultés économiques actuelles du Royaume qui expliquent également la chasse aux sorcières sous le couvert d’une lutte anti-corruption.

La Sortie de Crise, la France sur le retour de scène

Agacé par la tournure des évènements et soumis une pression de plus en plus intense tant par la tournée du Ministre des Affaires Etrangères Libanais Gébran Bassil et plus encore  par les critiques de plus en plus vives de la communauté internationale– il convient de ne pas être nombriliste –  de voir le Liban être déstabilisé par cet acte, le prince saoudien n’avait pas d’autre choix que de se retirer de ce dossier. La France lui a offert la possibilité d’un scénario de sortie de crise et la fameuse invitation à Saad Hariri de se rendre à Paris avec sa famille en est une des conséquences.

Dès l’annonce de la démission de Saad Hariri et déjà impliqué par un dossier financier sur la reconstruction de la Syrie, il ne faisait aucun doute que la France avait le devoir de s’ingérer dans le dossier de la crise libano-saoudienne.

Guerre ou Paix, il faut choisir

Bien avant les déclarations du Président de la République Libanaise accusant l’Arabie Saoudite d’agression contre le Liban par la détention de son Premier Ministre, les déclaration de Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien en charge du dossier libanais, constituaient déjà une véritable déclaration de guerre dont il faut examiner les effets. 

Une guerre économique qui a déjà débuté

Des rumeurs indiquent que le Royaume Saoudien se serait débarrassé d’un certain nombre d’actifs au Liban, allant même jusqu’à brader les véhicules de l’Ambassade d’Arabie Saoudite à Beyrouth.

Il y a également eu des pressions économiques sur les entreprises libanaises possédant des actionnaires saoudiens. Une grande banque libanaise a ainsi été poussée à retirer son représentant en Syrie suite à des menaces sur sa filiale saoudienne. Tout porte à croire que la reconstruction de la Syrie, selon l’Arabie Saoudite, ne doit se faire avec le Liban.

L’Arabie Saoudite, alliée pour la circonstance à Israël aurait été l’un des principaux promoteurs de sanctions économiques visant le Hezbollah mais affectant également l’ensemble du système économique libanais.

Une guerre militaire mais avec quels acteurs?

Quand on est dans un conflit, on cherche d’abord à décapiter les dirigeants qui font face. La décapitation de l’exécutif politique libanais allait dans un sens où il était désormais possible aux israéliens à l’extérieur ou à d’autres sur la scène locale, d’agir.

Vers un conflit civil ou un conflit régional?

En voulant affaiblir le Hezbollah et l’influence chiite, l’Arabie Saoudite a cassé l’homme fort sunnite et humilié sa rue. Même les hommes politiques sunnites, dans leur grande majorité  ne se sont pas alignés sur le positionnement politique et la réthorique anti-chiite saoudienne. Pire, certains se sont érigés comme défenseurs du Liban face au Royaume comme le Ministre de l’intérieur Nouhad Machnouk.

Côté camps palestiniens également, il n’y a  pas eu de mobilisation armé des groupes liés au Royaume Saoudien, alors que ce dernier en aurait fait la demande en vue de déstabiliser en interne l’Etat Libanais accusé d’être pro-chiite.

Ces 2 échecs ont forcé l’Arabie Saoudite à changer de stratégie.

La politique saoudienne a changé son fusil d’épaule en souhaitant que le frère ainé de Saad Hariri, Bahaeddine Hariri lui succède. Ce dernier a déjà fait un certain nombre de déclarations contre le Hezbollah contre l’Iran, se plaçant ainsi déjà dans l’ordre de succession .

L’Arabie Saoudite a également souhaité une guerre israélienne contre le Liban, indique le Journal Haaretz, alors que d’autres sources indiquent que le gendre du Président Américain Donald Trump, se serait rendu à Jérusalem. Il y a là , à constater une convergence d’intérêt entre israéliens et saoudiens, avec l’ouverture d’une communication directe de l’axe chiite qui va désormais de Téhéran à Beyrouth avec la défaite de Daesh. MBS aurait même effectué une visite secrète Israël le 11 septembre dernier pour évoquer peut-être ces dossiers.

L’ancien ambassadeur américain en Israël, Dan Shapiro, n’a pas exclu le possible scénario de guerre contre l’Iran par proxy au Liban après la victoire du Régime Syrien de Bachar el Assad dans la guerre civile. La démission de Saad Hariri dans un tel scénario intervient pour contraindre le Hezbollah à une escalade militaire contre Israël en raison des difficultés financières déjà commencées par la guerre économique et politiques auquel il fait face. Il s’agira donc de rendre le Hezbollah coupable face à la communauté internationale et face à la population libanaise d’une agression commise contre l’Etat Hébreu et d’obtenir une action à son encontre en vue de l’affaiblir et d’affaiblir au-delà l’axe chiite au Moyen-Orient.

Une victoire dans une bataille mais la guerre,  elle, continue

En attendant la concrétisation de la libération du Premier Ministre Libanais Saad Hariri et son arrivée à Paris avec sa famille, le Liban connaitra certes une victoire face à MBS et face à l’Arabie Saoudite. Il serait cependant mal aisé de ne pas comprendre qu’il s’agit que d’une victoire dans une bataille et non dans la guerre qui est menée contre le Pays des Cèdres et à laquelle il convient de se préparer tant politiquement avec les renforcement nécessaire de l’unité nationale, qu’économiquement avec la recherche d’alternatives à l’Arabie Saoudite et on peut penser à la participation à la reconstruction de la Syrie et également à un appel au Qatar qui connait également un conflit similaire avec le Royaume Saoudien que sécuritairement avec le renforcement nécessaire des moyens de l’Armée Libanaise pour faire face à tout risque interne et externe.

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